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Fuir le Covid… Vol/bivouac au fil des lacs suisses et autrichiens

Fuir le Covid… Vol/bivouac au fil des lacs suisses et autrichiens

A cause de la crise sanitaire, Philippe Collet, guide de haute montagne et co-gérant de l’école parapente Alpwind (avec Martin Beaujouan), a dû revoir ses projets d’aventure vers des destinations moins exotiques. Passionné de montagne, pratiquant le vol bivouac, il a donc recherché dans ses dossiers un programme pouvant lui offrir un bel espace de liberté pas trop loin de Chamonix. C’est ainsi qu’il est arrivé à cette idée de la Route des lacs qui jalonnent les reliefs pré-alpins entre la Suisse et l’Autriche.

Ce parcours de 145 km qu’il a fait en compagnie de son ami Benjamin, il prévoit même de le proposer à l’avenir en stage bivouac dans son école pour les pilotes débrouillés qui souhaitent acquérir de l’expérience en vol bivouac. Pour info, cette école a le privilège de proposer des formations Master Class vol-bivouac avec la compagnie d’Antoine Girard.

Suite à notre sympathique expérience de volbiv en Bulgarie, Benjamin et moi avions quelques idées ambitieuses pour l’été 2020. Hélas, la crise sanitaire du Covid étant passée par là et les aléas des frontières se faisant pressants, nous avons dû, la mort dans l’âme, nous rabattre sur des choses moins exotiques. Un peu énervé par les obligations sanitaires, me voici donc en train de fouiner dans mon dossier volbiv (le même qui avait initié le voyage précédent) à la recherche d’un peu de liberté.
Et là, magie ! un petit projet s’impose presque tout de suite : La route des lacs.

Ce parcours s’étire au long du piémont nord des Alpes, permettant de visiter de près ou de loin, les abords de l’ensemble des lacs jalonnant les reliefs pré-alpins entre la Suisse et l’Autriche. Pif-paf, deux tours sur Google earth confirment que tout cela a l’air sacrément joli.

Benjam’ arrive des Pyrénées comme un mort de faim, avec une furieuse envie de s’évader. Entre temps Isa, mon incroyable cliente Suisse, se démène comme une diablesse pour nous organiser une logistique aux petits oignons.
Ce coup-là, je ne cherche pas être light, au contraire, j’embarque la totale y compris le drone. Je crois qu’inconsciemment j’ai envie de suer, histoire d’évacuer la fatigue mentale des dernières semaines d’encadrement de nos stages…
Il pleut sur Cham, nous patientons deux jours en peaufinant les sacs avant de craquer. Les prévisions ne sont pas fumantes sur le piémont, mais l’envie de bouger est la plus forte. La Soar et la Rise (AIR DESIGN) semblent nous faire de l’œil : « allez les gars, feu !! »

Jour 1

Direction Leysin pour un start sur le balcon du Léman

Vue magique sur le Mont Blanc, les Dent du Midi et les Diablerets, mais extraction difficile et premières séquences au radada des arbres à compter les pommes de pin. Cela importe peu, nous sommes heureux, enfin plongés dans le rythme du volbiv…Vol, marche, re-vol et joli petit cross avec un superbe glide devant le Wildstrubel pour aller se poser au col de Hahnenmoos, juste à côté d’une retenue d’eau.

Wow !! coucher de soleil 5 étoiles après un petit plouf dans une eau à 20° à 1900m…le luxe ! On se glisse dans nos duvets avec un sourire ridicule sur le visage.
Le réveil est tranquille, rien ne nous presse : la convection met du temps à se mettre en route. Nous en profitons pour aller défoncer la tarte aux prunes d’un restau d’altitude…et boum pour le ptv…

Une petite heure de marche et on se place au plus haut de ce que nous pouvons, dans une jolie pente d’herbe. Déco et direction le Niesen, face au lac de Thoune. Nous survolons Adelboden… tiens, Maurer a dû se tirer en voyage en emmenant les thermiques dans sa valoche. Nous explorons les joies du mode survie, je retiens mon souffle comme si cela permettait à l’aile de gratter un peu de distance. Alors… ce champs là ? ..ah non ça passe… celui-ci ? non plus… à ce petit jeu, nous finissons par nous retrouver comme deux couillons à vouloir poser dans le même carré alors que la région offre des hectares prés.

De fil en aiguille nous traversons Interlaken et à 19h nous commençons notre grimpette vers le Beatenberg (beau spot de vol), rien de tel qu’un petit 800m de déniv pour dérouler le mollet. La tarte aux prunes n’est plus qu’un lointain souvenir… Finalement nous montons la tente face à l’Eiger, au Monch et à la Jungfrau, tous habillés de rose. J’ai une pensée émue au souvenir des ascensions faites dans la région avec un tas de bons copains qui ne sont plus tous là aujourd’hui.

Jour 2

Direction le Hohgant

Ce sont les cloches des vaches qui me tirent d’un sommeil profond. Ben me confirme que j’ai scié quelques stères de bois, mais cela ne lui retire en rien sa bonne humeur. Bon, je n’ai pas de scrupules car, depuis hier, il se fout de moi et de mon drone que je n’arrive pas à faire voler. Il faut avouer qu’avec l’électronique nous sommes un peu fâchés.

Allez, c’est reparti pour une petite marche. Mais d’abord soyons sérieux : il faut dégommer la tarte à l’abricot, ne serait-ce que par politesse pour la patronne du refuge du coin.
Un immense champ tout en douceur fini par nous offrir un décollage superbe. Direction le Hohgant et ses environs, une région classée biotope de l’Unesco.
Re-bagarre, re-glide, re-paysages-waou et toujours ce même sourire béat qui doit nous rendre sympathiques car tous les pilotes que nous rencontrons sont hyper gentils avec nous.
Nous admirons quelques beaux décros d’un stage Siv sur le lac de Brienz, un peu plus loin à gauche se profile le lac de Sarnen. Mais nous plongeons direction Meiringen : au fond de cette vallée se dresse le col du Grimsel et il y a peu, lors d’un stage alpinisme, j’étais perché sur les arêtes des Engelhorner, juste à droite. Mais pour nous , le trajet nous emmène à une encablure du Wendenstock et ses impressionnantes parois calcaires de 800m. Là encore session souvenirs… Nous découvrons, stupéfaits, la beauté de l’Engstlenalp et de ses 3 lacs : un vrai bijou !!. Enfin nous posons sous le Storeg pass, ce soir c’est solitude assurée dans les alpages.

Jour 3

Direction Engelberg

Un nouveau jour se lève et notre routine est bien rodée. Petit thé, séchage de la tente, pliage du matos et c’est parti pour une grimpette. Ce coup là, direction Engelberg, glide matinal face au Titlis, juste majestueux. La brise est déjà présente dans la vallée, l’attéro demande de se concentrer un poil mais rien de méchant. Bon, il est important de préserver ses routines pour garder un moral d’acier. Nous nous mettons donc en quête d’une tarte…

Une fois le cérémonial achevé nous reprenons notre périple vers un décolage en altitude. L’extraction se fait en douceur et bientôt nous admirons les lacs de Statter et d’Urner. J’avais bien dit à Ben : « attention à ne pas s’enfermer dans la vallée de Grosstal, c’est un piège à rat ». Donc, très logiquement, c’est moi qui prend une décision nulle et me retrouve sous le vent de la brise à slalomer entre dégueulantes et câble de débardage tendu en milieu de vallée. J’ai le choix entre une pose type paravalanche au bord du lac ou un champ type ticket de métro. Va pour le ticket. Et 5 minutes après, mon Benjam’ se pointe, fidèle camarade même au cœur d’une zone qui retournerait l’estomac d’un faucon.

Hilares, nous nous retrouvons devant une glace à Altdorf pour faire le point. Il reste une étape pour finir cette traversée de la Suisse jusqu’à Chur. Mais les prévisions sont vraiment anémiques ici alors que sur Cham c’est le feu. Les yeux de Ben brillent d’excitation, il faut dire qu’au pays Basque ce n’est pas souvent qu’il y a de tels plafs. Nous décidons donc de rentrer de nuit avec l’aide de l’autre Isa (la mienne) afin d’être dans les starts le lendemain.
Mon copain est heureux et je suis ravi de lui faire ce plaisir. Nous terminerons le dimanche avec 145 km dans la poche et toujours la banane.

Cette route des lacs au programme d’Alpwind ?

Cette traversée demande d’être en capacité d’exploiter correctement un thermique et de pouvoir se poser sur des vaches confortables mais non reconnues. Il faut donc avoir une vraie capacité d’adaptation. Toutefois le terrain se prête parfaitement au vol bivouac pour un pilote débrouillé. C’est dans ce cadre-là que l’an prochain nous mettrons cette traversée au programme d’Alpwind, pour un groupe très restreint en vue d’un enseignement et d’un accompagnement très personnalisés. A bon entendeur …

Bons vols à tous !

Philippe Collet – école parapente Alpwind Chamonix

ROCK THE OUTDOOR, la culture parapente

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