L’autre façon d’apprendre à voler en parapente au Menez Hom

L’autre façon d’apprendre à voler en parapente au Menez Hom

Loïc Ollivier de l’école Vol Libre Menez Hom nous conte l’organisation des vols d’apprentissage sur un site à faible dénivelé souvent vite encombré par les pilotes locaux. Un personnage singulier aux techniques d’apprentissages singulières sur un site singulier…

« Nous sommes loin d’une progression standard. Il n’y a pas le lundi, les séances de gonflage, renouvelées le mardi, puis les vols en pente école le mercredi, avant un grand vol le jeudi et d’autres le vendredi. Au Ménez Hom, il faut être opportuniste… »

Des élèves sur la pente école

Le Menez Hom dans le Finistère, avantages et inconvénients

Apprendre à voler sur le « caillou » vite encombré du Menez Hom

Chaque site a ses particularités. Le Ménez-Hom n’en a pas plus que d’autres. Pour être allé voler en delta et en parapente en quelques endroits, j’ai vu que se laisser bercer à St Augustin (Madagascar près de Tuléar) au dessus de l’eau même très chaude, avec les buissons au sommet est un brin différent d’un plouf dans les Monts Sibyllins. Pour avoir fait mes gammes notamment avec Gérard Julien à Millau ou à Accous dans ce qui était encore l’École Pyrénéenne de Vol Libre, j’ai bien vu que ce n’était pas comme à la maison. Pour m’être déplacé avec des élèves, en Espagne ou au Maroc, en Italie ou en France, j’ai bien mesuré la dimension de mon caillou.

Eh oui, le Ménez-Hom si connu n’est qu’un caillou et pourtant il a vu plus de grands volatiles que bien d’autres. Il culmine à 330 mètres, et l’administration nous interdit d’aller voir les nuages, ou de nous échapper trop loin, derrière, et surtout pas devant. Le soaring est court, très court et on le partage avec les modélistes, les touristes venus pour la vue, la randonnée. Les chevaux vont dans un sens, les VTT dans l’autre. Les hélicos de l’aéro-navale viennent parfois pour des posés ou des largages de bidasses. L’hélico rouge s’y pose aussi, mais c’est une autre histoire. Bref, le site est parfois vite encombré.

Le pire, c’est la météo, la pluie et le vent

Ce n’est rien. Le pire, c’est la météo. Bon, ailleurs, ce n’est pas mieux. On se moque des Pyrénées et de la brume, de sa vallée à Aucun vol ! Le problème n’est pas seulement l’humidité. D’ailleurs, il ne pleut pas si souvent que cela. Ça peut commencer en janvier et finir en mars. Ça fait une fois.

A l’inverse, il peut faire beau plusieurs fois par jour. Non, le problème, c’est le vent. On ne peut comme dans la vallée d’Aoste, la vraie, se protéger derrière le Cervin. Le Ménez-Hom, sans être le plus haut sommet du Finistère ou du Massif Armoricain, est bien seul face à Eole. Quand le vent souffle, on est au courant. Il n’y a pas de site de repli non plus, hormis les bords de mer.

Pourquoi donc s’escrimer non seulement à voler à l’ouest mais à y enseigner, et le delta, et le parapente, alors que le kite-surf semble être l’activité reine? Il faut voir les chars à voiles à l’arrêt pour comprendre. Parfois, nous avons le bon vent … Lorsque l’anticyclone peine à arriver, nous sommes heureux. Le vent est au nord-ouest et le parking du sommet se remplit. Les pilotes gonflent leurs voiles un peu partout, sans voir la scirpe qu’il faut que j’épargne lorsque je sors la tondeuse. C’est qu’il y a de la place.

Les avantages du site du Ménez-Hom

Enfin, de la place… Un temps, je pensais que le Ménez était la plus belle pente école du monde et je suis allé à Castellucio de Norcia. Castellucio, c’est géant. Il y a de la pelouse sur un terrain de 15 km par 4, au moins, avec des collines au centre, des pentes autour …

L’avantage du Ménez-Hom est qu’il est loin de Paris et des parisiens, qui trouvent mieux ailleurs, et donc nous ne sommes pas envahis, et qu’il est proche des agglomérations. Quand on roule, on va tout droit sur une voie rapide. On a la moitié de la Bretagne en une heure et demie du sommet. De la maison, j’en ai pour 10 minutes au plus.

Vols sur le site du Menez Hom

Pour la formation au Menez Hom, il faut être opportuniste

Imaginons que le vent soit comme il faut

Imaginons que le vent soit comme il faut. Les débutants rappliquent dès 8H30 et ont tout pour eux. A midi, les grands sont là, les petits remballent, vont éventuellement en bord de mer, mais reviennent en fin d’après-midi quand les aigles s’en retournent. C’est qu’il faut en profiter.
J’ai souvent plusieurs niveaux à la fois. Il y a ceux qui ont découvert le matos, ont fait un peu de gonflage et ceux qui n’ont jamais rien fait. Il faut jongler, mais je fais ça depuis 25 ans … Je n’ai pas été caporal comme on me le proposait mais j’ai eu sous ma coupe depuis mes 20 ans de nombreux pagayeurs et d’autres élèves… Un groupe hétérogène n’est pas pour me faire peur.

Quand le vent est bon, on va au plus efficace

Ceux qui ont déjà fait keckchose se retrouvent en l’air assez vite. Ça débarrasse le plancher et les nouveaux comprennent ce qui va leur arriver. Le temps d’expliquer deux ou trois trucs, les plus téméraires sont aussi en l’air et posés. Avec un peu de vent et les voiles de maintenant, c’est facile. J’aide au gonflage, j’accompagne le stagiaire, il vole sans avoir vraiment couru…
L’atterro est aussi facile car il n’a pas besoin d’être précis, et avec le petit vent, ça se passe en douceur. Quand le soleil monte un peu pour voir, c’est encore mieux. Les thermiques sont là, on voit des nuelles. On enchaîne les aller retour devant la pente, les atterros, les remontées. Et puis, il en est un qui tient … Un rappel des priorités s’impose.
Avant la fin de la matinée, un thermique attrape celui qui, comme par hasard, est bien à l’aise dans sa sellette pour en profiter. Les autres ne font plus que regarder et écouter. Il monte et se pose au sommet. J’attends le cycle suivant et jette un autre énervé qui fait de même ou file vers l’atterro du bas.

Place aux aigles

Les pilotes bariolés arrivent, go-pro sur le casque, il est temps de plier. On prend les boules ou on les a, et on va vers les voitures. Selon le cas, certains rentrent, ou suivent vers le bord de mer. Le temps que la brise s’installe, on pique nique. Tant que ce n’est pas bon pour voler, c’est bon pour gonfler, et avant que ce ne soit trop fort pour voler, on ramasse. Il est temps de sortir le biplace.

Après quelques biplaces, je retourne au Ménez retrouver mes élèves. Les aigles sont hauts, plus hauts qu’ils ne devraient. Un bavardage plus tard, on sort les voiles. Les aigles ont soif et cèdent la place. Les aiglons sont mis en l’air suivant leur plumage. C’est l’heure du soaring à gogo. Le site se vide gentiment, les moineaux piaillent et sont mis en l’air aussi. Les aiglons rentrent, les moineaux sont de plus en plus bas, je jette un nouveau en l’air …

Pour la formation au Ménez, il faut être opportuniste

Nous sommes donc loin d’une progression standard. Il n’y a pas le lundi, les séances de gonflage, renouvelées le mardi, puis les vols en pente école le mercredi, avant un grand vol le jeudi et d’autres le vendredi. Au Ménez, il faut être opportuniste. Je ne peux gaspiller un joli petit vent le lundi sous prétexte qu’il faut contrôler sa voile en courant et apprendre à la plier. Si un élève peut se poser au sommet lors de son premier soaring, je le pose au sommet. Le haut est aussi grand que le bas.

Loïc Ollivier – Ecole Vol libre Menez Hom

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