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Fly & Hike à la Tournette-Lanfon-Charbon avec Loïc Andolfatto

Fly & Hike à la Tournette-Lanfon-Charbon avec Loïc Andolfatto

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Candidat au CONCOURS ROCK THE OUTDOOR

Concours du plus bel article de vol rando ou montagne

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Coincé aux Pays-Bas durant le début de ce mois de juillet 2015, mon goût moins développé pour les tulipes que pour la montagne a fait naître en moi une certaine frustration d’avoir raté quelques journées miraculeuses sur le Nord des Alpes. A mon retour, j’ai le couteau entre les dents, l’écume au bord des lèvres.

La méga niaque à scruter meteoparapente.com pour ne pas rater la prochaine journée atomique

Elle sera pour moi. Et paf, la voilà qui se profile à l’horizon, elle est belle, son parfum d’aventure réjouit mes sens. C’est pour demain vendredi. Patatras, une réunion est déjà planifiée, pile ce matin-là. Je grogne. Je me résigne. Je prends quand même mon après-midi de congé. Tout n’est pas perdu. Et puis les vendredis, quand ils ne tiennent pas compagnie à Robinson et à sa vie sauvage, ils sont suivis de samedis. Alors, on peut envisager un bivouac. Oh, mieux, une nuit en cabane ! Bon, je récapitule, on est jeudi soir et je dois inventer un plan vol bivouac cabane pour vendredi samedi. Cogito ergo sum… un peu à la bourre.

Beau programme

Puis l’idée arrive. Le plan est simple et sans accroc. Si je file à midi du bureau, je peux être vers 14h à Annecy. Faute de temps pour la marche, je m’échaufferai en montant du parking du col de la Forclaz jusqu’au décollage de Montmin. Ce petit quart d’heure n’est pas assez long pour compter comme rando avant le vol, mais le panorama est incroyable quand on arrive à la terrasse du resto. Et c’est quand même un peu ça qui compte. Ça fait dans les 15h prêt à décoller, en l’air pas trop longtemps après si ça n’est pas embouteillé (un petit coucou et un grand merci au régulateur, dont la patience égale l’humour pour régaler ceux qui attendent leur tour sur la moquette). Ça devrait bien marcher. Assez pour entamer le classique petit tour du lac : Montmin, dents de Lanfon, traversée du lac, Roc des bœufs…

Et c’est là que vient l’astuce. Plutôt que de boucler sagement le circuit, je pousse jusqu’au hameau de Mont-Derrière. C’est joli, Mont-Derrière (répétez cette phrase à voix haute trois fois, surtout si vous êtes dans un open space). Puis de là, j’espère avoir assez de gaz pour aller me vacher au col de Bornette, une très vaste prairie à 1300m d’altitude, à l’Est de Bellecombe en Bauge. Du col de Bornette, une petite heure de marche me conduira au refuge de la Combe, par le « pas de la Combe » : un sentier qui serpente à flanc de falaise, avec quelques passages taillés dans la roche et une vue imprenable sur le lac d’Annecy. Un régal pour les yeux. Le refuge est la première possibilité de trouver le gite. Une jolie halte dans un cadre seulement troublé par les cloches des vaches. Ce n’est pas le top pour les grasses matinées, mais c’est bon pour le karma. Et si le refuge est complet (il est possible de réserver) il y a une solution de secours 3 étoiles, voire plus à une heure de marche en remontant vers la pointe de Banc Plat : le chalet du Charbon.

Au Charbon, pas de gardien, pas de restauration, seulement une association (Tous Au Charbon) qui entretient cette cabane avec toilettes sèches, eau courante (en été), couchettes, etc. Vous en avez souvent des plans B de ce niveau, vous ? Dans les deux cas, quand j’aurai dormi comme un loir après m’être rempli de joie et de crozets, je pourrai monter à la pointe de Banc Plat et sa vaste pente herbeuse sans obstacle orientée Sud à Sud-Est. Idéal pour un décollage matinal. Seule précaution à prendre : la Réserve Nationale de Chasse et de Faune Sauvage des Bauges se trouve non-loin en dessous. Elle est interdite de survol à moins de 300m sol. En restant appuyé sur la crête herbeuse orientée Nord-Est à gauche du décollage, on peut contourner la zone réglementée par sa pointe Nord (un petit dessin valant mieux qu’un long discours, voir la zone en question sur cette carte sur Geoportail). Je l’ai déjà fait par le passé, aidé par la brise qui permet de rester haut sur la crête. Une fois cet obstacle derrière moi, je n’aurai qu’à me réjouir de la belle glissade jusqu’à Doussard à finesse 5-6. Attention toutefois, il vaut mieux s’assurer que le câble de transport qui monte de la vallée vers le refuge de la Combe (voir également sa position sur la carte) est à terre. Sans quoi il constitue un obstacle à ne pas négliger pendant le vol, même s’il s’évite facilement en prenant l’axe de la combe d’Ire.

Beau programme. Allez au lit. Demain, manière d’être en forme pour le mener à bien. Vendredi, 12h30, j’avale un sandwich. Je me change. Je tourne la clé dans le contact. C’est parti. Avec un plan bien léché comme celui-là… tu peux être tranquille que rien ne va se passer comme prévu. Tout va se retrouver éparpillé, façon puzzle.

Sur le trajet, la vue sur le massif du Mont Blanc depuis l’autoroute est imprenable. C’est déjà ça de pris.

Pas de bouchons, ça circule bien même à Annecy. Stupeur en passant à Talloire vers 14h: toujours pas un cumulus à l’horizon (ça arrive), peu de voiles en l’air (plus rare), tout le monde à l’air d’aller au tas. Ah, le mec de meteoparapente.com l’avait bien dit que ce n’était pas une science exacte. Petit présomptueux que je suis, j’avais cru dompter la météo, assis à mon bureau ! Pour ma punition, je vais quand même aller faire un plouf si tel est mon destin.
Je m’arrête quand même faire quelques provisions à emporter. On ne sait jamais. Je prends mon temps pour monter au col de la Forclaz. Je prononce quelques incantations de druide pour changer le capharnaüm dans ma voiture en un sac bien ordonné contenant matériel de vol, nourriture et tenue de soirée adaptée à mon plan. Pendant ce temps, miracle, ça s’allume. Des voiles commencent à tourner au-dessus du déco. Je jubile. Un peu. Face à l’échéance, je me dis aussi que je n’aime pas trop les cross à but fixé… que je devrai garder la tête froide, rester concentré, ne pas abandonner l’analyse à une envie de suivre le plan à la lettre.

Cogito ergo sum… en l’air cette fois-ci !

Et l’aérologie est généreuse. Le cheminement, bercé par un bip bip dynamique, est classique : coche cabane, le rocher du Roux, le col de l’Aulp, le Lanfonnet… stoooop ! Je crois voir des petites barbules qui bourgeonnent et se défont au-dessus de la Tournette. C’est le moment de tenter le coup. Nous sommes quelques-uns à avoir l’idée. C’est parti pour des petits huit serrés le long de la raide pente herbeuse au-dessus du chalet de l’Aulp. C’est un peu poussif jusqu’à arriver au-dessus des premières falaises. Ça devient tout à coup beaucoup plus fort. Au diable le plan, j’apprivoise la Tournette à l’improviste. Quelques pilotes sont déjà passés par-dessus et entament leur transition vers les Aravis. J’hésite à les suivre en abandonnant mes idées de cabane… mais je finis par faire demi-tour direction les dents de Lanfon.

J’arrive très haut, ça ne monte plus nulle part.

Difficile de matérialiser les couches avec ces thermiques bleus. En même temps, j’ai déjà largement le plein pour traverser le lac. Cap sur le château de Duingt. Les risées sur l’eau m’informent qu’il y a maintenant une bonne brise installée dans la vallée. J’envisage une belle laisse de chien au vent, afin de ne pas finir collé dans la brise pour rejoindre la crête du Roc des Bœufs. Ce n’est pas une franche réussite. Heureusement que j’avais de la marge. La remontée de la crête vers le Sud n’est pas facile non plus. La ligne électrique du col de la Cochette me fait peur. Je n’arrive pas à prendre assez d’altitude pour avoir une marge que je juge suffisante. Deux guns arrivent, font deux tours dans mon petit thermique et passe de l’autre côté… un peu radada à mon goût. Ça me donne de la confiance (ou serait-ce mon orgueil ?). J’y vais. Ça passe laaaarge. Le reste de la crête est plus facile, c’est mieux organisé. Je vois les deux guns se faire satelliser au bout de la crête un peu plus rocheux. Je re-jubile et j’attends mon heure. Gros plafond. Gros dilemme. Les conditions sont fumantes.

Il est encore assez tôt, 17h n’ont pas encore sonné. La Dent des Portes est grande ouverte, la route vers le Trélod s’offre sur un plateau à mes deux prédécesseurs. J’ai l’impression que la traversée des Bauges est à portée de plume. Mais j’ai aussi la Pointe de Banc Plat en finesse. Ce qui signifie que je peux aller me poser au but sans même avoir à marcher. Et je trouve que ça aurait de l’allure. Alors je remets le cogito en route deux secondes, il me dit que j’ai déjà bien donné et que je ne suis plus tout frais. Je glisse sagement jusqu’à Banc Plat. Une vache du troupeau de la Combe, éparpillé sur tout l’alpage, me contacte par télépathie. Le message est clair : c’est encore l’heure de la sieste en bas. Ne pas déranger ! Je n’ai qu’à aller me poser au Charbon de l’autre côté du col, un peu au-dessus. Et puis je serai déjà sur la route pour le lendemain matin. Je gagne donc une demi-heure de marche. Alors je me pose là, à côté du chalet.

Tu es arrivé par quel chemin ? Le ciel !

J’étouffe de cette envie de raconter au monde entier ce que je viens de vivre, les émotions exceptionnelles que m’ont procuré ce vol. Et la solitude me renvoie à la contemplation, comme une forme d’acharnement sadique de la nature à me torturer par sa si simple beauté.
Je finis par me libérer de cette étonnante emprise. À moins que ce ne soit la faim peut-être. Mon souvenir d’un précédent passage dans le coin est orné d’un panneau « Vente de fromage » au chalet du Rosay, à un quart d’heure de marche plus bas. Allons-y. Je n’y trouve pas de fromage, mais l’hospitalité du gardien du troupeau qui m’offre l’apéro après une réponse laconique à sa question : « Tu es arrivé par quel chemin ? s’enquiert-il. Le ciel ! »
Je regagne le chalet du Charbon après un bon moment, je sors mes provisions, j’allume une petite flambée pour faire la cuisine sur le poêle monumental du chalet. Je profiterai jusqu’au crépuscule de l’illumination tardive de la face Ouest de l’Arcalod voisin et du Mont Blanc visible au loin. Et je m’endormirai sans peine après un dernier regard par la fenêtre de mon hôtel cinq mille étoiles.

Vue du massif du Mont-Blanc depuis les pentes de la Lanche Close

Le réveil est bien matinal et sonne comme une cloche de vache…

Comme les cloches d’un troupeau en fait. Elles avaient, semble-t-il, oublié ma délicatesse et ma discrétion de la veille à leur égard. Ça ne tombe pas si mal, j’ai des trucs à faire ce matin. Je parcours les 250m de dénivelé vers la pointe de Banc Plat, la fleur au fusil, découvrant une brise bien vigoureuse de si bon matin. Je ne m’installe pas tout en haut pour profiter de conditions plus douces et éviter le Nord-Est bizarre qui souffle sur la partie sommitale du pré. C’est vraiment vaste et je n’ai que l’embarras du choix pour m’installer. Et mon vario s’agite dès le déco. Plutôt que de longer comme prévu la crête Nord-Est pour contourner la réserve, je pique sur la Lanche Close où je vois l’herbe s’agiter. Et je m’offre un petit soaring à ras de l’herbe dans des conditions plus que joyeuses. Je remonte tranquillement vers la petite pointe jusqu’à la dépasser et zéroter au-dessus. Vers 1900m (vers parce que je n’ai pas calé mon vario depuis trop longtemps pour croire les deux derniers chiffres de l’altimètre), ça devient plus turbulent. Face à mon incompréhension, je fuis vers le milieu de la vallée, avec une belle marge sur la réserve. Le reste n’est que glissade douce du matin jusqu’à Doussard.

cliquez pour agrandir

Il est 8h15, je suis posé

Il ne me reste plus qu’à monter au col récupérer ma voiture. Je me surprends à ne pas avoir inclus ce détail dans mon plan si bien rôdé. La route habituellement bondée de vacanciers est encore en sommeil. Un tiens valant mieux que deux tu l’auras, je prends mon courage à deux mains et le GR96 qui monte jusqu’au col de la Forclaz. En quittant l’atterrissage à Doussard, reprendre sur 50m la route départementale en direction de Faverges puis tourner à gauche avant les boutiques SNC et ITV. Il faut traverser Verthier, et c’est toujours tout droit jusqu’à ce que la route devienne un chemin puis un sentier. À l’aulne de mon inébranlable béatitude du matin, le sentier se révèle moins ardu que ce que j’avais imaginé. Les 1000m de dénivelé s’enfilent comme des perles dans la fraicheur de la forêt.
J’aurai quand même besoin de laver ma transpiration dans le lac une fois redescendu dans la vallée. Une forme d’ablutions après la communion en somme. Mais cet ordre n’est pas illogique pour qui s’adonne au vol avant la marche.

Textes et photos : Loïc Andolfatto

le parcours du vol du vendredi après-midi

le parcours du vol du samedi matin

lien vers Geoportail et les alentours du chalet du Charbon

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Utilisez votre plus belle plume et votre talent de photographe pour partager votre belle aventure de rando vol. Le concours doit présenter un récit (6 points) avec une description du parcours et du décollage (5 points) avec si possible des liens vers des sites d’information sur le circuit et le décollage, des photos ou une vidéo de l’ascension et du vol (6 points) accompagné d’un récit.

Les 5 meilleurs articles seront récompensés. Afin que l’article présenté soit une véritable création de l’année, les images doivent faire apparaître le logo ROCK THE OUTDOOR* (3 points).

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