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Interview de Pierre Rémy, champion du monde parapente 2017

Interview de Pierre Rémy, champion du monde parapente 2017

Pierre Rémy fait partie de ces jeunes qui ont commencé très tôt le parapente comme bon nombre de champions

Pierre Rémy, 31 ans, a commencé le parapente à l’âge de 12 ans faisant des gonflages et des sauts de puces avec une vieille voile ou celle de son père, alors beaucoup trop grandes pour lui. En 1999, habitant à Toulouse, il fait son premier vol en stage initiation avec l’école Coriolis dans l’Ariège.

Après avoir déménagé non loin d’Argelès Gazost en 2001, il peut consacrer plus de temps au parapente. Ce qui lui vaut de devenir champion de France en 2009. Après avoir exercé le le métier de charpentier pendant 10 ans, il rentre chez Nervures où il est formé comme pilote test (avec Aérotest) et en CAO (conception assistée par ordinateur). Pierre vole aujourd’hui entre 100 et 150h par an en cross et en compétition et au moins autant pour son métier de designer et de testeur.

ROCK THE OUTDOOR a voulu en savoir plus sur ce pilote reconnu pour sa simplicité et sa grande gentillesse.

Pierre Rémy, champion du monde parapente avec le tee-shirt de l’Equipe de France

Alors, Pierre, Champion du Monde, ça te fait quoi?

Forcement ça fait plaisir car c’est un rêve de gosse qui se réalise. D’ailleurs, je crois que je rêve toujours. Des années de sacrifices et de travail qui sont récompensées de la plus belle manière.
Cela changera certainement des choses, mais ça ne me changera pas. Je resterai le pilote sympa et simple que j’ai toujours été, car le parapente, c’est avant tout de bons moments passés avec des personnes qu’on apprécie autour d’un sport qu’on adore et ça peu importe son niveau ou le style de vol pratiqué.

Avant d’y aller, y croyais-tu vraiment ?

Qui a vraiment pensé un jour qu’il allait gagner à ce niveau et qui l’a fait ? On peut y penser, en rêver mais avant d’attaquer la compétition, on ne peut y croire vraiment. J’ai commencé à y croire après 9 manches, à perdre espoir à la 10ème et à conclure à la 11ème.
Sur un événement de ce style, nous sommes 150 en sachant qu’il n’y a qu’une seule première place. Avec mon niveau, je visais juste le top 10 si tout se passait bien. Je croyais beaucoup plus au podium par équipe car nous avions le potentiel.

Comment as-tu vécu cette longue compétition?

Comme pour toutes les compètes, surtout les longues (et je le dis souvent en rigolant), j’essaie de voir chaque jour comme si c’était le premier jour de la compétition.

Passé 80% de cette compétition, la pression est bien montée, je ne voyais plus ce championnat comme une simple compétition car le podium était à ma portée. Il fallait voler juste pour conserver ma place et pour ne pas tomber au fond du classement.
Globalement, je me suis senti très à l’aise en l’air sur ce championnat. Tous les jours, j’ai apprécié chaque minute passée en l’air, surtout quand la grappe était bien étalée.

Quelles sont les caractéristiques de Monte Avena?

Des régimes de brises asse complexes, une vallée principale plutôt large qu’on qualifie souvent de plaine et la proximité avec les Dolomites. Souvent de gros cunimbs se sont formés dans les reliefs, leurs sommets avaient vite tendance à déborder sur notre secteur de vol, à tout faire passer à l’ombre et à apporter quelques gouttes, voire quelques averses.

J’avoue quand même avoir eu une pression énorme qui a commencé la veille de cette dernière manche, une pression que je me suis mis tout seul mais qui s’est envolée au moment où j’ai décollé.

Es-tu plutôt très concentré avant la compétition ou plutôt détendu?

J’essaie d’être plutôt détendu et j’évite de penser à l’enjeu. Chez moi, la concentration arrive au moment où mes pieds quittent le sol. Quand la pression monte, il vaut mieux être détendu et éviter de se laisser polluer. Le mental est super important à ce niveau.
J’avoue quand même avoir eu une pression énorme qui a commencé la veille de cette dernière manche, une pression que je me suis mis tout seul et qui s’est envolée au moment où j’ai décollé.

Est-tu plutôt un partisan à te servir de la grappe ou à jouer solo ?

Je ne suis pas fan du vol de groupe, j’ai du mal à supporter la proximité avec les autres pilotes (sauf ceux que je connais vraiment). Mais, à ce niveau, il est fort compliqué de voler seul. Par contre, si je vois une opportunité s’offrir à moi, cela ne me dérange pas de partir seul, que cela paie ou non.

Au fil des compets et avec les nouvelles ailes très performantes : es-tu plutôt du genre à optimiser en faisant les plafs ou à filer direct dès que tu devines une opportunité ou un peu des deux en fonction des conditions?

De nos jours, les meilleurs pilotes du monde ont atteint leur niveau parce qu’ils sont des pilotes complets : ils savent s’adapter très rapidement aux terrains et aux conditions. Tout le monde a un schéma de vol dans lequel il se sent plus à l’aise et il adapte son style en fonction des conditions et du terrain.

L’enjeu est aussi important, il modifiera ton style de vol. Je pense que j’ai rarement été du style à assurer les plafs, j’ai plutôt toujours été de l’avant, des fois trop, j’ai rarement su regarder en arrière et encore moins à faire demi-tour, ce qui a pû des fois me coûter cher.

Je suis un bourrin, j’aime quand c’est bien fort et qu’il ne faut pas trop enrouler, le push sur les crêtes à mouette, c’est mon truc…

Quelles sont les conditions dans lesquelles tu te sens à l’aise pour te démarquer des autres?

Je vais pas mentir, je suis un bourrin, j’aime quand c’est bien fort et qu’il ne faut pas trop enrouler, le push sur les crêtes à mouette, c’est mon truc… Sauf que chez moi, il n’y en a pas, donc je cherche toujours un bon gros missile dans une bonne face sud sous le vent (un truc de bourrin).

Chaque pilote a un ressenti, une perception des éléments : quelles sont, selon toi, les particularités qui te distinguent des autres pilotes de compétition?

Je ne sais pas trop, c’est peut être aux autres qu’il faut le demander. Je pense que mes plus grandes forces sont ma capacité à m’adapter à tous les terrains, mon endurance sur les compètes longues et mon mental.

En tant que designer chez NERVURES, que penses-tu des dernières générales d’ailes destinées à la compétition ?

Je ne connais pas vraiment toutes les ailes de compétition, car je n’ai pas le temps d’essayer d’autres machines de ce style. Aujourd’hui, j’utilise une OZONE Enzo 3, je ne vais pas faire sa pub, les compétiteurs de haut niveau la connaissent déjà bien.
Je pense que c’est une œuvre d’art, qu’elle représente ce que nous pouvons faire de mieux aujourd’hui en terme de concept et de production, car assembler une voile de ce style est aussi, sinon plus, compliqué que de la dessiner.

Le coté pilote-test aide beaucoup à se forger un mental et à affiner son pilotage en incident, on passe quand même pas mal de temps en vrac

Peut-on dire que voler dans les Pyrénées est un handicap pour s’entraîner à la compétition XC ou vol de longue de distance ?

Un handicap ? Je ne comprends pas pourquoi cette question. Je pense que les Pyrénées n’ont rien à envier aux autres massifs. Qu’en volant peu sans sortir de mon fond de vallée, je pouvais m’adapter à tous les terrains. C’est un excellent terrain d’analyses des brises et des zones de déclenchements. C’est sûr que le massif ne permet pas de triangles FAI de 300 kilomètres, mais nous n’avons pas fini d’explorer son potentiel, comme l’ont montré plein de pilotes à la CFD cette année. Puis être Pyrénéen dans ce monde d’Alpins est une force, pas un handicap !

Pierre en vol dans les Pyrénées

Est-ce que ton expérience de designer chez NERVURES t’apporte un plus dans ta façon de voler ?

Oui, sans aucun doute, elle me permet déjà de passer un maximum d’heures en thermique, à me jouer des placements dans la masse d’air avec plein de voiles différentes.
Le coté pilote-test aide beaucoup à se forger un mental et à affiner son pilotage en incident, on passe quand même pas mal de temps en vrac…

La Diamir 2, la dernière aile perf légère EN C de NERVURES

A part le vol de distance, quels types de vol affectes-tu le plus ?

Le speedflying. Si je n’étais pas si « vieux », j’en ferai dix fois plus. Je n’encourage personne à se lancer là-dedans, prendre une mini voile pour dévaler les montagnes à fond la caisse, à ras du sol, au milieu des blocs ou des arbres, est à la limite de l’inconscience, mais je trouve ça tellement bon !
Ça permet aussi de garder la forme car les bonnes lignes sont rarement accessibles en voiture. Puis un vol rando entre potes, c’est le pied.

Pierre avec la NERVURES Swoop 2

Le parapente est un merveilleux jouet à plaisir, qui offre un éventail énorme de possibilités. Peu importe son niveau et son style de pratique, on trouvera toujours le jouet qui nous rendra heureux.

Es-tu plutôt un pilote solitaire ou préfères-tu la compagnie avec d’autres pilotes?

J’ai toujours été solitaire, j’aime passer du temps seul et c’est souvent que je pars voler seul, mais j’aime autant partager et passer des bons moments avec les personnes que j’apprécie dans ce sport. J’aimerai partager plus, surtout avec les générations futures, mais, en ce moment, je n’ai pas vraiment de temps pour m’y consacrer.

Quels sont les pilotes que tu admires?

Aujourd’hui, je n’ai pas vraiment de nom à donner, je connais beaucoup de pilotes que j’ai pu admirer hier ou aujourd’hui, en cross, en speedfly ou en acro. Certains m’ont servi de modèle, d’autres m’ont donné envie et d’autres m’ont aidé à progresser. J’admire tous les pilotes qui ont sû rester humbles malgré leur niveau et qui ont apporté à ce sport.

Et quels sont ceux qui ont contribué à ta réussite d’aujourd’hui?

Certainement mes potes pyrénéens (ils se reconnaîtront) qui m’ont assisté et aidé par leur présence les années où nous essayons d’accéder au haut niveau. Des années difficiles où nous faisions des milliers de kilomètres le week-end pour faire des compétitions….
Le président de mon club qui a toujours tout fait pour m’aider et d’autres qui, dès mes débuts en compétition, ont cru en moi.
Le Conseil Général des Hautes Pyrénées et l’Office Départemental des Sports qui m’ont toujours soutenu.
Ce sont les premières personnes que j’ai appelées, que j’ai remerciées et que je remercierai toujours.
Forcement ma famille, mes parents au début, ma compagne et mes enfants. Sans eux c’est sûr que j’aurais baissé les bras plus facilement.

Quelles sont tes ambitions pour 2018 ?

Je n’ai pas encore réfléchi à ça, il y a d’abord cette saison à finir. Il y a forcément les championnats d’Europe 2018 à Montalegre au Portugal, un site que j’apprécie beaucoup depuis longtemps, après on verra…

Existera-t’il un jour une aile compet NERVURES (distance, vol bivouac) ?

Peut-être qu’il en existe déjà une, mais qu’il n’y a que moi à le savoir… Le souci restera toujours le coût de production d’une telle machine en France*.

Si tu avais des conseils à donner aux pilotes loisir, quels seraient-ils ?

Arrêter de se comparer aux autres et faire attention à ce qui se passe sur les réseaux sociaux, même si tout nous pousse à le faire. On ne choisit pas son matériel en fonction de la voile des amis avec qui l’on vole, la performance ne fait pas tout.

Ne pas oublier que le parapente est un merveilleux jouet à plaisir qui offre un éventail énorme de possibilités et que peu importe son niveau et son style de pratique, on trouvera toujours le jouet qui nous rendra heureux.

* NERVURES fabrique tous ses modèles en France

Les parapotes pyrénéens fêtent le champion en vallée pyrénéenne

L’équipe NERVURES soutient leur désigner pendant le championnat

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