Petit vrac avec Papa en tandem parapente

Petit vrac avec Papa en tandem parapente

Alex, 42 ans, vole depuis 1999. S’il fait beaucoup de cross depuis un bon moment, Alex pratique surtout depuis une dizaine d’années le vol montagne (rando vol et trail vol) et haute montagne en ultra light. Il a pour habitude aussi de partager sa passion en tandem : « sur site, je vole (rarement) en solo avec une Artik 2 mais plutôt en biplace Pasha 5 et dernièrement avec mon biplace light FitzRoy (bien sûr avec secours dans les 2 cas) ».

Il lui arrive d’emmener parfois son fils avec lui avec sa voile solo. Sur ce vol, il a engagé des 360 oubliant que ses commandes se retrouvent un peu plus haut du fait des écarteurs. Nous avons jugé intéressant de traiter un sujet, avec l’accord d’Alex, celui des effets pervers des automatismes.

Matériel utilisé par Alex

– NIVIUK Artik 2,
– OZONE Ultralite 3, Nervures Expé 2 avec secours ultralight
– Biplace NERVURES FitzRoy, Advance StrapLess avec secours et Expé 2 pour le passager

Le témoignage d’Alex

Je volais avec mon aile solo et ma sellette biplace (avec les écarteurs). Si j’ai bien pensé, tout au long du vol, à garder les bras bien hauts tendus pour « récupérer » la longueur des écarteurs, mes automatismes ont repris le dessus lors de nos virages…

Du coup, 15 cm de frein dès le départ et lors du virage à gauche, décro asymétrique… En tombant, je cherche machinalement un appui avec les mains… du coup décro de l’aile, réactivation du cerveau et je relève les mains …

La faute aux automatismes !

Par rapport à la remarque sur ma position des commandes,  j’ai bien débuté le vol en tenant mes commandes en chasse d’eau mais mes automatismes ont repris le dessus lors de nos « acrobaties »…
Juste un truc, à l’atterro, je ne fais pas un tour de frein, je prends juste mes commandes différemment et du coup on ne décroche pas, c’est juste la perche de la caméra qui était sous mes cuisses qui tombe quand je touche le sol.

Nous nous sommes tous retrouvés un jour dans une situation plus ou moins rocambolesque à cause d’un comportement ou de gestes inadaptés. Et parfois, c’est à cause des habitudes…

Alex a accepté qu’on réalise un article afin de nous faire prendre conscience des dangers potentiels provoqués à cause des habitudes.

horizontal break

Les erreurs / Le danger des habitudes

Comment faire pour éviter que les automatismes reviennent au galop ?

Avant d’aborder la véritable problématique, on peut déjà faire quelques remarques sur ce vol. Il aurait été préférable qu’Alex utilise une voile tandem comme il a l’habitude de le faire mais Alex a fait le choix d’utiliser sa voile solo, donc prendre conscience des risques.

Lors du vrac occasionné à cause de repères qui ont changé au niveau des commandes (commandes plus hautes et freinage trop profond), il ne devait que relever sa main gauche et c’est en s’appuyant à droite qu’il provoque le décro ! Avant de poser, il refait la même erreur en faisant un tour de frein au risque de faire décrocher la voile à nouveau.

Prendre la mesure des effets dûs aux paramètres changés

Cette voile qu’il utilise le plus souvent, il la connaît très bien. Il est conscient que, d’une part, le « poste de commande » sera inhabituel à cause des écarteurs et, d’autre part, que le PTV sera beaucoup plus élevé. Il se doit d’être vigilant pendant ce vol à cause  des paramètres qui ont changé.

– Si tu voles avec ton aile solo parce que ton gamin n’est pas trop lourd, tu sais que tu vas dépasser la plage de poids.Il faut donc être conscient que ton aile va avoir un comportement plus vif du fait d’une charge alaire plus importante. Ce ne sera pas comme d’habitude mais beaucoup plus dynamique dans les mouvements pendulaires.

– Si tu voles avec des écarteurs, la configuration sera totalement différente à cause de l’abaissement du « poste de pilotage » dû aux écarteurs. Donc, rester conscient que ce ne sera pas comme d’habitude au niveau de la position des mains par rapport au corps. Intégrer le fait que ce vol se fera sans repères habituels. Dans ce cas, il faut préférer les commandes en chasse d’eau et pas en dragonne.

Ici, pour adapter son pilotage face aux paramètres qui ont changé, il faut surtout se concentrer sur la sensation (pression sur les commandes, vent relatif) et penser à modérer son pilotage sur les axes du roulis et du tangage.

En conclusion, la préparation pour ce vol en tandem est à la fois technique mais aussi mentale (choix du matériel, type de vol à réaliser). Si on pense que les habitudes sont bien ancrées et qu’elles empêcheront de s’adapter au changement, mieux vaut s’abstenir en ne faisant pas de manoeuvres plus ou moins engagées ou en évitant de voler avec une voile solo à deux.

Comment faire pour éviter de reprendre ses automatismes ?

Alex a sans doute relâché progressivement sa concentration pour apprécier et partager le vol avec son fils. Son mental pilote « inhibé », son vol s’est poursuivi avec les gestes habituels.

Bien préparer son vol mentalement

En fait, il aurait fallu que le papa oublie son rôle de père pendant ce vol et assure sa mission de pilote jusqu’au bout. Sans doute que son mental de pilote aurait pû être conservé si il avait utilisé une méthode pour construire son vol. Il n’y a pas de recettes miracle, à chacun sa technique pour « imprimer » mentalement, mais voici quelques exemples.

Le premier, en retenant l’essentiel, en se disant par exemple : « étapes cool, je partage avec mon passager, étapes à risque potentiel, je me concentre (notamment sur les paramètres qui ont changé pour ce vol) ».

Autre technique utilisée par les athlètes, la simulation avant l’action : envisager tous les scénarios possibles, les vivre mentalement pour être capable de les reproduire sans réfléchir parce que déjà « vécus ».

Ou alors pourquoi ne pas annoncer à son fils que, pendant le vol, son papa sera parfois très impliqué sur le déroulement de son vol, notamment à certaines étapes qui demandent de la concentration. Une façon de mieux « imprimer » et en même temps d’enseigner à son fils que le pilotage en parapente n’est pas anodin et exige de la concentration.

C’est sans aucun doute la préparation mentale et le comportement habituel de tout bon biplaceur…

René

ROCK THE OUTDOOR, la culture parapente

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