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Behind The Rockies : le nouveau film d’Antoine Girard à la conquête des Rocheuses

📖 Temps de lecture : 9 minutes

Le pilote et aventurier Antoine Girard dévoile son nouveau film, Behind The Rockies, qui retrace une incroyable traversée de l’Ouest américain et canadien au cœur des montagnes Rocheuses.

3000 km au Mexique et au Canada

Au total, 2 930 kilomètres parcourus en 29 jours d’aventure en vol bivouac, dans des paysages grandioses où peu de parapentistes osent s’aventurer. Cette fois, Antoine Girard a choisi de s’éloigner de la quête de performance et des records pour rechercher une aventure plus intime, guidée par l’envie de retrouver « ce moment fragile où l’on ne contrôle pas tout ».

Après une année de préparation, l’athlète s’est lancé dans une expédition particulièrement engagée. Entre conditions météorologiques exigeantes, vents soutenus et rencontres parfois inattendues avec la faune locale – ours, serpents et nuées de moustiques – chaque journée a apporté son lot de défis.

Si les paysages américains l’ont impressionné par leur immensité, c’est au Canada qu’Antoine Girard affirme avoir trouvé le véritable sens de son aventure. Des montagnes vertigineuses, des forêts à perte de vue, des secteurs totalement isolés, sans route ni présence humaine : un environnement sauvage qui exige un engagement total.

Comme le rappelle la voix off du film, « la montagne ne se laisse pas apprivoiser si facilement ». Tout au long de l’expédition, le vent s’est imposé comme l’adversaire principal du pilote. Antoine Girard a dû composer avec des rafales atteignant régulièrement 45 km/h et réaliser plusieurs atterrissages particulièrement techniques, parfois avec un vent de face supérieur à 40 km/h.

📷 Crédits photos : Antoine Girard

L’interview d’Antoine Girard

Nous avons échangé avec Antoine Girard alors qu’il est déjà dans une nouvelle expédition au Pakistan !

Quel a été ton parcours exact durant ces 3000km ?

Le film a été tournée de la frontière US/Mexique jusqu’à Prince George au Canada.
Il est difficile de trouver une ligne de 3000km volable en vol bivouac, je pense que c’est une ligne parmi les plus longues du monde.
Les paysages américains font aussi rêver alors j’ai voulu traverser les Rocheuses qui s’étendent des USA au Canada.
La ligne a déjà été parcourue mais j’ai voulu innover sur au moins une partie, je suis parti beaucoup plus à l’Ouest de ce qui a déjà été fait pour parcourir 1000km sur une nouvelle ligne. Et surtout parcourir 600km qui n’ont jamais été volé à cause du désert du Nevada qui est une vraie barrière à cause de son caractère sauvage avec peu de route et d’eau où l’homme laisse la place aux serpents et autres bêtes du désert. Je voulais visiter des lieux comme Death valley dont on parle tant.
Au US/Canada la civilisation est partout, j’ai besoin d’un peu d’aventure dans mes voyages.

Comment as-tu préparé cette expédition ?

J’ai eu beaucoup d’échanges avec les pilotes locaux et j’ai beaucoup analysé la météo.
Quand on traverse 3000kms ce n’est pas facile de trouver le bon timing.
Au nord (Canada) si j’y allais trop tôt dans la saison la neige aurait été présente partout et m’aurait empêché de voler. Quant au Sud, si j’y allais trop tard le vent dans le désert aurait été trop fort. Sachant qu’il est difficile de connaitre à l’avance la durée du voyage ce n’est pas facile de planifier le départ.
Je suis d’ailleurs allé beaucoup plus vite que prévu! J’avais planifié entre 6 et 12 semaines (Benjamin Jordan avait mis 6 mois!) alors que je n’ai mis que 28 jours!
Au final je suis arrivé beaucoup trop tôt au Canada et j’ai du annulé l’ascension d’un big wall (Escalade de 1200m sur un 4000m) planifié avec un copain car il y avait encore 1 mètre de neige!
Il était assez facile de choisir la route à suivre car il y a pleins de trace de vols sur la majorité de la route. Seul le désert du Nevada a posé problème car il était vierge de traces. J’ai passé du temps à essayer de relier les rares montagnes de ce désert sur les cartes, calculer les transitions, l’autonomie en eau nécessaire en cas d’échec, les point d’eau possible etc. J’ai réussi à trouver un itinéraire qui me semblait optimal et réalisable.
Pour voler là-bas il y a des règles comme partout, parc nationaux interdit de vols, zone aérienne etc. Mais la réglementation est beaucoup plus strict et contrôlée, il ne faut pas pénétrer dans les zones interdites même pour 10m! Les sanctions sont sévères en cas d’intrusion. Heureusement j’avais l’information en avance et tous mes vols passaient loin de ces zones.

Quel matériel prends-tu pour ce type d’expédition ?

Une voile facile du type Zéolite et une sellette solide et légère comme la BV1. Une tente hermétique avec moustiquaire et le strict minimum car il faut tout porter !

On te voit seul sur le terrain, mais as-tu une équipe en soutien ?

Un mois avant le départ j’ai été contacté par Rodophe Fablet qui voulait faire un tournage sur une de mes expéditions, c’était l’expédition parfaite pour ça car il est possible de suivre une grande partie en voiture et c’est rare dans mes expéditions qui sont généralement beaucoup plus sauvage.
Il m’a proposé de venir sur la première moitié pendant 6 semaines maximum. Au final c’est allé tellement vite que l’on a tout fait ensemble.
C’est aussi cette aide qui m’a permis d’aller si vite ! Ce n’est pas pareil d’avoir quelqu’un en secours que d’être seul à 100%.
Par exemple, je partais rarement avec plus de 3 jours de vivres, je savais que si j’avais un soucis il pouvait me rejoindre, donc pas besoin d’avoir 10 jours de nourriture en secours.
Il pouvait aussi faire les ravitaillements pour moi ce qui permet de gagner un temps fou.
Rodolphe m’a permis d’aller beaucoup plus vite et surtout de ramener ces superbes images au sol et de drone. Sans lui le film ne serait pas ce qu’il est !
Il va aussi sortir un film complet sur le parapente en général avec tous les aspects du sport, compétition, accro, vol biv, X-alps etc et dont cette expédition ne sera qu’un chapitre !

Quelles conditions météo as-tu rencontré ?

Du vent fort et encore du vent et du vent, au 3/4 de face !
Le vent a été un véritable ennemi difficile à surmonter. Ce serait à refaire je le ferais du nord au sud !
Heureusement j’ai eu un soleil généreux qui a compensé. Un seul jour de pluie continue en 28 jours et 1 jour d’arrêt pour vent tempétueux.

As-tu eu des peurs ou des doutes ?

J’ai eu beaucoup de stress dû aux animaux. On a vu des serpents tous les jours dans le désert, puis régulièrement des ours plus au nord mais le plus dangereux était les autochtones armés mais heureusement minoritaires !
Dès le début j’ai eu des doutes à cause du vent fort quasiment permanent. Je n’ai d’ailleurs rencontré qu’une voile sur les 2000 premiers kilomètres ! Heureusement le gradient est énorme, il n’est pas rare d’aller à 20km/h en marche arrière à 100m sol mais le posé se fait à 0km/h ! Une fois qu’on a compris que ce gradient est permanent le stress retombe et je n’avais plus peur dans le vent fort.
Au nord le vent est remplacé par les arbres à perte de vue. On trouve quelques petites clairières mais quand on veut y poser on se rend compte que ce n’est pas si facile.
Ce n’est pas comme chez nous, les arbres font 50m de haut, ce qui diminue très considérablement la taille de la clairière !  

Quels sont les moments que tu as préféré dans cette expédition ?

C’est sans hésiter le nord des Rocheuses Canadienne qui est à la fois sublime et sauvage même si les moustiques contrastent avec cette beauté.

As-tu une anecdote à nous donner concernant cette expé ?

Ma première rencontre avec un ours !
Je suis arrivé sur un décollage assez tôt en montagne. Je mangeais un bout en attendant que les thermiques se mettent en place. J’était posé sur la cassure du décollage à regarder le paysage quand sous moi, au milieu des broussailles, je vois une vache noire. Je n’y prête pas attention. Ce n’est qu’au bout de quelques minutes, quand la vache s’assoit sur les fesses, que je réalise que c’est en réalité un ours ! Il est posé tranquillement à 80m de moi. Je range ma nourriture, heureusement le vent est dans le bon sens, je décide de me préparer à voler même s’il est trop tôt. Je reviens voir toute les 2 min ce que fait l’ours, il ne bouge pas. Au final il n’aura pas bougé pendant 1/4 d’heure et mon décollage l’a fait fuir immédiatement.
Que du stress mais c’était ma première rencontre avec l’animal. Tant qu’il n’y a pas de petits, l’ours brun n’est pas très dangereux.

As-tu de futurs projets ?

Je suis reparti en expédition, je suis actuellement au Pakistan pour faire des combo parapente/ski, parapente/alpinisme, du vol bivouac et pour la première fois je vais essayer du XC !

Quelques jours après cette interview, Antoine a battu le record du monde avec un triangle de 400 km courant juin 2026 au Pakistan ! Il a bravé les -16° à 6500m d’altitude sans oxygène, les rideaux de pluie, les vallées ombrées, des thermiques capricieux… Des exploits que peu de personnes sont capables d’accomplir. Bravo Antoine !

Rock The Outdoor

Behind The Rockies : voir le film

Behind The Rockies se décline en réalité en deux versions, toutes deux disponibles sur le site internet d’Antoine Girard.
La première, d’une durée de 38 minutes, s’adresse au grand public et met l’accent sur l’aventure humaine, les paysages et les moments forts de l’expédition. La seconde, plus immersive et technique, propose un récit plus brut de 1 h 51, destinée avant tout aux passionnés de parapente.
Les films sont proposés au tarif de 10 € l’un ou 13 € pour les deux sur son site Internet : https://www.antoinegirard.fr/behind-the-rockies/
Behind The Rockies pourrait également être projeté lors de la prochaine édition de la Coupe Icare 2026. Antoine Girard se tient par ailleurs à la disposition des clubs de parapente souhaitant organiser une diffusion auprès de leurs adhérents.

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