Cross parapente de 224 km au départ de Saint André par Karlis (04)

Cross parapente de 224 km au départ de Saint André par Karlis (04)

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Le 24 avril, Kārlis Jaunpetrovičs, pilote acro devenu pilote testeur chez BGD, a effectué un vol de 224 km au départ de Saint André les Alpes.  C’est un aller/retour ou un triangle plat d’une durée de 8h55mn. Voici la version française de son récit publié sur le site “Paraglidingistheway“.

voir la trace sur Xcontest

Mon objectif était de dépasser les 200 km pour ma deuxième saison. L’année dernière, j’avais réalisé un triangle FAI de 193 km, cela a été un pied énorme pour moi en tant que pilote.

Depuis, j’ai participé au 15ème championnats du monde de parapente et j’ai passé beaucoup de temps à voler avec Bruce Goldsmith, Anthony Green et Tyr Goldsmith. J’ai appris beaucoup avec chacun d’eux. Comme le printemps approchait, je me suis préparé à y aller mais ce n’était pas sans échec loin de là. Ce n’est qu’après avoir parlé à Adel Honti que j’ai finalement réussi à faire mon tout premier vol de plus de 200 km.

Adel m’a beaucoup parlé du mental, de la patience, comment l’appréhender pas à pas et se concentrer sur la tâche à accomplir et non sur le résultat. J’ai pris beaucoup de notes durant cette conversation. Je n’aurai pas pû faire ce vol sans ses conseils. Un grand merci à Adel pour son soutien. Vous pouvez écouter son podcast avec Gavin McClurg ici.

Le départ

Je suis arrivé tôt sur le site, à 8h du matin. Le ciel avait l’air bien mais, vers 9 heures du matin, j’ai remarqué qu’il y avait une grande ligne de nuages de stratocumulus qui se formait dans la direction que j’avais l’intention de prendre. Et au fur et à mesure que la journée progressait, cette ligne se déplaçait au-dessus du décollage.
Vers 10 heures, il y avait de beaux cumulus vers le sud, la journée commençait tôt et s’annonçait forte. Ce front de nuages glissait juste au-dessus de ma tête et cela m’a rendu nerveux. Je pensais que je ne serai pas capable de décoller de sitôt et que cela réduirait mes chances de faire une longue distance.
Une occasion pour décoller s’est présenté vers 11 heures. Le front était un peu faible et les nuages se rapprochaient. Ils couvraient la zone au nord même si je prenais le thermique à mon départ. Voler dans l’ombre à 11 heures ne m’a pas semblé un bon plan, pensant finir probablement par atterrir rapidement.

J’ai décidé de ne pas y aller, c’était difficile de garder patience. Pendant une heure, j’ai mis en doute ma décision, je pensais – “Tu aurais dû partir quand tu en avais l’occasion, mon pote. Tu l’as probablement ratée » ou « Mec, tout va bien, attends le prochain tour, apprécie le fait d’être au sommet d’une montagne au lieu d’être coincé dans un bureau ».

Prêt à décoller

Le vent s’est levé graduellement. J’ai commencé par des manipulations au sol pour voir si le vent est disposé à me faire décoller. J’étais encore sous l’ombre du nuage mais le ciel s’éclaircissait : “je vais longer la crête jusqu’à ce que le soleil se dégage et que je chope un thermique”. Toujours dans le doute, j’ai enfin décollé.

Le vent était assez fort pour me maintenir, alors je me suis élancé. Je suis arrivé à la première falaise ensoleillée et je suis arrivé au plaf. Il y avait une petite rue de nuages qui se formait, j’ai décidé : “Il vaut mieux la rejoindre pour voler d’un nuage à l’autre”.
Pendant les deux premières heures, le vol a été fluide, puis un peu fort car je m’approchais de Saint-Vincent-les-Forts. Sinon tout allait bien, prenant les thermiques sur mon passage, faisant de bonnes transitions et prenant de bonnes décisions.

La grande décision

Une fois arrivé au lac de Serre-Ponçon, les choses ont été plus difficiles. Il m’a fallu deux heures pour y arriver et j’ai dû prendre ma première décision sérieuse du vol. En effet, il y a deux façons habituelles de traverser le lac pour aller vers le nord. Une des options (option B) en partant vers l’arrière est la plus sûre mais il faut plus de temps pour en sortir et c’est un détour. La deuxième option (option A), est de se diriger vers la montagne en face mais si vous êtes trop bas, c’est la fin de votre vol. Je l’ai vécu sur des vols précédents, échouant en prenant cette option.

Je voulais prendre le chemin rapide car je n’étais pas en avance (ce n’est pas comme décoller juste avant midi, idéal pour un gros cross). Donc, j’ai choisi l’option A. J’ai pris autant de gaz que possible (3314 m) avec beaucoup de nuages ​​pour m’aider dans mes décisions. Il y avait des nuages directement sur la face sud est des montagnes devant moi. J’ai fait confiance à ma lecture du ciel.

Arrivé assez bas, la transition était pire que prévue. Je devenais nerveux, pensant abandonner mon plan. Essayant de survivre en faisant demi-tour au dernier moment. Je l’ai déjà fait avant en finissant par atterrir dans la vallée derrière la crête mais cela n’a pas été le cas pour ce vol. Tout cela m’a rendu très nerveux à propos de ma décision et de la situation dans laquelle je me trouvais.

Vu le nuage qui persistait sur la crête, je me suis rapproché de la crête, me disant que ce déclencheur du thermique devait marcher. J’ai dit dans ma tête – “Ça marchera, il y a un nouveau nuage, il y a un déclencheur, le soleil brille dessus et le vent vient probablement de l’ouest ou du sud-ouest sur le sol”. Toutes les indications étaient là mais j’étais toujours dans le doute et je regardais frénétiquement la montagne derrière moi en pensant: “Dois-je revenir en arrière ou dois-je poursuivre ma route ?”

Je descendais à 6:1, à 5:1, à 4:1, à 3:1 puis à 2: 1 … A présent, c’était la panique dans ma tête. Je m’appelais de tous les noms jusqu’à ce que j’entende ce doux son, celui du vario chantant ta mélodie préférée. Le son de l’ascension. Je ne pouvais pas être plus heureux, ça a marché !! Oh, doux bonheur.

Moral rechargé jusqu’à 100%

Tout à coup, j’ai eu l’impression d’être une rock-star que personne ne voit ou ne remarque (puisque vous voyagez seul et que personne ne voit vos moments héroïques). Je m’en fichais, mon moral était au plaf, j’étais en feu : où aller ? Suivre mon plan maintenant ? C’est là que j’ai pensé pour la première fois que, peut-être, peut-être, que je pourrais réussir ce vol. De toute ma vie, je me voyais devenir le pilote en pleine confiance !

Pendant quelques heures, j’ai pris de grandes décisions et fait de bonnes choses. Aucune erreur n’a été commise faisant un chrono d’environ 30 km/h, profitant pour faire quelques photos de moi et de mon aile.

L’incident à cause du problème pipi

Se lever tout en volant pour faire pipi, un mouvement en avant qui n’est pas pour les mauviettes!

Au moment où j’ai atteint le point de contournement (à 112 km du décollage), il s’était écoulé 4 heures dans le ciel. J’avais un grand besoin de faire pipi, à en avoir mal. Cela a vraiment gâché ma progression. Je voulais atteindre la grande transition pour pouvoir me mettre debout dans la sellette, un mouvement vers l’avant qui n’est pas pour les mauviettes.

A cause de cela, n’étant plus concentré, préoccupé par ma vessie, j’ai raté un très bon thermique de 2,5 à 3 m/s (voir photo A à droite), me précipitant devant uniquement pour me retrouver sous le vent ( photo B). J’avais besoin de faire pipi ! Au lieu de cela, je me suis retrouvé en bagarre dans les turbulences du thermique qui voulait ma mort, nous n’étions pas du tout des amis. Sous le vent, ce monstre n’avait aucune intention de m ‘élever jusqu’à la base du nuage.

Ensuite, j’ai décidé que c’était une bonne idée de rejoindre la montagne suivante tout en essayant de faire pipi dans la transition car j’avais besoin de reprendre de l’altitude. J’ai géré la partie pipi, mais pas la partie transition. Après avoir vidé ma vessie au-dessus d’une belle forêt de montagne, j’ai retrouvé mon esprit. Je me suis vite rendu compte que la situation n’était pas idéale et que je pourrais être secoué de l’autre côté sous le vent. J’ai donc décidé de faire demi-tour (voir photo C) à la montagne et d’utiliser les ascendances calmes du bon côté et de monter le plus haut possible avant de traverser. Mais tout cela m’a fait perdre 30 minutes. J’étais furieux !

J’étais sorti de mon vol et j’accusais mentalement. Je ne pouvais pas croire à quel point j’étais stupide. Il m’a fallu 10 à 20 minutes pour me calmer et reprendre un bon mental pour mon vol.

Etre un “Bad-Ass”, un pilote rock star

Au bout d’un moment, je me suis reconstruit, recommençant à bien voler. Il était tard maintenant : j’ai décollé tard et j’ai perdu un temps précieux comme un idiot. Il me restait deux options. L’une d’elles serait d’accepter la défaite et de sombrer lentement dans la galère sans pouvoir revenir à la voiture. Ou être un pilote “Bad Ass” qui prend toutes les meilleures décisions et qui rejoint la voiture.

Je décide d’être le “Bad Ass” qui rejoindra la voiture. J’ai pris ma décision. Il était temps de m’alimenter. J’avais un peu de liquide, j’ai allumé l’appareil photo. J’étais prêt pour y aller.

Deuxième grande décision

Je pris une fois de plus, de bonnes décisions rencontrant de belles ascendances. J’étais sur le chemin du retour revenant avec une bonne vitesse et un bon mental. La prochaine grande décision du vol était de savoir comment j’allais traverser le lac, une énorme traversée pas facile à faire surtout avec des vents de 20 à 25 km/h. Comme je l’ai déjà dit, j’avais deux options :. l’option A qui consiste à traverser directement par le Sud-Est, transition très longue avec le risque de finir au tas, sauf s’il y a un thermique en route ou un très bon plané ou l’option B que j’ai faite il y a quelques jours lorsque j’ai fait mon vol de 174 km depuis le décollage de Chabre et j’ai atterri. J’hésitais, même si j’avais réussi la traversée avec l’Option B car il est plus difficile de voler à cette heure tardive pour revenir à Saint André Les Alpes.

Je décide une nouvelle fois de faire le plus long plané car j’ai vu des nuages près du lac. Je suis monté jusqu’à 3600 mètres m’enfonçant dans la sellette autant que possible pour optimiser la glisse. Juste au-dessus du lac, me trouvant faible, j’ai décidé de faire demi-tour. Je suis probablement resté plus longtemps que je ne le devais car je dérivais vers une falaise qui fonctionnait probablement mieux.

Mieux vaut une faible portance qu’aucune

J’ai pensé que rester dans une ascendance très légère était une meilleure idée à 18 heures plutôt que d’aller plus bas à la falaise dans l’espoir d’un ascenseur plus fort. Il se peut également que j’arrive dans un mauvais cycle et qu’il n’y ait pas d’ascendance pendant un moment mais que je finisse par gratter le long de la falaise pour remonter. J’ai choisi cette option. J’ai repris du gaz, me décidant d’y aller en planant.

Rencontre d’un pilote

J’ai rencontré un pilote sur un plané se dirigeant dans la direction opposée et à la même altitude que moi. C’était plutôt cool, je l’ai salué et le pilote m’ a fait un signe, c’était vraiment gentil, cela m’a stimulé émotionnellement : j’étais prêt pour la dernière partie de la journée.

Connexion à la ‘Highway Ridge’

Cette crête est connue pour être une autoroute : vous poussez sur le barreau et naviguez sur le côté de celle-ci pendant 30 km sans faire un virage. J’ai déjà fait plusieurs fois cette crête et ça marche toujours. Maintenant, je pouvais me reposer pour les 30 prochains kilomètres et rattraper le temps perdu. Non, pas aujourd’hui !

Le vent était plus bas vers le sud, je m’attendais à ce qu’il soit plus SW. Avec vent SW ou W, cette crête fonctionne très bien, mais pas tellement avec le S. Tant que j’étais sur la partie ensoleillée, cela a été génial. Puis je suis arrivé à une zone dans l’ombre et à un endroit où la montagne ne fait pas vraiment face au Sud, je me suis retrouvé été scotché avec des vents de 25 km avec de la peine pour en sortir.

J’étais vraiment dans un mauvais endroit. Tout était dans l’ombre. Je suis arrivé très près du sol, j’ai relâché la barre d’accélérateur pour me dégager de la crête. Un endroit perdu qui me prendrait toute la nuit pour sortir ou si je pouvais en essayant de redécoller de quelque part. Maintenant, je m’inquiétais plus pour sortir de cet endroit plutôt que d’avoir l’idée de poursuivre mon vol.

Je me suis retrouvé en conditions très faibles (0.1-0.2 m/s), faisant peut-être un mètre tous les deux trois tours. Encore une fois, vaut mieux une faible portance plutôt que rien, me répétais-je à moi même. Ce faisant, je savais que cela ne durera pas, surtout si le soleil ne réapparaissait pas. Je cherchais désespérément des options. J’avais besoin de savoir où aller ensuite.

Sortir de là

Après avoir gagné 10-15 mètres environ, j’ai décidé d’aller vers l’ouest car il y avait une petite montagne qui faisait face au vent avec un peu de soleil dessus. Je ne savais pas qu’il y avait même une belle falaise devant. Mec! Étais-je heureux d’entendre le bip du vario? Assure-toi que celui-ci t’amène jsuqu’au plaf !

J’y suis allé en planant, me connectant à une crête parfaite qui était juste dans le vent et au soleil, même pas besoin de tourner, je montais à une vitesse de 1,5 – 2 m/s. J’étais sur mon dernier tronçon (10 km environ), vol lisse, j’avais changé de vitesse maintenant. Voler lentement et calmement aussi efficacement que possible, ne plus se presser. Chaque mètre comptait dorénavant pour revenir jusqu’à la voiture.

Les 15 derniers kilomètres et la falaise magique

Une fois arrivé à la pointe sud de la Montagne près de Thorame-Basse, j’ai continué en planant. Le vent au sommet de cette montagne venait du Nord, j’avais une finesse de 1:50, j’étais super excité. ‘Ouais, mon pote, t’es chez toi maintenant !”. J’avais franchi la barre des 200 et j’étais très content. Il était 20h, je n’avais plus que 10 km à faire.

Comme je commençais à descendre, je rencontrais le bon vieux vent SWW soufflant dans la vallée un bon 25-35 km/h .. Ce n’est pas le vent que vous souhaitez pour votre glide final au début de la nuit, surtout quand les thermiques sont super difficiles à trouver. J’avais une manoeuvre à faire, le soleil était presque parti mais il brillait encore sur cette falaise qui faisait face au NW, le vent le frappait aussi. Une fois de plus, j’ai changé mon plan et je me suis éloigné de la ligne en cours.

J’ai dû abandonner vers l’est pour rejoindre le Sunny Cliff (voir photo). J’étais heureux! “Ouais mec! Tu as une veine de bâtard ! ». Un peu trop excité, je fais une erreur que je n’ai jamais fait auparavant. Tout en tournant dans le faible face à la crête, je suis passé côté sous le vent, ne pouvant pas revenir devant. J’ai perdu toute l’altitude que j’avais économisée. Je ne pouvais pas croire à quel point j’étais stupide d’avoir commis cette erreur.

“Eh bien, tu viens de te faire avoir, n’est-ce pas?” – me dis-je avec colère. J’ai décidé en même temps, que je n’avais qu’une seule option, celle de descendre avec le vent du côté sous le vent et de me connecter sur la montagne suivante qui était complètement dans l’ombre. Elle était plus à l’est et plus loin de l’endroit où je me dirigeais. Les vents soufflaient toujours à 25-30 km / h, je me suis dit que la crête allait me maintenir. Il y avait même quelques options d’atterrissage.

La falaise magique qui a sauvé la journée

Effectivement, la crête a fonctionné comme par magie ! Je i’ai suivi vers le sud et j’ai trouvé que c’était une crête en forme de bol. Au sommet, la montagne faisait face à l’ouest. Les montagnes en face s’ouvraient juste assez pour que le soleil du soir frappe son versant. Quelle trouvaille absolument magnifique. J’ai travaillé cet ascenseur jusqu’à ce que j’ai jugé que j’en avais assez pour planer jusqu’à la crête suivante. En transition, j’ai heurté une confluence qui m’a permis de monter encore. J’ai rejoint la crête suivante avec beaucoup d’altitude. Je l’ai utilisé pour prolonger mon triangle de quelques kilomètres de plus avant de faire demi-tour et de me diriger vers l’atterrissage.

KĀRLIS JAUNPETROVIČS

Traduction du récit publié sur le site www.paraglidingistheway

Ma joie pendant le glide final

Glide final, j’ai atterri à 8h55

ROCK THE OUTDOOR, la culture parapente