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Retour sur l’accident de Roland Wacogne au Pic de Morgon

Retour sur l’accident de Roland Wacogne au Pic de Morgon

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Roland Wacogne a eu un accident sur le Morgon le 19 juillet durant la compétition B-Stof qui s'est déroulée à Saint André les Alpes. Après une chute rude, il s'en sort presque indemne (3 côtes cassées). Il a pris le temps de réfléchir, de croiser les informations pour analyser son accident. Il en a tiré des leçons et a décidé de publier son récit sur le site ROCK THE OUTDOOR.

A découvrir aussi, à la fin de l’article, les observations de Jeff Masson qui nous interpelle : est-il vraiment nécessaire de courir des risques en volant sur certains parcours réputés à forte aérologie en plein été alors que ceux-ci sont plus conviviaux après l’été?

Mon accident est le résultat d’une suite d’enchaînements… J’ai additionné de quoi payer cher et perdre toutes mes plumes. Une chose est sûre : je suis rescapé et cela tient du miracle que mes blessures soient si légères…

Retour sur mon accident au Morgon

Quelques minutes avant, je planais au travers des lambeaux de nuages à 3000 mètres d’altitude au dessus du fort de Dormillouse; j’admirais les eaux turquoise du Lac de Serre-Ponçon. Et voilà que je me retrouve au sol, sur une vire entre les aspérités rocheuses d’un pierrier pentu sur les hauteurs du Morgon. Je respire, je n’ai pas perdu conscience, pas de blessure, juste le souffle coupé. Je reviens de loin mais mon parapente flappe au vent et l’urgence est de l’empêcher de gonfler. Je me redresse et pose quelques pierres pour le maintenir. L’autre urgence est de communiquer pour informer de ma situation. A la radio, je tâche de rassurer ceux qui m’ont vu dégringoler avec la voile en vrac et taper la montagne. L’organisation de la B-Stof, trophée des équipes, me reçoit et me demande si je suis blessé. Je les informe de mon état globalement bon mais leur dit que j’ai besoin d’aide. Grâce au tracker, ils visualisent ma position, me demandent de décrire mon environnement et me disent qu’ils envoient les secours.

Comment suis-je arrivé sur ces rochers ?

Depuis 27 ans que je vole, c’est mon deuxième accident sérieux. Je tiens à effectuer un retour pour analyser et travailler sur ce qui s’est passé. J’étais en mode compétition sur un parcours que je m’étais fixé depuis le décollage de St André-les Alpes. Je voulais rallier le Pic de Morgon puis revenir vers St André et réaliser ainsi le mythique aller et retour de presque 150 km. Le parcours était facilité par les nombreux compétiteurs qui matérialisaient les bons cycles. J’ai presque atteint l’objectif où j’avais prévu de faire demi-tour. J’ai assuré un gain maximum avant de transiter pour arriver assez haut sur le relief pour retrouver des appuis en thermo-dynamique sur les pentes du Morgon. J’y suis presque, je range l’appareil photo car je ne vais plus tarder à entrer dans l’aérologie puissante du relief. Mon altitude est encore bonne car je suis plus haut que la crête. Je vise les pentes face au sud-ouest ; elles sont axées au vent de la brise, cela va fonctionner. Mais je repère un ami pilote à ma droite et il enroule une ascendance. Comme il est à ma portée, je bifurque pour le rejoindre. Ce changement de trajectoire me fait passer par-dessus un épaulement du relief qui sépare deux combes.

La voile part en vrac massif

A peine ai-je passé cet épaulement, je prends une méga-frontale. Le bord d’attaque de mon aile s’effondre sur presque toute l’envergure. Je descends mes freins juste ce qu’il faut pour temporiser et l’aile se rouvre violemment. J’ai le temps de penser que mon parapente est solide vu la violence de cette ré-ouverture. Je suis hyper concentré car cette frontale est un signal d’alarme indiquant que je me suis mal placé et que le secteur est genre sous le vent avec des cisaillements de masse d’air. Je touche un thermique surpuissant ; je l’enroule aussi serré que je peux avec l’impression d’être satellisé et je m’efforce de le centrer que sur trois tours. En fait, je dérive trop ce thermique et me fait sortir. La sanction est immédiate : au quatrième tour, la voile part en vrac massif. Je regroupe mon corps et toute mon attention est fixée sur mon aile que j’essaie de remettre en état de vol. Je crois y parvenir et la vois reconstruite au dessus de moi avec juste deux petites oreilles ; je pense rester maître de l’incident mais à cet instant il aurait fallu relever les mains pour que mon parapente remorde dans la masse d’air. Ce que je ressens alors est comme des coups de butoirs dans l’aile, ce qui fait que je la retiens au lieu de remonter les commandes pour lui redonner de la vitesse.

La poignée du secours jouxte l’anti-G et c’est lui que je lance par erreur

J’entends à la radio un pilote témoin dire : « secours, secours… !». Ca part en autorotation et je me retrouve twisté. Je tire le secours. Le souci est que sur cette sellette que j’ai en test, sa poignée jouxte l’anti-G et c’est lui que j’ai lancé par erreur. Je m’en rends compte aussitôt et tire le parachute de secours. J’ai perdu un temps précieux. Heureusement mon secours est de type Rogallo et il est réactif. A peine ai-je entrevu mon parachute commencer à s’ouvrir, j’impacte la planète. Pas eu le temps d’avoir peur. Pas pris le temps de regarder quelle altitude j’avais pour réagir. Le choc a été rude et m’a coupé le souffle mais je suis entier et ne ressens pas de douleur. J’ai alors la sensation d’avoir échappé au pire surtout quand je regarde autour de moi et vois ces rochers massifs qui bordent mon point de chute.

Sur cette sellette que j’avais en test, la poignée du secours jouxte l’anti-G et c’est lui que j’ai lancé par erreur

Les secours

Reste à assurer la suite et ne pas risquer le sur-accident. Essayer de faire dans l’ordre. Echange radio avec l’organisation ; nous convenons de basculer sur la fréquence FFVL ; c’est sur cette fréquence que vont me contacter les secours. Récupérer mon parachute et mon aile, enchevêtrés dans les rochers. Je m’applique à décrocher les suspentes coincées dans les aspérités, souvent à quatre pattes pour ne pas perdre pied, car la pente est raide. Ranger mes instruments. Le téléphone sonne ; c’est un secouriste du PGHM qui vérifie mon état et ma position me disant qu’ils vont venir après avoir terminé une autre intervention. Je ressors mon GPS pour leur indiquer les coordonnées dans le format degré, minutes, secondes.

Ils me demandent si mon parapente est encore ouvert

Ils me demandent si mon parapente est encore ouvert. C’est bon, avant leur arrivée j’aurai terminé de le regrouper dans son sac. Je prends mon temps pour regrouper l’aile qui semble vouloir s’agripper à la roche Plusieurs pierres se dérobent sous mes pieds. L’organisation me rappelle pour me dire que les secours vont arriver et qu’ils ont mon numéro de téléphone. Je m’excuse auprès d’eux du souci causé par cet accident et demande des nouvelles de l’autre pilote qui a fait secours sur la montagne de Troma une demi-heure avant moi. La longue descente qui l’avait fait aboutir dans un étroit canyon nous avait beaucoup inquiétés. Heureusement pas de blessure pour Mélanie. Je désolidarise l’aile de la sellette car j’ai réussi à fourrer le parapente et le parachute dans mon sac de portage mais elle est tellement en chiffon tout son volume est occupé. J’enlève mon casque pour appeler ma femme et lui dire que je suis posé, pas sans encombre comme d’habitude, mais que ça va bien hormis que le retour de ce vol va se faire en hélico ! Je décide de monter mon équipement sur une vire plus stable un peu plus haut. En deux voyages, à pas assurés, je m’installe sur cette vire avec mon matériel calé entre des rochers. J’attends les secours qui ne tardent plus à s’annoncer par radio puis par le bruit du rotor. J’aperçois l’hélico venir du bas en vallée. Il vient droit sur ma position. Ils me demandent mon prénom. Passage à mon niveau de l’EC-145 pour repérage du secteur et ils m’annoncent qu’ils reviennent. Je le vois repartir en vallée. Je comprendrais plus tard que c’est pour aller déposer l’équipe médicale sur un plateau herbeux sur les hauteurs du lac de Serre-Ponçon.

La puissance du souffle du rotor est si forte que des cailloux volent

Ils reviennent juste au-dessus de moi. La puissance du souffle du rotor est si forte que des cailloux volent. Heureusement, j’ai gardé mon casque. Je me cramponne à des touffes d’herbe et retiens mon sac avec mon corps. Un secouriste descend en hélitreuillage à mes côtés. « Ça va Roland, pas trop de bobo ? ». Je me lève, lui serre la main et lui crie que c’est gentil d’être venu. Un mot pour lui dire que j’ai rassemblé mon matos et il fait signe du pouce que c’est OK. Il sort un harnais de son sac et m’harnache. L’hélico, qui a repris de l’altitude, revient pour redescendre le crochet de treuillage. Pas simple car le souffle fait balancer le câble. Cela ressemble au jeu du pompon sauf que ce n’est pas le manège qui tourne mais l’hélico qui se place au mieux. Je veux aider le secouriste mais il me fait rasseoir. Quand enfin il parvient à attraper le crochet, les choses s’enchaînent. Il m’accroche, me tend la main pour me relever et fait un signe à ses équipiers. Je suis soulevé et hissé en quelques secondes jusqu’à l’hélico. Passage des patins au ralenti. J’y pose les pieds et attrape la main du secouriste qui me sourit et me fait rentrer dans la carlingue. Il m’installe sur une banquette et verrouille ma ceinture se sécurité. L’hélico s’incline pour plonger en vallée et poser sur la prairie pour que l’équipe médicale fasse mon bilan. La femme qui m’examine est médecin du SAMU. Echange sur comment s’est passé l’impact, auscultation de mon torse, de ma respiration, prise de tension. Je suis debout et elle me dit que je m’en sors bien mais des radios de contrôle permettront de vérifier mon état. L’hélico ne tarde pas à revenir et nous nous accroupissons. Embarquement, ils m’emmènent vers les urgences de Digne-les-Bains. Ils ont pris soin de récupérer mon matériel. J’ai à peine le temps de remercier la valeureuse équipe qui m’a sorti de ma corniche. Ils repartent pour une autre intervention. Les urgences de Dignes aussi ont une après-midi chargée. La montagne a vu pas mal d’accidents

Verdict des radios : trois côtes cassées et une fêlée

Voilà pourquoi j’ai le souffle court et que je me sens oppressé. Le médecin me prescrit anti-douleurs, anti-inflamatoires et un mois de repos. Pas d’opération, pas d’appareillage ; je vais pouvoir sortir le soir même. Je rentre avec le minibus de l’organisation venu me chercher aux urgences ainsi que Mélanie qui vient de faire un check-up rassurant. Ils nous ramènent à St André les Alpes avec les pilotes qui se sont vachés dans la vallée de la Bléone. Cela fait du bien de retrouver les équipiers au camping et terminer la journée avec eux.

L’accident est le résultat d’une suite d’enchaînements

J’ai tenu à croiser ce que j’ai vécu avec ceux qui ont été témoins. Tâcher d’y voir clair, de comprendre et de tirer des leçons. un mauvais placement sur le relief, un thermique mal centré, du surpilotage après la fermeture du parapente, un acharnement à vouloir gérer mon aile, un manque d’appréciation de l’altitude restante, un retard à tirer le parachute de secours. J’ai additionné de quoi payer cher et perdre toutes mes plumes.

Cela tient du miracle que mes blessures soient si légères

Une chose est sûre : je suis rescapé et cela tient du miracle que mes blessures soient si légères. La douleur va s’amenuiser. Il reste les plaies du cœur à panser et surtout à penser ; la conscience que tant de faits et gestes du quotidien sont autant de cadeaux de la vie est un remède. A présent, je renouvelle tous mes remerciements à l’organisation de la B-Stof qui a assuré l’interface avec les secours, à l’équipe courageuse du PGHM et du SAMU. Prenez soin de vous.

Voir la manche en replay avec tous les concurrents

Dix conseils  tirés de cette expérience

  • Garder son téléphone à portée de main quoiqu’il arrive
  • Avoir une radio chargée et sur la bonne fréquence
  • Rester vigilant sur chacun de ses placements et se méfier de l’excès de confiance
  • Eviter le surpilotage et savoir relever les mains
  • Toujours apprécier la réserve d’altitude
  • Ne pas tarder à tirer le secours
  • Afficher la page position sur son GPS en degrés, minutes, secondes
  • Garder le casque même au sol et même s’il fait chaud
  • Ne pas essayer de s’en sortir seul pour éviter le sur-accident
  • Ne pas hésiter à passer par un check-up et radios aux urgences même si ça a l’air d’aller bien.
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Les observations de Jeff Masson

Salut Roland, tout d’abord bon rétablissement.
Tu as fais l’inventaire des situations qui auraient pu être corrigées, donc ça c’est fait.
Mais le simple fait de voler dans les Alpes du sud en Juillet ou en Août, requiert un entraînement particulier.
Au travers d’un bon nombre de récits qui se terminent bien, on assiste à une forme de banalisation de la pratique au dessus de certains itinéraires.
En l’occurence le tien s’appelle le « parcours du combattant » en planeur.
Un certain nombre de pilotes ont le même type de réflexion après incident : « la masse d’air était peut être un peu forte ».
Si l’on parle d’un mec qui courre en Coupe du Monde, c’est normal, c’est presque son boulot. Mais pour la plus grande majorité d’entre nous, est-ce bien nécessaire ?
Alors qu’en septembre ou en octobre, ce même parcours est bien plus accessible.
Il est important de comprendre avant la réalisation d’un itinéraire, le type de sanctions auxquelles on peut s’exposer durant celui-ci. Et tu le dis très justement, le placement est capital, ainsi que la réserve d’altitude.

Les spécialistes qui volent sur ces montagnes, ont naturellement tendance à simplifier ou banaliser certaines situations ou points clé, ne soyez pas naïfs.
Quand on voit les photos du ciel de ce jour là, on imagine aisément ce qui s’y passe et la force du système aérologique.

L’important, c’est d’être toujours conscient des règles du jeux auquel on participe ! (et d’essayer d’avoir un coup d’avance). Prenons en de la graine.

Amitiées, Roland.

Jeff Masson

Un grand merci pour ton message et ton analyse

Tu as raison de mettre en avant cette banalisation qui  fausse la perception. Le Morgon à une époque était un secteur où on n’allait qu’après une certaine heure a cause de son aérologie. C’est pour cela que j’ai tenu à publier ce récit.

Roland Wacogne

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