Vol performance sur cordon dunaire, 173 km en marche et vol

Vol performance sur cordon dunaire, 173 km en marche et vol

Laurent Soleil, en compagnie de Laurent Merle et de Yannick Dissart (tous les 3 du club Les Pitrouxdu Poitou), a réalisé un bel exploit avec un proto NERVURES équipé d'un shark nose : 173 km le long du cordon dunaire Médocain. Partant à 9h00 de Montalivet, il arrive à 13h20 à Cap Ferret avec quelques passages obligés en marchant. Après une pause casse-croûte avec ses 2 compères, il engage le retour jusqu'au point de départ. Tout comme les "chasseurs de records" qui scrutent les prévisions météo pour choisir la bonne journée et le bon site de départ, Laurent attendait la bonne journée. Elle s'est présentée le samedi 11 juin 2016.

« Pour avoir envie de revenir voler des heures autrement que pour jouer, il me fallait un objectif un peu ambitieux et original. J’avais réussi à voler en aller / retour sans poser les pieds sur les 39 km de la partie la plus complexe du littoral médocain et c’est alors que je me suis dit qu’il était possible d’en parcourir sa plus grande partie en une belle journée météo. Les vols des crosseurs du coin sont étudiés, leur moyenne, leur point de contournements scrutés, les espaces réglementés cartographiés, les points durs du parcours scrutés, répertoriés. Au premier créneau météo, je propose le challenge à Yannick Dissart et Laurent Merle… »

L’idée

Pour tout passionné de parapente et non spécialisé, les terrains de jeux sont désormais innombrables. Ayant fait mes premiers vols sur les sables du Pilat dès 1988, c’est tout naturellement que, dans les années 90-98, je suis allé découvrir d’autres zones girondines comme celles de l’Amélie au sud de Soulac. Malgré les performances modestes des ailes de l’époque, je vivais parfois de magnifiques sessions. Laurent Merle sur une récente « itinérance atlantique» automnale, de la Vendée à Bilbao nous avait aussi bien fait rêver avec ses photos et ses récits. On est maintenant un petit groupe de Pitroux à jouer en bord de mer sur des dunes, des falaises, des digues en se prenant pour nos amis les mouettes. C’est du jeu, de la technique, de la joie, du partage, mais le 12 mai 2016 pour savoir ce qu’avait dans le ventre un proto Nervures confié par JM Bernos, j’ai pris le parti d’un vol « performance » pour un record médocain entre le Cap Ferret et Lacanau (101 km parcourus et 92 points CFD) avec toutefois la frustration de devoir l’écourter pour des contingences matériels. Conclusion mitigée en me disant que j’étais un peu éloigné du plaisir de pilotage en thermique, mais que le paysage, les couleurs, l’ambiance face à la mer était une belle compensation. Bref pour avoir envie de revenir voler des heures autrement que pour jouer, il me fallait un objectif un peu ambitieux et original. J’avais réussi à voler en aller / retour sans poser les pieds sur les 39 km de la partie la plus complexe du littoral médocain et c’est alors que je me suis dit qu’il était possible d’en parcourir sa plus grande partie en une belle journée météo. Les vols des crosseurs du coin sont étudiés, leur moyenne, leur point de contournements scrutés, les espaces réglementés cartographiés, les points durs du parcours scrutés, répertoriés. Au premier créneau météo je propose le challenge à Yannick Dissart et Laurent Merle.

La météo

Il faut une journée de traîne sans grain et avec un vent régulier en force (25/30 km/h) et en orientation, sur un peu plus de 8h, cela existe et on l’a eu le samedi 11 juin. En dessous de cette vitesse, ça ne passe pas sur la portion Lacanau Cap Ferret.
Même si le suspense reste entier jusqu’à la veille, les modèles météo fiables GFS/WRF/AROME à courte échéance, permettent de nos jours, d’assurer quasiment le coup. Néanmoins, je crains injustement une baisse du vent en soirée mais c’est bien 12 à 13 heures de vent parfait qui seront exploitables ce jour-là avec finalement pas une goutte de pluie.

La tactique

Le rendez-vous est pris très tôt avec Yannick : 5h15 chez moi à Poitiers, on récupère Laurent à Niort à 6h. On veut prendre le premier bac Royan – Le Verdon de 7h50, pour attaquer le vol si possible entre 8h30 et 9h00. On ne sait pas trop ce qui nous attend sur le parcours comme difficulté, si ce n’est 3,7 km de réserve ONF interdite et le replat de Lacanau, donc le mieux est de partir le plus tôt possible. Pas de contrainte de rester en l’air tout le temps et à tout prix on décidera si nécessaire de marcher et reprendre dès que les dunes seront plus porteuses. Pauses boisson et sandwich, films et photos… on n’est pas à la X’alps.

Le parcours

Laurent est au taquet, contrairement à moi, il connait cette zone et nous proposera même de partir depuis Montalivet même, alors que j’avais prévu 2.5 km plus au sud, point extrême jusqu’alors des vols déclarés. Dès son aile GIN GLIDERS Rebel gréée, il part sur les coups de 9h00. Pour Yannick et moi, ça va être un départ galère. Yannick déchire l’extrados de sa SWIFT Ozone sur un toit de cabane de plage et se retrouvera en SPIRULINE. Il devra renoncer à la portion compliquée Montalivet – le Pin Sec. Mon aile, le premier proto Shark Nose de chez Nervures, visite un candélabre et la plume et quelques suspentes en font même le tour par le haut !!! Désolation. Mais zéro dégâts et une palette providentielle nous permettra de grimper tout en haut et de débloquer une situation bien compromise. Laurent a 1 h d’avance et c’est pied au plancher que je démarre mon soaring/surfing. Regroupement au Pin sec grâce à la temporisation de Laurent et au transfert de Yannick avec ma voiture.
Yannick pourra nous suivre jusqu’à Carcans car c’est une portion avec un très beau cordon, continu et haut.
La mini aile de Yannick vole assez vite et peut nous suivre sur cette partie porteuse. Laurent Merle, expérimenté et aguerri à ce type de vol de dune, adopte une technique payante pour tenir le rythme avec une aile ancienne mais qu’il connait bien : il reste dans la partie basse de la pente, bien au vent du relief et évite ainsi de se faire contrer sur les crêtes et de trop pousser sur l’accélérateur qui sur cette génération d’aile n’apporte pas une grande plage de vitesse et du plané. Quant à moi, avec l’aile la plus perfo et la plus récente du lot, j’avoue ne pas avoir de stress particulier, je suis en contrôle et je teste le pilotage poulie/poulie et contrôle de la trajectoire aux C. Chacun sa technique et ça marche pour tous. On dit « à ce soir à Yannick » qui fait demi-tour. Km 42, au passage pedibus de Lacanau par les rues du front de mer, Laurent me reprendra le ¼ d’heure de retard en passant par la plage, l’aile au-dessus de lui et en barefoot. Il s’en suit la portion la plus technique de la journée, 39 km jusqu’au Cap Ferret où on est obligé d’aller chercher des allures bras haut et Vz mini qui réduisent la vitesse moyenne de 5 à 7 km/h (22 km/h environ). Certains endroits demandent même un pilotage extrêmement fin et il est étonnant de voir comment avec un vent fort on arrive à passer des bandes de sable qui n’ont même plus le nom de relief. La pause pique-nique au Cap Ferret est un moment de congratulations, de détente, de plaisir, et de surprise surtout pour Laurent d’avoir fait un si beau parcours avec une aile si ancienne. Chapeau ! 81 km au compteur et il faut faire le retour. Personnellement je ne suis pas inquiet, sauf que je veux aller le plus vite possible pour ne pas se « tanquer » avant Montalivet sur un affaiblissement du vent. Sur cette portion retour, la mini composante nord va montrer l’écart criant de performance de nos deux ailes. Je distance irrémédiablement la Rebel et ne reverrai Laurent qu’en toute fin de journée. Je calcule à peine Lacanau tant l’aile plane loin vers la station balnéaire. Je n’ai que 800 m à faire à pied, aile au-dessus de moi pour reprendre cette cavalcade endiablée sur le premier relief rencontré. Je suis confiant sur la réussite de l’objectif tant ça donne bien et ça vole vite. Grisant, beau, jouissif. La portion des 3.7 km de la zone ONF à passer à pied est presque un plaisir ça permet de délasser les jambes en faisant travailler les quadriceps de manière plus naturelle que cette interminable pression sur le barreau d’accélérateur.
Yannick est en contact radio au Pin Sec à km 150, il reprend l’air pour essayer de boucler le parcours avec moi sur Montalivet, mais les règles de l’aérodynamique sont têtues. Seul, je fais mon point de contournement 11.6 km au nord du Pin Sec quasi sur le parking de Montalivet Plage d’où on est parti 8 h plus tôt et je replonge au sud vers le Pin Sec pour un petit ¼ d’heure de jeu, avec le reste du « Team Full Power », avant de plier les gaules pour ne pas rater le dernier bac pour Royan. Une journée pleine et intense qui se fini au festival « Le Rêve d’Icare »  basé dans la baie de Royan. Tout un symbole.

Difficulté, danger ?

Ce type de parcours requiert un minimum d’expérience du vol dunaire. Les sautes de vents peuvent être sensibles surtout si les nuages sont actifs. Cela peut occasionner aussi des changements d’orientation assez longs et problématiques de même que des turbulences qui n’ont certes pas l’intensité des vols purement thermiques mais qui nécessitent de la vigilance et de la concentration car ça se passe à haute vitesse et près du relief. Les ailes modernes à shark nose amènent un plus appréciable en terme de vitesse et de performance en mode accéléré. C’est aussi un gage de sécurité si le vent vient à fraîchir ou à faiblir. Il ne faut pas négliger que se vacher sur certaines portions nous ramènent rapidement de notre condition d’oiseau à celle plus fréquente de bipède et ce peut être une sacré galère de retrouver une route et un endroit civilisé. 10 km de bravoure peuvent être nécessaire. En plus de la motivation, condition physique, eau et alimentation indispensable.

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