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« Donne-moi des ailes », ou la stratégie d’une bonne reprise des vols

« Donne-moi des ailes », ou la stratégie d’une bonne reprise des vols

DOSSIER SPECIAL : REPRISE DES VOLS APRES LE CONFINEMENT

PLUS BELLE LA VOILE – Episode 2

Voici le deuxième épisode de la nouvelle série « Plus belle la voile » qui commence sur le « Canal RTO » à l’occasion d’un événement unique : la sortie de la CRISE. Pour le casting, le réalisateur René HASLE s’est inspiré d’acteurs qui ont déjà révélé leur talent dans des productions portées sur les Préparations Mentale et Physique, mais aussi sur l’art du Pilotage ou la connaissance de la Masse d’air. Excellents conseillers techniques, leur rôle porte ici sur leur propension à transmettre des valeurs bienfaitrices…

Voici quelques suggestions d’entraînements (physique et mental) que Philippe Collet, co-responsable de l’école AlpWind s’appliquent à lui même.

PHYSIQUEMENTALGESTION DES RISQUES

DECONFINEMENT : "Donne-moi des ailes"

LE PITCH

Habituellement, la sortie de l’hiver se faisait en douceur et nous permettait de dérouiller doucement notre gestuelle tout en ré-apprivoisant une masse d’air qui s’activait progressivement avec l’arrivée des chaleurs printanières. Confinement oblige cette année, qu’on le veuille ou non, le scénario sera différent.

L’auteur présente la vision de ce que sera probablement son retour au parapente et comment il procède : « c’est ce que j’appelle ma stratégie de reprise. Elle n’est ni bonne, ni mauvaise, c’est juste la mienne et c’est déjà bien suffisant. Peut-être y trouverez-vous des pistes qui vous intéresseront« .

Auteur : Philippe Collet / autre productions 2019 : « Comment gérer l’engagement en parapente (cross, marche et vol et voyages)« . Co-auteur dans la production « Augmentez votre sécurité dans la pratique du parapente en haute montagne »

Durée : 10 minutes

Si les auspices se confirment, nous déconfinerons mi-mai, soit au cœur d’une période aérologique très intense. Autrement dit, notre attitude globale de pilote devra rapidement se synchroniser avec cette temporalité un peu chamboulée. Ce qui revient à dire que nos actions de pilotage devront donc être propres et efficaces, notre mental et notre analyse prêts et affûtés.
D’autre part, et c’est tout le paradoxe, après 2 mois cloués au sol, notre envie de voler est très forte, notre motivation monte en puissance à l’approche du son de la cloche qui nous libèrera. En d’autres termes : nous sommes morts de faim !

Alors, bien évidemment, il existe plusieurs attitudes pour faire face à cette drôle de situation.
Choisir de l’ignorer tout en matant Netflix : « boa, moi le 11 mai ? Direct, je monte au déco et bim c’est parti ! »
Se dire  : « Non, mais je vais y aller tranquille, un petit vol quelques jours plus tard, rien de méchant… ». Bon, si il n’y a qu’un court créneau de beau temps cette semaine-là, il faudra faire preuve d’une belle abnégation pour se contraindre (encore…), mais pourquoi pas.
Choisir d’aller faire un peu gonflage, ce qui est un bon point, mais quel volume de gonflages prépare votre mental ?

Bref, les réponses seront à l’image de notre personnalité et de la représentation que nous nous faisons de notre sport.

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Ma stratégie de reprise

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Le contexte

J’ai tout d’abord pris le temps d’étudier objectivement le contexte général pour le prendre en compte, à savoir :
– je suis à la maison alors qu’habituellement j’empile les heures de vols,
– ma technique n’est pas au top,
– j’ai envie de réaliser des vols avant que le travail estival ne me happe jusqu’à l’automne,
– une partie de la saison de vol est passée,
– quand je vais revoler, je ne veux pas perdre trop de temps,
– je ne veux pas me retrouver à l’hosto pour un accident, je me sentirai mal à l’aise si ma pratique perso mal gérée venait impacter les services d’urgence.

J’ai donc choisi de considérer cette reprise comme je préparerai une compétition ou une ascension en montagne : il faut s’entraîner pour le rendez-vous car, lorsque le créneau sera là, je sais que mon envie sera la plus forte. A moi d’être prêt !

Les objectifs

Pour avoir une stratégie cohérente, il a fallu que je définisse un périmètre d’objectifs structurés réalisables rapidement, en fonction du temps et des moyens que je pouvais/voulais y consacrer. Cela m’a également aidé à garder de la motivation les jours où le confinement était trop pesant. En outre, cela m’a aidé à travailler mon analyse puisque je devais échafauder les conditions permettant leur réalisation.
Je me suis donc recentré sur le cross, mais sans ambition de grosses performances car je n’aurai pas assez de volume et sur le hike and fly, version bivouac.

La combinaison des deux me donnant un espace assez large de projets potentiels, cela a également mis du relief dans mon quotidien en me poussant à imaginer un certain nombre de scénarios qui me plaisent.

Bien, mais la réalité, c’est que je ne peux même pas ouvrir mon aile pour faire du gonflage… alors quoi ? Alors je me suis attaché à construire autour de tout ce qui relève des éléments non techniques du parapente, tout ce qui n’est pas du pilotage pur.

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Les axes de travail

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1- Le physique

Oui je sais, pour certains, ça les fait marrer de parler de physique. Pourtant, quand on y réfléchit un peu, l’entraînement physique augmente votre résistance à la fatigue, améliore la qualité de vos réflexes, conditionne la réponse que l’on pourra fournir aux G en rotation par exemple.

Bref, un peu de physique ne fait pas de mal et on a le temps. J’ai choisi de travailler le cardio (footing, vélo) et les gainages car ces deux points me paraissent intéressants. Ensuite à chacun de trouver le volume dans la durée et la répétition des séances selon son niveau de départ.

Du running avant de faire le « chicken-run » au déco

2- Le physique « spécifique à l’activité parapente »

En parallèle de l’entraînement physique classique, je travaille des mises en situations spécifiques.

Je réalise différents exercices avec le SwissBall

Je le fais rouler sur les axes tangage et roulis tout en me concentrant sur la position de mes mains qui doivent rester au neutre. C’est bon pour le gainage et l’équilibre.
J’essaie de récupérer l’équilibre sans réflexes « piétons » (pas de moulinets de bras).
Je passe vite d’une position jambes semi-fléchies à une position groupée, pour simuler du brassage en masse d’air turbulente…etc

J’utilise également un ballon type volley-ball sur lequel je place une planche

Je vais m’asseoir dessus, face à un mur et pratiquer des lancers de balle que je tente de récupérer. Pas facile, très bon pour l’attention et l’oreille interne.

Bref, j’imagine plein de mises en situations ludiques qui me permettent de reproduire un peu de travail sellette.

Le travail au portique

J’ai la chance d’avoir un portique, donc je me pose aussi dans la sellette pour me rapprocher au mieux de la réalité.

3- Le mental

J’ai subdivisé mon entrainement mental en deux parties.

Partie 1

Ne pouvant voler, je m’appuie sur une pratique qui aide à performer ses gestes : la visualisation.
Cette forme d’imagerie, bien connue des sportifs, aide, par exemple, des musiciens à réaliser certaines gammes complexes. Elle est aussi utilisée par des kinésithérapeutes pour aider leurs patients à la récupération de leur mobilité articulaire. Je choisis donc des séries de gestes de pilotage (déco, contre, tempo…) et, 10 minutes chaque jour, je fais une petite séance en variant le thème quotidien. Elle s’accompagne d’un peu de respiration pour gagner en efficacité. C’est ce que j’appelle mon échauffement mental.

Partie 2

Ayant défini mes objectifs, je consacre un peu de temps à de la pensée positive orientée. Je visionne des vidéos de parapente qui ressemblent à ce que je souhaite réaliser. Puis, je scénarise mentalement des séquences, y compris des séquences compliquées, auxquelles j’apporte des solutions positives en me plaçant en situation de réussite.
Dans les deux cas, j’associe ma pratique à un peu de vidéos pour que cela me permette de me projeter. J’y trouve donc du plaisir.

4- La gestion du risque

Vu le contexte très nouveau que nous vivons, et allons vivre, il m’était impossible d’envisager ma reprise de vol sans me pencher sur ce que sera ma gestion du risque.
Comme vu ci-dessus, j’ai défini une stratégie avec des objectifs. J’ai essayé d’imaginer pour ces derniers, plusieurs alternatives de niveaux différents mais qui étaient toutes motivantes. Je ne me sens donc pas « acculé » avec un seul scénario.
J’ai mis en place un certain nombre d’indicateurs sur mon état physique et moral. Je leur prête une attention qui va aller croissante quand nous arriverons vers la période de déconfinement. Je me méfie à ne pas sombrer dans l’euphorie ou la surmotivation, mais je suis confiant grâce à la définition de mes objectifs.

Je sais qu’il me faudra de me méfier de l’effet de groupe, du plaisir de retrouver les copains, de se tirer la bourre. J’utiliserai donc le tableau indicateur des facteurs humains que nous enseignons dans la « Safety attitude » utilisée à l’école.

Comment gérer l’engagement en parapente (cross, marche et vol et voyages)

L’engagement en parapente : voici ce que Philippe remet à ses élèves s’initiant au vol de distance, des conseils à la construction collective de la sécurité – Lire l’article

Voilà, à la relecture de ce texte, je me dis qu’il y a beaucoup d’autres choses qui pourraient être mises en œuvre. Soyez curieux, imaginatifs, tout ce que vous pourrez entreprendre en amont participera d’un retour au vol serein. Tous les professionnels sont là pour vous aider, vous aiguiller sur le chemin de cette reprise.

Bon courage à tous, prenez soin de vous et à bientôt dans les airs.

Philippe Collet – Guide alpinisme et moniteur parapente ALPWIND

AlpWind
74400 Chamonix
info@alpwind.fr

ROCK THE OUTDOOR, la culture parapente

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