Partir voler en parapente au Mexique (Valle de Bravo / El Peñon)

Partir voler en parapente au Mexique (Valle de Bravo / El Peñon)

Ci-dessus, photo de paraglidingmexico.com

Valle de Bravo, un site parapente au Mexique à fort potentiel

Pour ceux qui ne veulent pas rester scotché au sol pendant l’hiver, pensez au Mexique, une destination par ailleurs très convoitée par les nord-américains. Pour réaliser ce dossier, nous nous sommes rapprochés d’Olivier Cotasson qui s’y rend pour la deuxième fois.

Olivier pratique le parapente depuis 18 ans. Après avoir été ingénieur Informatique, il a décidé, il y a 5 ans, de devenir moniteur* : “Avant je vendais du vent, maintenant j’apprends aux gens à s’en servir”.

Voyageur Infatigable et polyglotte, il sera donc cet hiver à Valle de Bravo, pour voler en solo, en biplace et enseigner avec Marko de l’école Flumen Il s’y rend aussi parce qu’il souhaite finir sa formation en delta : « On est tellement plus proche du vol de l’oiseau : la position, la vitesse, la possibilité de partir en piqué, de ressourcer ! ».

Si cette destination vous séduit, alors tous ses conseils vous seront précieux.

Olivier Cotasson travaille à l’école de parapente Les Grands Espaces à Annecy (Talloires)

Décollage El Peñón

Introduction

Pour beaucoup de Français, le Mexique se résume au seul Yucatán (Cancún), alors que paradoxalement cet état du Mexique a perdu de son authenticité et de sa magie, un peu dénaturé justement par le tourisme de masse.
Pour nous autres parapentistes ce pays, grand comme presque 4 fois la France, possède de nombreux volcans dont certains culminent à plus de 5000 m, et, bien sûr, de nombreux sites de vol. Valle de Bravo est le plus emblématique d’entre eux , une destination de choix pour de nombreux pilotes du monde entier, notamment nord-américains – et même norvégiens ! – qui s’y réfugient l’hiver pour continuer d’assouvir leur passion.

En 3 mois de présence il y a deux ans, les pilotes français que j’ai rencontrés sur place se comptent sur le doigt d’une main, et la plupart était expatriée. Ce site gagne à être connu ! Cet article tend à y remédier sous la forme d’un guide pratique basé sur mon expérience personnelle.

Présentation de Valle Bravo

Valle de Bravo est un village colonial, fondé en 1531 par des franciscains, estampillé « Pueblo magico » par le gouvernement, ce qui est un gage de son intérêt touristique, de son authenticité et de son histoire. Les milliardaires mexicains ne s’y sont d’ailleurs pas trompés : en périphérie du village, se trouve un quartier huppé : Avandaro.

Pendant la saison de vol, il fait frais le matin, d’autant qu’on se situe à 1850 mètres, mais rapidement le soleil prend le dessus.
Valle, comme on dit ici, se situe au bord d’un grand lac et on y trouve les activités nautiques habituelles : promenade en bateau, location de voiliers et paddles. Ne manquez pas de visiter el Callejón del Hambre (la ruelle de la faim) où des marchands ambulants préparent devant vous votre tacos. Vous choisissez la viande, la garniture et, pour une somme dérisoire, vous voilà repu.
A 20 kilomètres du village, des nuées de papillons monarques terminent leur incroyable migration en provenance des Etats-Unis. Vous aurez peut-être la chance d’y aller en volant.

Comment s’y rendre

Valle de Bravo se trouve à deux heures à l’ouest/sud-ouest de la capitale (« Cuidad de Mexico » ou CDMX pour les initiés). De CDMX, on loue une voiture, on prend un taxi, mais généralement un car fait l’affaire, au départ de la Gare routière nommée Observatorio. C’est à peine plus long, et il y en a quasiment toutes les heures. La gare routière est grande, il faudra chercher le guichet « zinacantepec ». Les motivés et les pressés font même l’aller-retour dans la journée.

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Voler en parapente au Mexique : les sites de Valle Bravo

Finie la visite culturelle, passons aux choses sérieuses ! On trouve deux sites pour voler en parapente à Valle de Bravo. Les conditions sont très différentes d’un site à l’autre, les aménagements aussi.

A l’occasion d’une escale au Mexique, Aurélien, steward et visteur fidèle ROCK THE OUTDOOR, découvre les 2 sites parapente de Valle de Bravo : El Penon et La Torre

La Torre (la tour)

Description

Le décollage de ce site parapente au Mexique se situe près d’un émetteur radio, d’où son nom, et surplombe le village. On atterrit près du lac. C’est ici principalement que se font les biplaces pour les touristes de passage. Les conditions sont généralement assez douces, tellement qu’il est parfois difficile de rester en l’air. Faites comme les biplaceurs : attendez que la brise du lac s’installe car le décollage est court. De même l’atterrissage (Santa Maria) n’est guère plus grand qu’un ou deux terrains de tennis.
L’approche, jusqu’à la finale, s’effectue au dessus de l’eau. Se méfier du vol de fin de journée car, si on tarde trop, la brise s’inverse. Ici, encore plus qu’ailleurs, une visite préalable de l’atterrissage s’impose.

Pour voler

Afin de pouvoir voler à la Torre,  il faudra payer sa cotisation au club. Pour cela rendez vous à l’école historique de Valle, « Alas del Hombre » qui se situent à 800 mètres de l’atterrissage.

Pour l’accès

Vous pouvez demander à monter avec la navette des biplaceurs. Eviter d’y aller le week-end car l’activité biplace tourne à plein régime, et le décollage petit.

Santa Maria

El Peñón

Description

C’est le site qui a fait connaître Valle de Bravo. C’est un site avec un énorme potentiel. Par abus de langage, on dit parfois « Valle de Bravo » bien qu’il se situe à 15-20 kilomètres à vol d’oiseau. Peñón signifie « gros caillou » car un impressionnant monolithe à un kilomètre du décollage, semblable au pain de sucre de Rio de Janeiro, s’y dresse, un peu sorti de nulle part.

Caractéristiques

Sa particularité : les confluences multiples et qui ne sont jamais au même endroit d’un jour à l’autre. Ici, les conditions sont autrement plus généreuses, il convient d’apprivoiser le site en volant plutôt le matin et en fin de journée, au moins au début, histoire de prendre ses marques. Je demande aux élèves de poser à 12h30, en général, tout dépend de leur niveau et des conditions bien sûr. En milieu de journée, il est parfois difficile de poser.

Malgré le nombre impressionnant de pilotes, on peut décoller sans attendre car le décollage, en herbe, est très large (une centaine de mètres).
L’atterrissage, Piano, est 8 fois plus grand qu’à Santa Maria. La partie gauche est réservée aux deltas qui ont besoin de place du fait de l’effet de sol.
Il faut respecter un sens de rotation dans les thermiques : à gauche les jours impairs, à droite les autres jours (à vérifier sur place).

Accès

Pour y accéder, il vaut mieux se rapprocher d’une structure professionnelle ou s’arranger pour prendre un taxi à plusieurs depuis Valle de Bravo. Vous y serez en 40 minutes.

L’ambiance

Tout le monde se connaît et l’ambiance est conviviale, presque familiale. Pour autant, il faut respecter les règles du club. Le site est propre, fait assez rare au Mexique pour être souligné.
Les deltas sont encore nombreux, même s’ils sont désormais en minorité. De nombreux deltistes de tous pays ont été et sont formés sur place au delta par Rudy Gotes (vuelolibre.mx) et Potro (Skyrides.mx) et leurs équipes. A partir de mars, il n’y a quasiment plus qu’eux dans le ciel car le vent devient trop fort pour les boyas (bouées) que nous sommes à leurs yeux.

El Peñón en arrière plan. Le Piano (l’atterrissage) en bas.

Pour voler

Ce site parapente au Mexique est géré par un club, auprès duquel il faudra acquitter un droit d’accès.
On peut normalement le faire directement en ligne sur leur site : ClubPenon.org. Je reproduis ici, traduit, le message que l’on trouve sur la page d’accueil :
Sachez que les conditions sur le site de vol El Peñon peuvent devenir très fortes et ne peuvent être gérées que par des pilotes expérimentés pendant la saison de vol (novembre à février), en particulier entre 12 h et 16 h. C’est pourquoi, nous encourageons vivement les pilotes à engager un guide, nous donnerons à ceux qui le font une réduction de 30%.
Si vous n’êtes pas un pilote expérimenté habitué aux conditions fortes, il est obligatoire de faire appel à un guide.
Si vous êtes un pilote confirmé breveté et habitué à ces conditions, vous êtes bien entendu invité à nous rendre visite et à voler de vos propres ailes.

Infos pratiques sur le site parapente au Mexique « Valle de Bravo »

On y trouve des stands de restauration où on peut déguster des tacos et autres quesadillas succulents. On y refait le monde après le vol autour d’une bière. Ceux qui sont venus en taxi à l’aller ne doivent pas attendre la dernière minute pour espérer trouver une place dans un des énormes vans des structures pro car le nombre de places est limité et le site est un peu excentré.

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Voler en parapente au Mexique : quelques idées de parcours

Cartes des balises du site parapente au Mexique Valle de Bravo

Vous trouverez ci-après une carte comportant quelques balises vous permettant de suivre les explications. Ces balises sont extraites du fichier de la compétition Monarca (77 en tout), que vous pouvez télécharger ici, (fichier KML-GoogleEarth). Ces parcours sont proposés par ordre de difficulté croissante, et à titre indicatif.

Le tour du bocal élargi

Du décollage à l’atterrissage, en allant taquiner le Peñón, une fois que serez familiarisé au lieu. A l’ouest du Peñón, et avant Espinazo on trouve le G-Spot (non représenté ici). Le Peñón s’apprivoise, prenez de la marge. Pour aller vers G-Spot (le point G, tout un programme !) et Espinazo, une bonne expérience en thermique et avoir fait un SIV au préalable sont fortement recommandés.

Vers le Nord

Plutôt que de poser à l’atterrissage officiel (Piano), partez vers le Nord, derrière le décollage. Direction Sacamecate (mont isolé caractéristique).
Selon les performances de votre aile, il vous faudra prendre 400 ou 500 mètres minimum pour ne pas vous retrouver sous le vent du décollage. Si vous n’avez pas cette altitude et n’avez pas l’intention de partir, restez bien à l’aplomb du décollage, ou mieux, au vent de celui-ci car vous risqueriez d’avoir du mal à revenir.

Juste avant Sacamecate, se trouvent des falaises qui ressemblent à des petits Peñón, d’où leur nom : Peñitas. En contrebas, se trouve un grand champ en bord de route, c’est là que se posent les pilotes qui font la pause de midi, soit pour rentrer à Valle, soit pour se restaurer au Jovan.

A Sacamecate, si vous arrivez à trouver le thermique, il est possible de continuer jusqu’au Jovan en volant. L’atterrissage se trouve derrière le restaurant. Si, à ce stade, vous êtes encore en vol, il est possible en quelques thermiques d’atteindre Valle de Bravo. Le terrain descend vers le lac mais la brise contraire va en se renforçant, et les terrains de secours se raréfient, il faut donc assurer tous les pleins pour être sûr de rejoindre l’atterrissage de Santa Maria. Sur le chemin, il y un aérodrome et de grandes propriétés privées sur lesquelles nous ne sommes pas les bienvenus. Pour la pérennité du site, soyez responsable. Voilà, vous êtes au dessus du lac, il ne vous reste plus qu’à poser à Santa Maria, fier comme un conquistador !

Vers l’Ouest

Si vous avez suivi, il va falloir aller vers Espinazo, et continuer au delà en direction des Tres Reyes (les trois rois), et éventuellement jusqu’au Divisadero. Ensuite, vous pouvez tenter de revenir à Piano ou à Santa Maria en survolant la Mesa (plateau).

Vers le Sud

A partir de Espinazo, Tres Reyes ou Divisadero, partez vers le sud, vers Aguila ou la Pila. A partir de maintenant, c’est de la plaine et vous avez le vent dans le nez, alors partez à plusieurs, ce sera moins difficile.

Aller plus loin

Partez voir le sanctuaire des papillons monarques (attention le relief monte tout le long, il faudra être patient et avoir un minimum de plafond), éventuellement tentez le Volcan Nevado de Toluca, pensez à vous couvrir un peu (4680 m).
Combinez les parcours précédents, poussez les murs, allez devant, derrière, à droite, à gauche. Ici, comme disent les gringos, “the sky is the limit !” (tout est possible). Ci-contre un exemple.

Voler en parapente au Mexique : exemple de parcours Valle de Bravo

Derniers Conseils

Si vous ne souhaitez pas être encadré, et que vous posez au milieu de nulle part, il faudra probablement assurer vous-même votre récup.

Prenez de l’eau, une frontale. De l’argent, mais en petites coupures. Ceux qui s’arrêteront pour vous prendre vous demanderons sûrement une compensation (para la gasolina !) et vous diront qu’ils n’ont pas de monnaie, ce qui est peut-être vrai. Ici les gens ne roulent pas sur l’or. Le propriétaire du terrain (ou prétendu tel) également. Ici, tout le monde fume, une cigarette offerte peut résoudre bien des problèmes. Prenez une carte SIM de l’opérateur TelCel, plutôt que Movistar. Ce dernier ne couvre pas bien la zone. Ici les confluences sont nombreuses, si vous savez les trouver, et se déplacent d’un jour à l’autre, parfois d’une heure à l’autre. Evidemment si elles sont matérialisées par des nuages, c’est plus facile, mais ce n’est pas toujours le cas. Là où vous aviez trouvé le thermique salvateur la veille, vous vous trouverez peut-être sous le vent aujourd’hui…

Si vous venez voler en parapente au Mexique, à Valle Bravo, vous améliorerez votre espagnol, votre anglais et bien sûr votre sens de l’air. Pour optimiser votre séjour et pour votre sécurité, si ne vous restez qu’une semaine ou deux, il semble judicieux de demander à une école de vous accompagner durant vos premiers vols au moins. Cette introduction ne prétend pas s’y substituer.

@+ sous le cumulus

Olivier Cotasson

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Les compétitions internationales à Valle de Bravo

Ce site parapente au Mexique a déjà hébergé 6 fois la Coupe du Monde (PWC) ! Il soutient largement la comparaison avec Annecy ou Saint-André. En dehors de la PWC, El Peñón accueille chaque année des pilotes venus du monde entier et plusieurs compétitions s’y déroulent.

D’abord, historiquement, une en delta qui a lieu en février : « El Peñón Classic ». Mais c’est le « Monarca Open », qui a lieu mi-janvier, et dont c’est la 16ème édition en 2020, qui a fait connaître le site. Preuve de son succès, les inscriptions affichent complet des mois à l’avance : environ 150 pilotes acceptés, et presque autant en liste d’attente. La compétition compte quelques habitués de très haut niveau, et potentiellement des pilotes dont c’est la première compétition, car il s’agit d’un Open. Notez que pendant l’ouverture de la fenêtre de décollage, celui-ci est fermé aux pilotes non-inscrits.
Mieux qu’un long discours, voilà une vidéo présentant la compétition, le site, et le village

Le Monarca

Le Monarca a été créé par Miguel Gutierrez, le patron de l’école Alas del Hombre. C’est le pionnier du vol libre au Mexique. C’est même lui qui a ouvert le site de Valle de Bravo, d’abord en delta, puis en parapente. Son histoire incroyable est disponible sur l’excellent podcast de Gavin McClurg, CloudbaseMayhem (en Anglais).

La XCSkyRace

Enfin depuis 3 ans, une nouvelle compétition de type cross-country a pris son essor sur ce site parapente au Mexique : la XcSkyRace.
Cette compétition a été créée par Marko Hrgetić. Compétiteur de haut niveau et ayant représenté son pays (la Croatie) à la X-alps cette année, il a tellement apprécié Valle de Bravo lors d’une compétition qu’il y a posé ses valises et a créé l’école Flumen. Il détient en outre le record du site (238 kilomètres). C’est avec lui que j’ai le plaisir de travailler.

Pour revenir à la XcSkyRace : ici pas de balises imposées, on décolle quand on veut, on vole avec la voile de son choix, des coefficients de bonus/malus sont appliqués en fonction de la catégorie d’aile. Il faut faire le parcours le plus grand possible, mais surtout être sûr de revenir, sinon des pénalités en fonction du nombre de kilomètres manquants sont appliquées. Une manière comme une autre de favoriser les options réfléchies. Un format original qui gagne à être connu et qui a trouvé son public.

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