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Vol bivouac le long de la Manche : seul sur 450 km du Finistère au Cotentin

Vol bivouac le long de la Manche : seul sur 450 km du Finistère au Cotentin

Au départ, c'était plutôt un défi mais son périple est rapidement devenu une belle aventure humaine

Alan Le Berre, 36 ans, habite à Guiclan dans le Finistère près de Morlaix. Depuis 2 ans, il vole presque tous les jours prospectant la côte Nord du Finistère pour découvrir de nouveaux spots. Peu à peu, lui est venue l’idée de relier à pied et de voler sur tous ces nouveaux spots et il ne lui a pas fallu longtemps pour se décider à projeter de longer la Manche avec son aile LITTLE CLOUD Goose Mk3. Tous ses amis lui ont dit que son projet est super, original même si certains lui ont avoué qu’il marchera beaucoup… Son défi était donc celui de marcher le moins possible !

Au fur et à mesure qu’il progressait (le plus souvent à pied), se retrouvant face à lui-même, parfois dans des situations un peu difficiles (fatigue, faim…), il a redécouvert les plaisirs des choses simples et de belles rencontres tout au long de son parcours. Découvrez son périple à travers son interview qui révèle une aventure riche en émotions.

Matériel : LITTLE CLOUD Goose Mk 3 et sellette Turtle

Parti le 7 août, il mettra 24 jours pour faire les 450 km de sentiers côtiers

Avant son départ, Alan était conscient que cela ne serait pas sans risques car longer la côte en parapente peut être parfois dangereux : »on peut se retrouver très vite sous le vent d’une pointe et finir à l’eau. Il faut vraiment être attentif au plan d’eau, observer les goélands, anticiper et très vite repérer des attéros pour éviter un amerrissage forcé« .

Conscient aussi qu’ il y aura certainement pas mal de marche car les conditions météo ne seront pas forcément adaptées lorsqu’il passera sur des zones volables (force du vent, orientation) : « ll faudra choisir entre attendre pour voler ou avancer« .

Découvrez un résumé de son périple en vidéo et en interview.

Près de Dinard

Interview d’Alan Le Berre

Alan, en regardant la vidéo, on s’aperçoit rapidement que ce qui était un défi pour toi au départ s’est rapidement transformé en une découverte personnelle d’un autre genre. Peux-tu nous dire ce que ce périple de 24 jours t’a apporté personnellement ?

Il est vrai qu’à la base un « périple », j’y pensais ! Mais depuis des années, bien avant de faire du parapente ! Je voulais quelque chose d’original et un peu sportif… 

Lorsque j’ai lancé ce défi sur Facebook (il y a déja presque 10 mois), j’avais besoin de me mettre un but pour l’année 2017, 2016 avait été compliqué pour moi sur beaucoup de plan. C’est là que m’est venue cette idée. J’ai été étonné de l’ampleur que cela a pris. ROCK THE OUTDOOR et LITTLE CLOUD m’ont très vite suivi et on connait la suite.

Il m’est arrivé un petit accident de parapente au mois de mars 2017, une grosse entorse de la cheville… (dûe une mauvaise prévol) qui m’a mis beaucoup de doutes sur ce périple, tant sur le plan physique que sur le plan moral…

J’avoue avoir laissé tomber ma préparation physique qui, à la base, était pour moi importante. Finalement, j’ai plus opté sur le mental et la motivation, l’envie de me prouver quelque chose… J’avais confiance en mon physique (je viens du cyclisme, ça remonte déja à quelques années mais c’est une bonne école).

Je suis donc parti dans l’inconnu sans savoir à quoi m’attendre. J’ai très vite compris que tout se jouerait sur le mental. On passe beaucoup de temps tout seul, on se parle intérieurement, on chante, on se raconte des blagues, on se fait des délires et parfois on peste contre soi se demandant ce que l’on fait là. Mais surtout, on est face à soi, onb passe outre le plan physique.

Je pense que la solitude est une très bonne chose pour se remettre en question, on est influencé par personne, on fait ses propres choix et, si on se plante, c’est de notre faute. J‘ai donc appris à écarter mon stress, à perdre la notion de temps, oublier les tracas de la vie et vivre simplement. Profiter de tout ce qui m’entourait (paysage, animaux…), les gens que je croisais) et toujours le même but : avancer et me donner une destination chaque soir.

Il n’y a pas de petite ou grande aventure. Cette expérience est un enrichissement personnel sur le plan émotionnel plutôt qu’un défi sportif. La vie est courte et le monde est vaste. Mieux vaut se donner du temps que vivre dans la pression et le stress.

Il est vrai que l’on se sent un peu à part. On est un peu dans sa bulle, un peu sauvage mais on recherche le contact. Les gens vous regardent d’un air curieux en se demandant pourquoi il a un sac aussi gros sur le dos. Certains osent me poser la question : « vous faites quoi ? vous venez d’où ? « . En leur expliquant mon périple, beaucoup étaient admiratifs et trouvaient l’idée originale, ça me donnait une fierté et une motivation supplémentaire.

Cette aventure a été pour moi quelque chose d’incroyable intérieurement : la vie est précieuse, il faut en profiter. J’ai un autre regard sur l’avenir, je relativise sur beaucoup de choses depuis mon retour !

Sans sa tente, Alan devient SDF !

Marcher à pied le long de la côte avec 14 kg sur le dos pendant 24 jours peut paraître facile pour certains. Que pourrais-tu dire à ceux qui n’ont pas pris la mesure de ton engagement.

Correction : 22 kg ! Quand j’ai pesé, je n’avais pas pris en compte l’eau, la voile, mes baterries. C’est vrai que sur le papier faire une vingtaine de kilomètres par jour ne parait pas si difficile ! C’est ce que je pensais aussi mais avec le poids du sac à dos, le côté très « casse-patte » du GR (en tout cas pour la partie bretonne) et surtout enchaîner pendant presque 1 mois, c’est là le défi !
J’avoue que le premier jour, je me suis dit « mais dans quoi me suis-je engagé ? » et puis, après les premières ampoules et courbatures, le corps s’habitue. J’ai vite pris goût à l’imprévu ! A avoir hâte de plier mon campement et de prendre la route : « qu’allait-il m’arriver aujourd’hui ? » Une routine dont on ne se lasse pas…

Ce qui a été le plus dur, c’est que je pensais faire quelques kilomètres en parapente. J’ai longé beaucoup de spots où j’aurais pu avancer en volant sans me fatiguer. Hélas, le vent n’était pas avec moi. C’était cela le plus frustrant et le plus démotivant. Mais c’était le jeu.

Marcher n’est pas dur, tout le monde peut le faire et il n’y a rien d’extraordinaire dans ce que j’ai fait, c’est juste un état d’esprit et une envie de le faire.

Equipement en configuration vol (sellette LITTLE CLOUD Turtle)

Je suppose que ce périple de 24 jours le long de la côte a changé beaucoup de choses comme ta façon d’observer la mer, la nature mais aussi ta faculté au renoncement, celui de préférer de ne pas voler.

Oui, ça c’est sûr ! C’est vrai que le bord de mer n’est pas dangereux en soi (le vent est laminaire ) mais il faut malgré tout faire attention à ne pas se faire piéger, surtout sur des sites qu’on ne connait pas ! Bien observer le plan d’eau et anticiper l’atterrisage en cas de baisse ou de hausse du vent ! Sur beaucoup de sites, il n’y a pas de plan B, il faut donc atterrir en haut et ne pas se faire surprendre par les rouleaux.
Je me souviens d’un spot sauvage où j’ai essayé de décoller par vent fort sur un endroit relativement dégagé mais très abrupt. J’ai très vite compris que j’étais dans les rouleaux au gonflage (le vent venait de l’arrière alors qu’en bord de falaise il était de face : ma voile à très vite fermée ! Il valait mieux replier et chercher un autre déco.

J’ai été témoin d’un accident à Granville où le vent a changé de direction. La personne s’est fait surprendre et s’est retrouvée plus bas que le déco à marée haute finissant en vent arrière et se prenant un rocher de plein fouet à plus de 50 km/h (bilan : 2 lombaires de félées).
Cela m’est déja arrivé d’atterrir en vent de cul car je n’avais pas d’autre choix que de revenir poser au déco (pas de de plan B). Le vent avait tourné à plus de 45 ° vers la droite, cela devenait turbulent, de moins en moins de portance et je n’avais plus que l’option de poser en vent arrière et hélas pas assez de hauteur pour faire mon dernier virage en vent de face, Arrivé à plus de 40 km/h, ce n’est pas très agréable.
Il faut rester très observateur, ne pas sous estimer le vent et parfois savoir renoncer en effet ( j’ai toujours les images de 2 accidents dont j’ai été témoin…). Le parapente n’est pas sans risque…

Vol avec déco mémorable sur une petite falaise d’Erquy

Solitude, fatigue, faim… Peux-tu nous conter quelques moments difficiles et qu’est-ce qui t’a fait tenir ?

Comme je disais la solitude est quelque chose de positif : se comprendre intérieurement , se sentir à l’écart, c’est se découvrir différent même si on ne l’est pas vraiment, c’est regarder les gens avec un autre regard, tendre une oreille et écouter leurs conversations futiles, c’est se dire que l’on n’a pas besoin de grand chose pour vivre heureux. Parfois, on rencontre des gens « vrais », des gens simples qui sont prêts a t’accueillir, à te découvrir, à partager … et surtout se dire qu’il existe encore des gens » biens « 

La faim, je l’ai gérée à ma façon, bonne ou mauvaise, je n’en sais rien. Des « repas  » très légers basés sur des barres de céréales étalées sur la journée. J’ai quand même ressenti une faim permanente mais tolérable sur la journée. Je mangeais ma barre de céréale set 5 minutes après, je ressentais cette sensation de « faim » : ce n’était pas désagréable mais une sensation récurrente. J’ai mangé beaucoup de mûres sur le chemin en complément.

Repas dans une crêperie en boudure de la côte

Tu as dit que ton moment le plus difficile était le passage de la baie du Mont Saint Michel ?

J’ai eu quelques passages difficiles mais tout est relatif : des mauvais choix, des détours en pensant couper dans les prés salés du Mont Saint Michel, je me croyais dans le désert par moment sous le soleil. Je me souviens voir le Mont Saint Michel s’élever au dessus du sable (comme un mirage). Des moments longs pour moi, il y a près de 70 km entre Cancale et Genet. On se sent seul, on ne croise quasi personne sur ces longues lignes droites, il y a très peu de villages. J’ai fait le grand tour par Avranches ! J’aurais aimé couper à travers la baie du Mont Saint Michel mais hélas le temps était pourri ce jour là !

La traversée de la baie n’a pas été un bon souvenir pour moi ! J’ai vu le Mont Saint Michel de toutes les tailles et sous tous les angles pendant près de 4 jours jusqu’à le haïr.

Et parfois des envies de tout arrêter ?

Oui, j’ai eu quelques moments de lassitude, des jours où on n’a pas l’impression d’avancer, où on se fixe un point sur l’horizon (une falaise ou un village) sur ces longues lignes droites (Mont saint Michel ou dunes remontant jusqu’à Biville), passer des bras de mer en les contournant et faire des kms en plus en cherchant le sable dur ! Tout ce que je retiens, c’est que les moments de galère deviennent de bons souvenirs avec le recul.

Pas trop de frustations de passer à pied dans des zone volables ?

Oui, beaucoup de frustration pour un parapentiste de voir ces belles dunes sur près de 50 km et ne pas pouvoir les survoler parce que les conditions ne s’y prêtent pas. Je reviendrai pour vaincre la façade Ouest du Cotentin ! Je suis sûr de pouvoir la faire en 4 jours avec des bonnes conditions (environ 150 km).

La deuxième partie de la vidéo est tout de suite plus légère. L’atmosphère aérienne apparait comme une libération, un voyage dans une autre dimension. Ces jours-là, c’était comment pour toi ?

Sur 24 jours, je pense avoir volé une dizaine d’heures mais essentiellement en local. C’est en effet une libération, après tant de frustrations, cela fait partie de notre sport ! J‘ai eu le privilège de repérer pleins d’endroits magnifiques comme les falaises de Plouha qui doivent être magnifiques à survoler, Cancale, les remparts de Saint Malo, Carteret et bien d’autres endroits où le vent ne s’y prêtait pas quand je suis passé. Des endroits en urbain comme Saint Lunaire où je me suis fait arrêter par la police municipale, Saint Quai Portrieux avec Yohan où le vent était de travers.

Je retiens un endroit qui me tient à coeur, c’est le décollage en sauvage sur une falaise près d’Erquy avec Seb (voir la vidéo) avec cet aplomb de 30 m et un décollage avec de la verticale en sortie de déco! Un de mes meilleurs moments…

Et puis cette session à Granville, un spot original en urbain, j’y ai passé 2 jours avec Ptit Flo et Seb mon pote, (content qu’il m’ait rejoint), un vol au dessus d’un concert qui faisait des reprises de Led Zep… et un essai de la voile acro Akira (merci Flo).

J’ai fini en beauté à Ecalgrain près de la Hague, un endroit magique où j’ai pu décoller de l’endroit où j’avais posé ma tente ! Un moment qui m’a mis les larmes aux yeux car j’arrivais à la fin de mon périple…

Le dernier vol à Ecalgrain (Cotentin)

Près de Dinard

As-tu pris parfois des risques ? 

Je ne pense pas avoir pris de risques extrêmes. J’ai préféré vérifier ma voile plutôt deux fois qu’une. Sur des spots inconnus, j’ai pris plus de temps d’étudier le relief, mes plan B, à me poser les bonnes questions « suis -je capable de …? ». On est beaucoup plus prudent sur les sites que l’on ne connait pas…

Pas trop dûr de renoncer quand les condition n’étaient pas au rendez-vous

C’était le jeu, d’être au bon endroit au bon moment ! La chance n’a pas souvent été avec moi mais la moindre minute dans les airs m’a apporté du bonheur…

Tu tiens à jour une carte recensant tous les sites bretons (officielles et officieux). Je suppose que tu as coché sur ta carte de voyage de nouveaux endroits sur lesquels tu as volé ou non. Prévois-tu de retourner voler sur certains endroits que tu as repérés ?

Bien sûr que j’en ai repéré plein ! Je reviendrai notamment sur la façade ouest du Cotentin, j’ai une revanche à prendre…C’est en projet de les répertorier mais je le ferai en concertation avec les locaux ! Chacun protège son espace de jeu ! Dans le Finistère, je me suis permis de les mettre en ligne car je les ai testés et je connais le coin et les locaux.
Mais jamais je me permettrais d’afficher un spot sans l’accord des locaux même si je reste sur le principe du partage.

As-tu de nouveaux projets dans le même esprit ?

Beaucoup de choses ont germé dans ma tête durant ce périple (tour de la Manche côtés français et anglais, longer la côte nord espagnole…). Je reste un goéland et je préfère voler en bord de mer pour l’instant (mon esprit breton certainement) plutôt qu’un rapace et voler jusqu’au nuage. Je garde le parapente comme binome, mais j’ai l’idée de trouver un moyen plus rapide (maritime ou terrestre) pour me déplacer et suivre les vents.

Te connaissant, en lisant ta conclusion sur la vidéo, je vois que ce voyage a développé ton esprit philosophe…

Oui, c’est sûr ! C’est une belle expérience à vivre. Comme je l’ai déjà dit, on est face à soi, on a le temps de se poser les bonnes questions, relativiser et surtout faire le point. Je pense qu’on a tous des passages dans la vie où on est dans le doute, où on ne sait pas vers où aller… Alors plutôt que de déprimer, se mettre la pression et de vivre dans le stress, la meilleure solution est de se déconnecter de ce monde là. On a une vision beaucoup plus positive au retour. C’est un coup de boost et bon pour la santé mentale !

Il faut savoir se donner les moyens : partir 2 jours ou 1 mois, c’est faisable pour tout le monde, le but : se couper un peu de la société. Il n’y a pas de grande ou petite aventure , on peut se la faire juste à coté de chez soi, pas besoin d’aller à l’autre bout du monde !

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ROCK THE OUTDOOR, la culture parapente

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