Récit du vol record de France de distance de Martin Morlet (411 km)

Récit du vol record de France de distance de Martin Morlet (411 km)

Le 1er mai 2016, Martin Morlet a battu le précédent record de France de distance libre (364 km par Luc Armant) en réalisant une distance de 411 km au départ du site La ôte des 2 amants près de Rouen. Parti le matin vers 11h, il a atterri au coucher du soleil à 20h45 à la Croisille sur Briance (Haute Vienne) aux alentours de Limoges. Voici son récit.

Samedi 30 avril

Les prévisions, que l’on observe depuis le début de la semaine, se confirment. Une très belle journée se dessine pour le lendemain, mais curieusement, les avis entre habitués divergent. Au téléphone avec Guido Prestigiovanni (qui a réalisé un superbe 334km ce jour là), il ne fait aucun doute pour nous que « la Côte des Deux Amants » constitue le meilleur choix possible. Un temps Barneville aurait pu être envisagé, mais trop risqué à bien des égards. C’est donc sur un site d’environ 100 m de dénivelé proche de Rouen que nous nous dirigerons. Après plusieurs coups de fil aux responsables des différents espaces aériens situés dans la dérive, nous sommes soulagés de savoir l’axe dégagé, malgré quelques contraintes possibles, comme Tours. Un grand merci à Guido pour son travail sur la zone d’Orléans!

Dimanche 1er mai

Le site parapente Les Deux Amants a une histoire particulière. C’est un site, comme bien d’autres en plaine, qui a été mis en danger par les incidents ou l’irresponsabilité de certains pilotes. C’est donc avec une grande joie, mais aussi un profond respect, que nous arrivons sur place pour saluer le club qui en a la charge, Eurenciel et ses bénévoles. Dix ans après mon dernier cross ici, il y a un peu de nostalgie, mais surtout un bon coup de vieux !

Nous nous préparons pour le grand froid

Au décollage, nous nous préparons pour le grand froid. -5° ou pire au plafond, ça peut vite devenir une épreuve. Après un temps d’hésitation lié à l’absence de vent, Guido sonne la charge aux premiers déclenchements, et avec John (Bercq), nous le suivons de près.

11h20. Premier plafond: 1000m. Après quelques messages radio sans réponses, je prends les devants, seul. Objectif : la première rue de la journée qui part de Gaillon. Les Vz sont trop faibles à proximité du plafond pour que j’y traîne. Une fois sous la rue, j’adapte ma vitesse pour enrouler le moins possible, et d’entrée de jeu donner du rythme. Sur Dreux, je sors ma calculette: 35 km/h de moyenne environ. Le vent est encore relativement faible, autour de 15 km/h. A l’Est, le ciel est bleu. Au niveau de Chartres, un rapide coup d’oeil au sol me laisse perplexe. C’est couvert de flaques d’eau, et les cumulus fanent rapidement. La main se durcit, il faut calmer la monture! Docilement, j’atteins Châteaudun. J’ai beaucoup ralenti, et je n’aime pas me frotter au Perche. Historiquement, c’est une région qui m’a toujours porté malheur. De précautions en ménagement, je finis par apercevoir la Loire. Derrière, le ciel est pommelé à souhait. Le damier est en place pour attaquer le coeur de la partie.

Je suis rejoint par Nicolas Hernandez

Alors que je m’apprête à cravacher de nouveau, je suis rejoint par Nicolas Hernandez. Tant mieux! Nous allons pouvoir travailler ensemble et gagner de précieux points temps. Nicolas est en forme et c’est un plaisir de faire tourner notre duo. Le BlueFly fait chanter les aigus, et XCSoar ajoute sa touche d’ivresse, annonçant 25 à 30km/h de vent. Les kilomètres défilent, le paysage verdit, et j’aperçois une nouvelle fois de redoutés reflets. C’est la Brenne! Une partie marécageuse maudite dans la région. Sans attendre, je tire le frein à main, avertissant Nicolas au passage. Sans compter qu’il est 18h passé… Il ne faudrait pas se faire piéger par la bascule de fin de journée. C’est pourtant ce qui manquera de peu de m’arriver, et qui sera fatal à Nicolas.

Après un long plané où ma seule ambition est de me placer idéalement, je finis par trouver, à 200m/sol, le carburant nécessaire au dernier plafond. A +1m/s, je m’applique au maximum pendant trois quart d’heure pour émerger à 2000m. Toute la réflexion de la veille et le travail effectué pendant le vol finit par payer. Je suis sous la dernière rue de nuage, à portée du record de France.

411 km. Yes !

Tout est bon à prendre, alors je rebondis dans les dernières bribes de la journée, jusqu’à épuiser la convection. Bien sur, j’ai à l’esprit la barre des 400km, mais je n’y pense pas vraiment. Je suis ailleurs. Ce n’est que deux ou trois kilomètres après que je m’en rends compte. La glisse est incroyable, j’ai l’impression de flotter au milieu de cet océan invisible. Jusqu’au posé, à l’entrée de la Croisille sur Briance. 411km. Yes ! A peine sorti de mon paradis, je suis recueilli par une famille du village, avec laquelle je partagerai le diner, avant qu’ils ne me ramènent sur Limoges. Même la récup est idyllique ! Un grand merci à eux.

Martin Morlet

La famille qui a accueilli Martin après le posé !

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