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Vol rando biplace au Châtel, entre Vercors et Dévoluy

Vol rando biplace au Châtel, entre Vercors et Dévoluy

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Candidat au CONCOURS ROCK THE OUTDOOR

Concours du plus bel article de vol rando ou montagne

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« La montagne nous offre le décor… À nous d’inventer l’histoire qui va avec ! » (Nicolas Helmbacher, passionné de montagne et de parapente).

Pour ce magnifique 30 décembre 2015, la montagne et donc le décor, c’est le Châtel. Ce beau sommet du Dévoluy, juste au nord de l’Obiou, offre des rondeurs herbeuses qui pourraient rappeler les pentes accueillantes de certains puys auvergnats. Pourtant, un détail permet de ne pas s’y méprendre : une barre rocheuse ceinture l’ensemble du dôme. Le Bonnet de Calvin, l’autre nom donné au Châtel en raison de cette forme caractéristique, surplombe Mens et la plaine du Trièves qui s’étend jusqu’au Vercors : il est un belvédère magnifique où le contraste est roi. D’un côté les hautes montagnes cristallines des Écrins ou les impressionnantes faces rocheuses du Dévoluy. De l’autre, la débonnaire plaine trièvoise et quelques autres sommets tout en rondeur : le Sénépy, la Peyrouse et le Grand Serre. Le décor est planté !

L’histoire, c’est celle de quatre jeunes qui décident de partir randonner en montagne. Rien de plus qu’une belle histoire : se retrouver, partager un bon moment, s’enivrer de paysages grandioses, sentir et apprécier le soleil sur la peau et le vent dans les cheveux… Des moments simples mais si précieux ! Étudiants ou enseignants, nous sommes tous les quatre dans le milieu universitaire. Et si ces aventures en montagne nous permettent de couper un peu avec la fac, c’est tout de même grâce à elle que nous pouvons profiter des vacances ! Alors, comme un hommage au temps libre, nous allons raconter cette histoire avec le plan classique d’une mauvaise dissertation universitaire…

La plaine du Trièves s’étend des contreforts du Vercors aux pieds du Châtel

La thèse : monter

Une situation idéale, un sommet arrondi et confortable, et des vues imprenables, nous choisissons le Châtel pour terminer l’année 2015 loin de la brutalité qui l’a marquée. Nous sommes presque hors du temps, dans un lieu rêvé pour profiter de cette belle journée de décembre. Avant tout, il s’agit de randonner ensemble, d’atteindre ce mamelon pâturé encore inconnu pour nous. Il faut d’abord monter. Arrivant de Grenoble, nous passons à Mens pour ensuite nous garer vers l’altisurface juste au sud du village. Nous y installons une manche à air dans l’espoir que les conditions aérologiques au sommet nous permettent de décoller.

Nous enfilons alors nos sacs à dos : Alice porte la voile du biplace (un Bigolden 3 light de Gradient), je me charge de tout le reste pour voler (les deux sellettes, les casques, le secours, les vêtements chauds, etc.), tandis qu’Éléa et Antonin portent l’eau et le pique-nique. L’aventure commence : nous marchons quasiment à l’horizontal jusqu’au petit hameau de Menglas d’où nous attaquons la remontée d’une croupe boisée. En arrivant sur un léger replat, la lumière du matin traverse les branchages pour créer une ambiance surprenante, presque féérique.

Nous passons à côté d’un chalet, traversons une piste forestière, puis par quelques lacets, nous arrivons rapidement dans une pente plus dégagée avec quelques mélèzes clairsemés. L’atmosphère enveloppée du bois laisse alors place à une vue magnifique, qui porte loin, très loin. De la face nord de l’Obiou au Mont Aiguille, l’accueillante plaine du Trièves s’étend devant nous.
Le sentier, très bien tracé, nous fait passer entre la barre rocheuse entourant le sommet et celle, plus basse, qui rejoint le col de la Brèche en surplombant le cirque délité de Pomaray. Tel un véritable sentier panoramique, un long cheminement à flanc de montagne nous permet de rejoindre très progressivement la croupe sud du Châtel.

Alors que le brouillard n’est pas complètement levé, nous installons une manche à air à l’altisurface de Mens

Le sentier, parfaitement tracé, monte progressivement jusqu’au sommet

Nous remontons alors par quelques lacets jusqu’au pied du Bonnet de Calvin, au niveau d’une des rares faiblesses de cette barre qui ceinture le sommet telle une forteresse.
Après un bref passage où les mains s’avèrent utiles, nous prenons pied sur la crête sommitale arrondie et herbeuse : quel accueil !! C’est dans cette ambiance auvergnate que nous rejoignons le sommet. Tout est parfait. Le point de vue panoramique est à couper le souffle entre Écrins, Dévoluy, Trièves et Vercors ; un subtil mélange de contrastes et de couleurs rend la situation presque irréelle. Le ciel est d’un bleu azur et le soleil réchauffe peu à peu l’air encore frais.

Une vue magnifique sur les champs cultivés et les quelques villages du Trièves

Tout est parfait, ou presque… En effet, le vent au sommet est modéré mais vient du sud-est, ce qui n’est pas l’idéal pour notre plan de vol. Ayant prévu d’emmener Alice en biplace, je fais le choix de renoncer temporairement : il ne s’agit pas d’un vol en solo, tout doit donc être parfait. Et puis ici on n’est plutôt pas mal, seuls au milieu de ce décor somptueux… Nous décidons alors de pique-niquer pour nous ressourcer, savourer ce beau moment tous les quatre et aussi laisser le temps au soleil de chauffer la partie sud du Bonnet ! BINGO, c’était la bonne décision : le temps de casser la croûte et de légères brises commencent à s’installer en sud-ouest. Cette fois tout est effectivement parfait ! Un dernier morceau de chocolat, puis nous nous dirigeons vers une belle pente accueillante…

Arrivée tout en douceur au sommet du Châtel tout en rondeur

L’ antithèse : descendre

Quoi de plus agréable qu’une belle randonnée pour ensuite se laisser glisser dans les airs vers la vallée, en profitant de la légèreté aérienne et de vues imprenables, tout en économisant ses genoux… Bien sûr la redescente à pied ne nous effraie pas. C’est même une condition sine qua non du vol-rando : être capable d’apprécier la randonnée, sans rancœur envers les éléments même si on ne réalise pas le vol prévu dans l’idéal. Notre leitmotiv : « s’il y a un doute, il n’y a plus de doute », alors on redescend à pied en remettant cela à une prochaine fois. Les montagnes, elles, ne vont pas s’envoler ! Mais aujourd’hui, la chance nous sourit. Les prévisions ont vu juste et les conditions sont optimales : juste sous le sommet, une belle pente d’herbe bien régulière orientée sud-est nous accueille. Nous enfilons les sellettes, étalons la voile et faisons un check-up général. Nous voilà installés, prêts à embrasser le ciel.

Un petit prégonflage, j’attends de sentir le vent dans ma nuque et c’est parti : je lève la voile, la temporise, et nous décollons en quelques pas! Ça y est, nous sommes en l’air… Quel moment formidable. Je crois que je ne me lasserai jamais de voir le vide se creuser sous mes pieds et de sentir l’air sur mon visage.

Direction le déco !

C’est parti: à nous le ciel !

N’ayant pas volé depuis longtemps, Alice apprécie chaque instant de ce vol. Et moi, je suis tellement heureux de pouvoir partager ce moment !
Nous allons voir vers le col de la Brèche, puis revenons tranquillement vers le nord. Là, je sens mon stabilo droit « mordre » une ascendance. Je continue, fais demi-tour pour mieux la sonder : aucun doute, des petits thermiques se mettent en place ! Alors que nous continuons de zéroter le long de ces douces pentes herbeuses, je finis par trouver un thermique un peu plus fort, puis, avec un peu plus de gaz, je commence à enrouler… Incroyable pour un 30 décembre ! Alors que je m’attendais à un simple plouf, la descente se transforme finalement en montée !! Pas si simple cette antithèse… Après plusieurs tours dans ce petit thermique, nous passons au-dessus du sommet. Un panorama impressionnant s’offre à nous : c’est grandiose !

Quelques grands signes des bras à Éléa et Antonin restés au sol puis, alors que le cycle s’affaiblit, nous décidons de nous diriger progressivement vers l’atterrissage. Nous survolons l’itinéraire de montée dans le sens inverse : le sommet arrondi, la barre rocheuse, le talus clairsemé puis la forêt et enfin les champs et les villages de la plaine. Quel plaisir de se laisser glisser dans une masse d’air calme, en se nourrissant à chaque instant d’une vue incroyable, en observant à loisir la Terre comme une maquette animée et en partageant ce moment fort entre frère et sœur.

Après avoir pimenté la douceur de cette descente par quelques virages plus serrés, nous faisons notre approche au-dessus d’un troupeau de moutons et de la manche à air laissée à l’aube, puis une immense finale nous permet de nous poser tranquillement dans le champ envisagé le matin même. Nous nous serrons dans les bras, heureux d’avoir vécu cela ensemble.

Nous retirons alors notre harnachement, plions la voile, chargeons nos sacs et repartons de nouveau en direction du Châtel pour aller à la rencontre d’Éléa et Antonin qui descendent en marchant. C’est d’ailleurs l’avantage de ce sommet : la montée est très progressive et agréable, et pour les randonneurs en manque d’ailes ou de chance, la descente est possible en faisant une belle boucle sans rallonger l’itinéraire.

De l’intersection sommitale, il suffit de redescendre la crête nord, pour ensuite revenir légèrement au sud afin de passer un autre point de faiblesse de la barre rocheuse. Quelques lacets dans un talus clairsemé, puis dans une forêt de conifères font rejoindre le Petit Châtel, puis le chalet du Baret. Un peu plus loin, un sentier mène à la clairière des Chirouses, puis juste après avoir traversé une piste forestière, on atteint alors la Pierre des Sacrifices.

Nous retrouvons Éléa et Antonin près de ce bloc caractéristique, il aurait servi aux druides lors de rites où le sang des animaux voire des humains sacrifiés s’écoulait dans la rainure taillée dans la masse sur tout le pourtour du rocher. Après cette escale historique, nous continuons donc tous les quatre, en passant par le Verdier, puis le centre équestre des Chirons, avant de rejoindre Menglas où nous bouclons la boucle.

Alors que nous parcourons les quelques centaines de mètres qui nous séparent de notre point de départ, le soleil se rapproche de l’horizon et enflamme d’un rouge incroyable les impressionnantes faces du Dévoluy. Décidément, nous sommes gâtés par la nature aujourd’hui ! Quoi de mieux pour terminer cette année et entamer la prochaine la tête pleine de projets…

Au-dessus du sommet, grâce à quelques petits thermiques: pas mal pour un 30 décembre !

Le vol-rando en biplace, un moyen idéal de partager de belles expériences entre amis ou en famille

La boucle est bouclée, avec le Mont Aiguille comme repère

La synthèse : Le vol rando

Et si finalement c’était cela, le vol-rando… Une large tranche de plaisir, sur laquelle on étale amitié, partage, rires et sourires pour ensuite la tremper dans un grand bol d’air et de nature. Une recette faite d’ingrédients simples mais dont le goût est toujours si délicieux. D’abord, on profite de la montée, en s’émerveillant de tout avec un regard d’enfant.

Apprécier l’effort, la diversité des paysages à mesure que l’on traverse les étages alpins : champs cultivés et prairies, forêts et bosquets, alpages puis parfois rocaille et glaciers… Avoir la vue qui porte de plus en plus loin alors que l’on s’élève. Se délecter de tout ce qui nous est offert par la montagne : le soleil sur la peau, la brise sur le visage, le bruit de nos pas sur le sentier de terre, sur le chemin de pierre ou sur la trace de neige, le chant des oiseaux, le souffle du vent dans les branches, le murmure du torrent, les vibrations du cœur qui bat… Autant de stimulations qui ne font qu’exalter le sentiment d’être vraiment vivant, de vivre pleinement ! Un subtil mélange entre la modestie imposée par les paysages grandioses dans lesquels on s’immerge et le sentiment de réussir à avancer à notre rythme, aussi petits et fragiles que nous sommes. Cette montée est donc bien plus qu’une rebutante marche d’approche, elle fait partie intégrante du plaisir du vol-rando. Sans cet effort gratuit, sans cette incertitude des conditions au sommet et donc du décollage, sans ce long chemin laissant le temps de s’imprégner du monde qui nous entoure et d’échanger avec ses amis, le vol aurait-il vraiment le même goût ? Assurément non. Il est la cerise sur le gâteau, la continuité logique de la montée dans la recherche de beaux paysages et du partage de bons moments.
Mais évidemment, si ça ne vole pas, une fois passée la déception de ne pas s’élever dans les airs, il faut se contenter de la descente à pied et l’apprécier pour ce qu’elle nous offre : quelques heures de plus en immersion dans la nature, la possibilité de découvrir de nouveaux endroits, d’admirer d’autres points de vue.
Ainsi, si on espère que le vol-rando soit le plus souvent possible une montée à pied et une descente en parapente, c’est parfois une montée à pied et une descente à pied. Est-ce si grave et vraiment dérangeant ? Je ne crois pas… Pour toutes les fois où notre aile nous porte, nous pouvons bien nous permettre de la porter de temps à autre sur quelques kilomètres ! C’est une des règles du jeu en vol-rando et c’est à mon avis ce qui rend cette pratique si belle et singulière. Heureusement, le plus souvent les conditions au sommet permettent de prendre son envol. S’en suit alors un feu d’artifice d’émotions. La joie de voler et l’enthousiasme de réaliser un rêve d’enfant en réussissant à imiter les oiseaux. La sérénité d’évoluer dans un paysage plus ou moins sauvage qui semble vouloir se montrer sous son plus beau profil : les rayons rasants du soleil éclairent les cimes et projettent des ombres magnifiques, les torrents, routes et lisières sont autant de lignes de fuite qui donnent de la profondeur. La concentration sur la masse d’air et les commandes, sur les envies du passager… Et enfin, le sentiment de liberté et le bonheur que cela procure. J’avais lu quelque part : « Faire ce qu’on aime, c’est la liberté. Et aimer ce qu’on fait, c’est le bonheur ». Chacun a ses propres passions et je crois que pour moi, le vol-rando est la meilleure réponse que j’ai trouvée dans ma quête de liberté et de bonheur.

Camille Girault

Le gel de la nuit a transformé une simple flaque en beau tableau

Les paysages du Dévoluy, une invitation au vol-rando

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Quelques infos en plus

Itinéraire pédestre de l’atterrissage (A) au décollage (D)

PS : Remarque d’un représentant du club local à la lecture de cet article : l’altisurface n’est pas un atterro de parapente. En hiver, il y a plein de champs se prêtant aux atterrissages tout autour. Il faut donc poser ailleurs. Le topo carte n’est donc pas approprié.

Itinéraire de montée

Se garer à l’altisurface, au sud de Mens. De là, remonter la petite route vers l’est jusqu’au hameau de Menglas.

Ici commence réellement la montée en continuant jusqu’au Pré Mavoux où l’on prend plein nord. Le sentier balisé fait quelques lacets avant de partir de nouveau vers l’est alors que le bois est de plus en plus clairsemé. On profite alors d’un sentier admirablement bien tracé, qui passe entre les deux barres rocheuses du Châtel, pour le plus grand plaisir de nos yeux.
Continuer sur ce long flanc de montagne ascendant jusqu’à rejoindre la croupe sud, juste au-dessus du col de la Brèche. Remonter alors plein nord par quelques lacets jusqu’au pied de la barre rocheuse. Un court passage un peu plus raide permet de prendre pied sur la crête sommitale qui mène facilement jusqu’au sommet. L’itinéraire est agréable et la montée très progressive est ponctuée de points de vue magnifiques.

L’ingénieux tracé du sentier le fait passer entre les deux barres rocheuses

Quelques données

Altitude de l’atterrissage : 850m
Altitude du décollage : 1937m
Dénivelé : 1087m
Distance en randonnée : 7,6 km
Distance à vol d’oiseau (rare) : 4,8 km
Finesse requise : 4,5

Une montée on ne peut plus progressive…

Accès Routier

Depuis Grenoble, deux possibilités :
-Soit par l’A51 puis la D34 jusqu’à Mens
-Soit par la N85 (Vizille => la Mure => Mens)

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Vous aussi, participez au CONCOURS ROCK THE OUTDOOR (jusqu’au 31 janvier 2016)

Utilisez votre plus belle plume et votre talent de photographe pour partager votre belle aventure de rando vol. Le concours doit présenter un récit (6 points) avec une description du parcours et du décollage (5 points) avec si possible des liens vers des sites d’information sur le circuit et le décollage, des photos ou une vidéo de l’ascension et du vol (6 points) accompagné d’un récit.

Les 5 meilleurs articles seront récompensés. Afin que l’article présenté soit une véritable création de l’année, les images doivent faire apparaître le logo ROCK THE OUTDOOR* (3 points).

En savoir plus

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