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« La magie du Pic du Gar », rando vol de Michel Pila

« La magie du Pic du Gar », rando vol de Michel Pila

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Candidat au CONCOURS ROCK THE OUTDOOR

Concours du plus bel article de vol rando ou montagne

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Sentinelle jaune dressée à l’entrée de la profonde vallée de la Garonne, le Pic du Gar avec ses tours de calcaire est le gardien bienveillant des vallées profondes où s’ébattent en parfaite harmonie ours sauvages et isards bondissants. Ce beau sommet prête ses flancs escarpés aux promeneurs de toutes sortes, certains même s’y aventurent chargés de petites voiles colorées.

Bien qu’habitant dans les Alpes, l’un de mes sommets préférés pour la rando en parapente reste le Pic du Gar dans les Pyrénées, ceci pour de nombreuses raisons… D’abord parce que c’est une belle promenade en partant de Bezins-Garraux, ensuite parce que le vol y est splendide au-dessus des flammes de pierres, et enfin pour d’autres passions qui n’ont rien à voir avec la montagne. Bref, cette année n’en finit plus de douceur dans un ciel la plupart du temps dégagé et contrairement aux habitudes, l’humidité n’est pas si forte. Les traditionnels nuages bas d’automne qui obstruent les vallées ont été étrangement rares ces derniers temps, et c’est tant mieux pour le parapente. Pour les fêtes de la Saint Sylvestre, ce sont justement les Pyrénées qui nous accueillent et plus particulièrement le petit chalet de Bezins-Garraux, perdu sur les pentes immenses de la montagne du Pic du Gar. Comme pour fêter notre arrivée, le premier matin nous offre un lever de soleil que seule la région peut produire.

Alors que tout est endormi dans la douceur de la nuit, la lune se montre laiteuse, rien ne laisse présager des lumières orangées. Soudain, au creux du vallon de Boutx, une vague lueur découpe les montagnes en ombres chinoises, la lumière devient plus forte, bientôt le ciel s’illumine, il s’embrase par l’orient. Si le soleil est encore invisible, il enflamme néanmoins le ciel dans des ondulations incessantes. C’est par dessous les nuages que passent les premiers rayons de l’astre resplendissant. Il faudra assister à bien des variations de couleurs avant que ne surgisse définitivement la boule incandescente, éblouissante à vous aveugler, la rétine ne saurait soutenir sa venue triomphante. Le jour est là…. Il est temps de se préparer, rassembler les éléments essentiels au vol-rando, c’est à dire la voile, la sellette et tous les accessoires dont chacun établira une liste prioritaire. Commence alors une longue marche sur le sentier millénaire. Il serpente sur les coteaux souvent abrupts de la montagne, traversant malicieusement chaque étage où l’on peut y percevoir tous les parfums spécifiques. Les noisetiers occupent le bas par bouquets jetés ici et là, puis viennent les chênes en rangs clairsemés et enfin, par derrière le col de Teyech, c’est une étonnante forêt de hêtres, aux troncs lisses lancés vers le ciel.

Au fur et à mesure, le panorama se dégage, d’abord sur le massif du Burat au premier plan, puis ce sont tous les trois mille du Luchonnais qui se dégagent un à un dans le fond du tableau, bientôt le regard embrase l’ensemble des Pyrénées centrales depuis le Montcalm, qui jaillit à l’orient, jusqu’au Vignemale, tout au bout de l’occident. À mi parcours, le col de Teyech est le point stratégique permettant d’appréhender les conditions que l’on trouvera au sommet, le vent s’y engouffre et quand les hêtres sifflent, il est fort à craindre que cela ne décollera pas du sommet. Aujourd’hui, c’est une petite bise bien établie de sud, cela devrait être bon pour là-haut. La descente est courte après le col, des isards seront sans doute visibles plus loin. Serait-ce la douceur ambiante ? La présence d’autres randonneurs ? Quoi qu’il en soit aujourd’hui, un seul animal traîne sur les pentes supérieures, il me toise depuis son observatoire, massif et nonchalant, indifférent à mon passage. Parfois c’est une trentaine de bêtes qui broute tranquillement, avant qu’elle ne disparaisse dans les replis rocheux, comme si leur nombre apportait une vulnérabilité au groupe et leur commandait de se protéger dans les à-pics inaccessibles.

Cette montagne, si elle offre un aspect vertigineux depuis la vallée de la Garonne et plus particulièrement Saint Béat, n’en demeure pas moins commode au décollage par la présence d’une accueillante selle herbeuse coincée entre les deux sommets. Car c’est une montagne bicéphale avec le Pic Saillant d’un coté, plus élevé de 30 m, et le Pic du Gar, pointe cernée de falaises qui surplombent directement la Garonne 1300m plus bas. La plupart des randonneurs préfèrent le sommet secondaire, moins haut mais bien mieux placé pour contempler les montagnes tout autour. Une particularité encore de ce sommet hors du commun, c’est sa position en éclaireur sur les plaines toulousaines, en effet vers le nord, aucun relief ne viendra obscurcir la vue qui s’étend à l’infini, jusqu’à ce que la terre ne se confonde avec le ciel. Du fait de cette étrange dualité de cimes, les possibilités de décollages sont nombreuses et si le vent n’est pas trop fort, il est probable que vous trouverez la pente optimale pour un décollage serein. En ce dernier jour de l’année, la brise est bien constante et elle vient du sud-est, exactement dans l’axe de la pente vers le sud. La course d’envol sera courte avec cette brise bien établie.

Pendant la préparation de la voile, je me rappelle ce jour du 31 décembre 1989, nous avions décollé avec nos enclumes pour un vol mémorable à partir d’Escalette, un sommet voisin. Les thermiques étaient si forts que nous avions pu miraculeusement raccrocher les flancs du Pic du Gar et même enrouler un dernier thermique qui nous avait hissé jusqu’à 2200 m ! Une voile solitaire nous avait rejoint et c’est à l’atterrissage tous ensemble que nous avions fait connaissance avec une personnalité locale, déjà munie d’un avion de chasse pour l’époque – une Corniche si mes souvenirs sont bons – c’était Paul ! De bien nombreuses fois, je suis revenu ici dans des conditions très variées avec toujours le même plaisir. Les festivités du jour seront sans doute moins réjouissantes, déjà parce que je vole maintenant plus tôt, ensuite parce que la masse d’air de ce jour est trop stable pour déclencher des beaux courants ascendants – même si les voiles d’aujourd’hui ont des performances bien meilleures que jadis pour tenir dans un pet de nonne. Mais peu importe, le temps passe et la nécessité de profiter encore et encore d’un tel cadre devient presque vitale. Alors, dans une fébrilité toujours intacte, la voile est étalée grossièrement, le vent devrait terminer facilement le travail de préparation.

Un pré-gonflage pour vérifier l’agencement des ficelles, veiller aux clés pernicieuses qui pourraient nuire au profil de la voile et enfin prendre son envol vers le soleil. L’entrée dans le ciel est toujours un moment singulier, il permet au randonneur de s’approprier en quelque sorte le décor. Il pénètre directement dans le paysage, comme s’il s’introduisait dans une nouvelle dimension. Celui qui n’a jamais marché pour accéder au sommet ne pourra comprendre la magie du vol-rando. Devant les grandes flammes de calcaire, il suffit de prendre appui face au vent et de tourner dans la brise qui passe par dessus le sommet, l’air est parfaitement laminaire à l’avant du relief, il convient de tourner encore et encore par devant les tours illuminées jusqu’à l’ivresse. Au loin les premières neiges scintillent, plus près la Garonne brille sous le soleil de midi. Commence alors une longue glissade jusque dans la vallée. La brise est plus soutenue dans les basses couches, la voile avance lentement vers la vallée, bientôt une première vague d’air froid vient me caresser le visage, j’entre dans la couche d’inversion. Les étranges balancements de la voile cessent, l’air devient lourd et calme. En bas les rares feuillus encore verts – des lauriers cerises en l’occurrence – montrent une immobilité froide comme la mort.

L’approche sera à discrétion, dans le meilleur axe des nombreux champs qui sont en hivernage. L’herbe est rase mais heureusement sèche. La voile se pose délicatement, le retour à la terre est doux, sans surprise. Encore une fois, le Pic du Gar n’aura pas déçu, il reste impérialement dressé au-dessus de nous pendant que je plie le frêle aéronef de papier, comme pour me dire combien sa présence était plus pérenne que la mienne. La magie de cette rando reste intacte même si, d’après mes notes, cela fait plus d’une centaine de fois que j’y monte, c’est sans la moindre lassitude que j’y reviens périodiquement, comme un phare au bord de l’océan, il rassure et sert de repère au voyageur.

Michel Pila

Cliquez sur l’image pour l’agrandir

Topo

Depuis la petite église de Bezins, prendre le chemin qui passe devant la cure et au premier carrefour prendre à gauche, on reste un moment sur la piste forestière avant d’atteindre la source captée à 883m. Un embranchement sur un petit chemin va vous monter doucement au sommet dans une grande variété de paysages par une longue série de lacets. Au col de Teyech à1450 m d’altitude, ne manquez pas la vue au bout de l’éperon à gauche du col (3 minutes). Redescendre de trente metres derriere, changement de décor, on entre dans la face Ouest, par un long travelling ascendant vers le nord à travers une forêt de frênes gigantesques en rangs serrés, puisdans des prairies grasses. Enfin tourner à droite dans la prairie direction SE. Le sommet est bifide. A la dépression qui sépare les deux pointes vous avez sur la droite une croix, de trente mètres plus basse que son voisin de gauche qui la toise dédaigneusement. Beaucoup préfèrent la croix, non pas pour des convictions religieuses mais pour profiter d’une vue plus aérienne sur les hautes Pyrénées.

Michel Pila

Vous retrouverez mon topo sur le site www.bivouak.net

Décollage
Du fait de la complexité du sommet (deux pointes et des falaises ici et la) il y a des possibilités variées. Par vent de sud étaler la voile à la dépression (point bas entre Gar et Saillant) c’est facile. Par vent de Nord départ également de la dépression, c’est encore plus facile car la pente est douce avant d’être de plus en plus raide. Par vent d’ouest, en montant, avant la dépression, prendre à gauche et atteindre l’antécime au nord du vrai sommet, on pourra y décoller très facilement. Par vent d’ Est c’est pas possible mais il y a toujours une solution en se plaçant sous la croix, attention, c’est moins aisée et sous le vent… Méfiance Vol Splendide au dessus des flammes de calcaires, ne pas hésiter à suivre les vautours qui pullulent et vous indiqueront les thermiques. Attention à la brise de plaine qui vient du nord elle peut rendre le vol turbulent.

Atterrissage

Dans les vastes champs juste en aval du Lac de Géry (biroute FFVL). Vent de vallée fort l’après-midi – Il est aussi possible de se poser dans un petit champ biscornu entre Bezins et Garraux à coté du cimetière et pas loin de la voiture (A3) Attention turbulent dès le milieu de journée.

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Vous aussi, participez au CONCOURS ROCK THE OUTDOOR!

Utilisez votre plus belle plume et votre talent de photographe pour partager votre belle aventure de rando vol. Le concours doit présenter un récit (6 points) avec une description du parcours et du décollage (5 points) avec si possible des liens vers des sites d’information sur le circuit et le décollage, des photos ou une vidéo de l’ascension et du vol (6 points) accompagné d’un récit.

Les 5 meilleurs articles seront récompensés. Afin que l’article présenté soit une véritable création de l’année, les images doivent faire apparaître le logo ROCK THE OUTDOOR* (3 points).

En savoir plus

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