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Traversée des Alpes au départ de Cannes par Antoine Fanin (1000 km)

Traversée des Alpes au départ de Cannes par Antoine Fanin (1000 km)

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Toucher du doigt des lieux inaccessibles à pied en quelques minutes de vol

Antoine Fanin pratique la montagne depuis qu’il est enfant. Passionné par le vol bivouac qu’il pratique depuis plusieurs années, le projet de traverser le Massif  des Alpes, avec comme seule compagnie sa voile et sa tente, est né après plusieurs expériences de vol bivouac.

Son aventure, qui a débuté à Cannes le 7 septembre 2018, avait pour objectif d’arriver en Autriche en traversant le plus gros massif montagneux d’Europe. Pour des raisons de planning (tests de moniteur DEJEPS), Antoine a réalisé son expédition en deux fois (2 semaines). Au final, pas loin de 1000 km de vol bivouac en autonomie réalisés en marchant et en volant.

Découvrez à travers cet interview, ses motivations, son périple et quelques conseils pour ceux qui rêvent de traverser des montagnes en vol bivouac

Découvrez ses vidéos jour après jour sur sa page Facebook « J’irai bivouaquer avec vous »

– Antoine, quelles sont les motivations qui t’ont conduit à réaliser ce projet ?

Je pratique la montagne depuis que je suis enfant, principalement avec mes parents, et j’aime découvrir de nouveaux paysages. Le parapente a été un moyen de me déplacer et de toucher du doigt toujours plus de lieux inaccessibles à pied en quelques minutes de vol.

N’arrivant pas à rester en place, c’est naturellement que le projet de traverser le massif qui m’entoure depuis ma naissance est né. Encore plus que de faire de longs vols, ce que j’aime, c’est être proche du relief, reposer au sommet des montagnes et en explorer les trésors, pourquoi ne pas bivouaquer et redécoller plus tard pour recommencer un peu plus loin ?

Vidéo du 2è jour (série publiée sur la page Facebook « J’irai bivouaquer avec vous » et sur sa chaîne Youtube

– Avais-tu déjà fait auparavant des mini-séjours bivouac ? Pourquoi as-tu choisi de le faire en solo ?

Comme au début de chaque activité, j’ai commencé pas à pas, premièrement avec des vols bivouac avec une montée à pied, puis des vols du soir avec la tente dans la sellette, puis un, deux et plus de jours.

Il m’a fallu deux ans et de nombreux essais pour être à peu près apte à séparer le matériel nécessaire du superflu, trouver les combines qui marchent ou non et surtout, reposer à un endroit stratégique pour le lendemain !

J’avais réalisé quelques vols bivouac de deux jours avec des amis (dont Clément Rubio qui a été mon assistant météo à distance pour cette traversée), ainsi que deux essais, un entre Chamonix et la mer qui s’est soldé à Saint Vincent les Forts par une semaine d’orage et un entre les Brasses et Sion en Suisse pour peaufiner le matériel et la technique.

Je suis quelqu’un de solitaire à la base, et j’ai beaucoup de mal à voler en groupe, je ne me voyais donc pas accompagner quelqu’un tout au long de ces deux semaines. Et puis, me supporter deux semaines d’affilée ne doit pas être simple non plus !

Bien que d’avoir réalisé ce trip en solo ait été dur, ça m’a apporté une liberté totale sur mes décisions, et pour certains passages je suis content de n’avoir forcé personne à me suivre !

Les pilotes test d’Ozone sont déjà en l’air, j’engloutis ma polenta et c’est mon tour ! (Gourdon)

Posé face aux Ecrins avant un passage de col un peut optimiste

– Tu prépares actuellement ton monitorat. N’est-ce pas aussi cette ambition qui t’a poussé à vouloir pousser un peu plus loin tes capacités de pilote ?

Ça en fait partie, mais, monitorat ou non, j’ai toujours cherché à repousser mes limites, et, dans le parapente, le vol bivouac me semble être un bon outil pour découvrir et travailler les siennes, surtout sur des grands trajets comme celui-ci. Le fait d’avoir de grandes périodes seul permet de beaucoup réfléchir et de mieux se connaître soi-même.

– Ton projet était-il plus – ou moins – ambitieux à l’origine ?

À la base, j’avais pour projet de partir les pieds dans la mer et de remonter le plus loin possible dans les Alpes, sans point d’aboutissement précis. L’Autriche était un « minimum » car je voulais découvrir des endroits qui m’étaient inconnus mais ce massif est tellement étendu et il me reste tant à explorer.

Je suis parti dans l’idée de me faire plaisir et d’avancer un peu plus chaque jour, c’est pour ces raisons que je n’ai pas pesé mon sac, ni mesuré les kilomètres en volant et surtout à pied, l’objectif était « toujours plus loin » tout en restant dans le raisonnable, que ça soit en vol ou en marche.

Dans la pente des forêts autrichiennes

Un petit Cairn pour le grand glacier d’Aletsch

– Peux-tu nous parler de ta préparation pour cette aventure ?

Physiquement, je me suis un peu entraîné avec des vols rando, mais honnêtement, je ne pense pas qu’on puisse réellement se préparer à marcher plusieurs dizaines de kilomètres avec un énorme sac chaque jour, tout en ayant une alimentation très limitée. Alors, je suis un peu parti la fleur au fusil, en espérant que mon corps s’adapte, ça a été très dur les trois premiers jours puis j’ai pris le rythme, et lorsque les vols sont au rendez vous, il est toujours plus facile de se motiver !

Au niveau technique, j’avais déjà réalisé quelques vols bivouac donc je connaissais à peu près les qualités requises pour un tel voyage, notamment les reposes en altitude dans des endroits exigus ou dans le vent, alors je me suis entraîné à reposer un peu n’importe où dans la majorité de mes vols et depuis c’est une sorte de jeu que j’aime réitérer assez souvent ! Les décollages eux aussi ont été un point à travailler, qu’ils soient par vent nul, de cul ou (très) fort, dans des endroits adaptés ou non et les déposes en altitude m’ont aussi aidé à travailler ce point.

Pour ce qui est du trajet, j’ai beaucoup observé les vols qui ont été réalisés, notamment un vol d’Honorin Hamard au départ de Gourdon qui l’a emmené jusqu’aux berges du lac Léman. J’ai aussi beaucoup regardé les traces des X-Alpeurs, mais, étant seul, je me suis refusé de partir dans les gros massifs où les brises sont très fortes ; je risquais d’être hors couverture réseau. Pour cette raison, j’ai suivi les grandes vallées habitées, ce qui m’a fait faire plus de distance mais en peu de temps je pouvais rejoindre la civilisation.

Pas toujours facile de décoller quand on monte en altitude (Fiesh)

– Quel matos as-tu choisi pour voler et pourquoi celui-ci ?

Pour le matos, j’ai fait un choix à la fois léger mais solide et performant mais facile.

Pour ce qui est de la sellette, j’ai depuis de nombreuses années une Ozium1 de chez Ozone, une sellette qui a l’avantage d’être relativement légère mais surtout très solide et qui bénéficie de beaucoup de place, surtout quand on remplace la mousse par la tente, le matelas et le sac de couchage… Je l’ai un peu modifiée avec mes grands talents de couturier (comprendre que j’ai galéré bien plus que le commun des mortels) en remplaçant le tissu du cocon par un imperméable au vent et surtout un cockpit avec un panneau solaire déployable en vol indispensable en vol bivouac car heureusement, EDF n’a pas encore envahi une bonne partie des montagnes !

Pour la voile, je cherchais une machine qui est à la fois légère, performante et facile à piloter car le facteur fatigue est un élément primordial lors d’un voyage sur plusieurs jours. J’ai choisi la Klimber P de chez Niviuk, une voile faite pour la X-Alps et le vol rando-cross. En effet, même si ce n’est pas la voile top performance de la catégorie D, elle apporte un compromis performance/accessibilité incroyable qui permet d’avoir une voile performante mais sous laquelle je ne me mets pas chaleur dans des conditions particulières ou après une nuit assez courte. De plus, c’est une des plus légères de la gamme et même si je n’étais pas parti pour beaucoup marcher, c’est un critère important !

Le matériel avant d’être rangé dans la sellette et ma mobylette du ciel

Dernier bivouac en Suisse, à cheval sur l’Italie et l’Autriche

– Comment as-tu vécu le fait de découper cette expédition en 2 fois 1 semaine ?

Avant de partir, je savais que je devrais faire un break pour les tests de sélection du DEJEPS, et je pensais arriver à Chamonix à peu près au moment de ce test. Mais les conditions ultra fumantes en ont décidé autrement et m’ont mené à la frontière du Linschtenchtein à deux jours des tests avec, devant moi, deux options : soit me jeter dans une vallée sans route ni certitude de rentrer à Cham à temps, soit prendre le train et rentrer sereinement aux tests.

J’ai choisi la deuxième option ce qui m’a permis de me reposer correctement, un luxe après une semaine sous tente, à voler et marcher toute la journée, et même si c’est bizarre de couper un voyage en deux, cette pause m’a permis de repartir encore plus déterminé à avancer, une motivation dont j’ai eu grandement besoin par la suite !

Quand il fait froid, on improvise

– Quels sont les moments que tu as le plus adorés ? Et les moins bons ?

J’ai adoré les premiers jours fumants où j’ai bivouaqué avec des amis et ceux que j’ai rencontrés en vol ci et là. Car même si je suis un peu solitaire, j’aime retrouver des amis qui me redonnent la motivation pour repartir et continuer !

J’ai aussi aimé les vols dans des endroits qui m’étaient totalement inconnus, à Innsbruck particulièrement où il est autorisé de voler dans la CTR en restant à 300m de la falaise, ce qui offre un curieux balai entre des monstres de métal et nos bouts de tissus, le tout à 2 de finesse de l’aéroport…

Forcément, comme tous les parapentistes, je préfère voler que marcher, et lors de la deuxième partie de mon trip, mon plus beau vol ne dépasse pas les 70km, j’ai donc énormément marché pour avancer et croyez moi, mes pieds s’en souviennent !

Presque-top landing au pied du Mt Vilan (Coire)

Top Landing à la petite Autane (Gap)

– As-tu des anecdotes à nous raconter ?

Bien sûr, j’ai découvert à mes dépens que plus on se rapproche de la mer, plus les conditions sont faibles, et étant légèrement surchargé sous ma voile, je n’ai réalisé que des plombs pour mes trois premiers vols, à un tel point que j’ai cru ne plus savoir voler et j’ai failli abandonner au pied du col de Bleine… Heureusement des conditions plus généreuses et un vol de 130km m’ont fait reprendre la raison et continuer !

Dans le même registre, au début de la deuxième semaine, à cause du manque de conditions, j’ai dû passer un col à pied. J’espérais réaliser un beau vol sur la face sud de ce dernier, j’ai marché plus de 15 heures pour un vol de 12 minutes et 45 secondes…

A l’inverse, le seul jour prévu de mauvais s’est révélé fumant et malgré un réveil tardif et un décollage sur une face est à 15 heures, j’arrive à avancer un peu et à survoler Innsbruck. Je me suis retrouvé au milieu des choucas entrain d’enrouler entre les barbules et des Boeing décollant sur l’aéroport international quelques km en contrebas. ce vol reste un des plus improbables du voyage !

Rencontre avec Fred Souchon au dessus du glacier d’Argentière

– Comment considères-tu cette aventure pour toi ? Un exploit, une redécouverte de ta personne, …

Traverser l’Himalaya ou la Cordillière des Andes comme l’ont fait Blutch ou Antoine Girard, ça ce sont des exploits ! Moi ce n’est que l’échauffement pour confirmer mes connaissances et repartir sur un projet plus gros, plus loin, vers l’infini et au-delà !

– As-tu d’autres projets dans un coin de ta tête ?

Pour l’instant, je dois finir mon DEJEPS de parapente et malheureusement ça me prend beaucoup de temps, donc rien dans l’immédiat mais à la prochaine période de beau temps dans laquelle je suis en vacances, je compte bien repartir et découvrir toujours plus loin !

Satellisé quelque part dans le Valais, entre Sion et Brig

Conseils d’Antoine Fanin pour ceux qui souhaiteraient tenter une aventure similaire

Pour moi, le vol bivouac est la quintessence du parapente, la liberté la plus totale de voler où et quand on veut et surtout la possibilité de se déplacer rapidement et efficacement dans des massifs loin des autoroutes à mouettes où on passe plus de temps à se battre avec les priorités qu’à regarder le paysage…

Pour commencer, faites des essais sur des petits parcours que vous connaissez, car, même s’il y a une recette générale qui fonctionne relativement bien, chacun doit trouver ses marques et réaliser sa propre sauce. Le vol bivouac de distance ne s’improvise pas, et ce n’est pas quand on est tanqué dans une vallée où il est impossible de ressortir à pied qu’on commence à réfléchir !

Avant de commencer, il vous faut une sellette dans laquelle vous êtes bien, relativement légère et surtout avec énormément de rangements car même si le matos de bivouac est léger, il prend beaucoup de place ! Ne négligez pas la solidité pour gagner 200g, vous n’avez qu’à regarder les récents récits de gros vols biv pour vous convaincre que seuls les oiseaux posent tout le temps debout ! Si vous pouvez conserver une protection, c’est encore mieux !

Pour la voile, n’hésitez pas à descendre d’une catégorie par rapport à ce que vous volez habituellement, car avec la fatigue, les lieux inconnus et la météo douteuse, vous serez bien content sous votre patate qui absorbe tout plus tôt que sous une lame de rasoir qui ne demande qu’à fermer…

Ensuite, la voile doit être facile à décoller, qu ce soit dans des rafales à 30 ou vent de cul, dos voile comme face voile, donc prenez une voile facile pour vous et retournez un peut faire du gonflage!

Si la voile est légère c’est un plus pour le portage et le volume dans le sac ! Mais attention, légèreté rime avec fragilité !

Etant donné que, comme moi, vous n’avez rien changé à votre matériel de base, volez avec votre matos en ajoutant le poids du matériel de biv, quelque fois les comportements changent vraiment, surtout lorsqu’on dépasse les limites du PTV…

Une fois que vous avez votre matériel de vol, il va falloir faire des essais, à la fois pour vous habituer à voler avec et surtout savoir quel matériel prendre en plus pour le bivouac.

Certains partent au plus léger avec juste un sac de couchage et un sandwich, d’autres prennent la tente, le matelas, l’appareil photo réflexe, la télé et le micro-onde. Il va donc falloir passer plusieurs nuits pour distinguer l’utile du superflu selon votre point de vue, surtout que tout comme moi, vous pensiez être le mec qui arrive toujours à poser haut et ne jamais marcher.

Puis lorsque votre matériel est prêt et testé sur des petits projets, il est grand temps pour le pioupiou de sortir du nid et partir de plus en plus loin!

Petite session de gonflage au soir du jour 3 (Petite Autane)

Quelques chiffres

1000 km environ
200 km à pied environ
10 000m de dénivelé
40h de vol
sac de 20/22 kg

La nuit, au dessus du glacier d’Aletsch

ROCK THE OUTDOOR, la culture parapente

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