Retour à la pente à cause d’une mauvaise prévol
Bernard est un "jeune" parapentiste de 70 ans qui pratique depuis quelques années seulement totalisant 75 vols environ. Après un stage d'initiation avec l'école Les Passagers du Vent à Annecy, il poursuit son perfectionnement au sein du Club "Les Hommes Oiseaux de la Haute Loire". C'est le début de saison, une sortie du Club est programmée. Tout le monde attend au déco qu'une fenêtre de vol se présente. Lorsqu'elle se présente, Bernard, excité sous l’effet du groupe, ne soigne pas sa prévol.
Le contexte présenté par Bernard
Nous venons de recevoir un rappel à la prudence de la part de la FFVL qui constate que ce début de saison témoigne d’un nombre d’accidents important. Je fais hélas parti de ces parapentistes trop pressés de profiter des rares fenêtres météo… excités sous l’effet de groupe, parfois énervés ou distraits… et le résultats est douloureux
Nous étions huit du club bien décidés à profiter de cette petite fenêtre météo ensoleillée, vent Sud, pour voler au Col de Meyrand en Ardèche. Nous avons pris le temps du casse-croûte, car l’orientation Sud ne devait s’établir que vers midi et se renforcer dans l’après-midi. Quelques bourrasques ont désorganisé ma voile et j’ai eu du mal à bien séparer mes suspentes. Comme je voyais partir les autres, j’étais un peu énervé. J’ai gardé ma sellette sur le dos, face à la voile, pour démêler mes suspentes. Pour me faciliter les choses, j’ai clipsé les commandes sur les élévateurs. C’est en les reprenant que j’ai fait l’erreur de ne pas les croiser. Erreur dont je me suis rendu compte, trop tard, alors qu’une forte bourrasque m’emportait brutalement à la verticale, puis de travers. La correction de la trajectoire a évidemment été contraire à la nécessité, car dans l’urgence les réflexes priment sur la raison. Résultats : c’est un moindre mal, quelques semaines de repos forcé. Pour info, pas trop de dégâts : 5 côtes cassées + autres petits désagréments… et peut-être plusieurs mois d’inactivité.

Analyse et conseils de Jérôme Canaud
Merci à Bernard pour proposer sa vidéo. Après plusieurs visionnages, voici mon analyse et mes commentaires. Le contexte aérologique est plutôt favorable au parapente (vitesse, orientation du vent, topographie du décollage,..). Est-ce que ce contexte est en adéquation avec l’expérience du pilote, son mental du moment? Le pilote a t-il déjà volé dans ce type de conditions aérologiques, connait-il le site, y a t-il déjà volé? Est-ce que le pilote maîtrise le gonflage face voile dans 15 Km/h de vent?


Commentaires et conseils de Jérôme Canaud
1- Les phrases de Bernard rajoutées sur la vidéo
Je m’intéresse aux « phrases » rajoutées sur la vidéo : « rester calme, ne pas se précipiter, patience,… ». Cela pour moi confirme un certain stress sur le décollage. Ce stress peut être amplifié et augmenté par plusieurs facteurs :
– ne pas se sentir capable de maîtriser une gestuelle dans ces conditions par rapport aux autres pilotes ou par rapport à sa technique personnelle,
– les autres pilotes enchaînent les décollages, ce qui peut mettre une certaine pression alors qu’on est encore au sol,
– ne pas avoir une aide extérieure rassurante, chacun veut voler donc chaque pilote est livré à lui même et doit se débrouiller,
NB : voir quelques sorties de décollage scabreuses avec beaucoup de roulis
Solution
Demander de l’aide dès le début, ne pas décoller en dernier. Les meilleurs pilotes aident les moins expérimentés à décoller. Les plus expérimentés décollent en dernier. Vu de l’extérieur, c’est un peu chacun pour soi, les conditions sont bonnes donc vite en l’air. Cela manque un peu d’organisation (sécurité) qui permet de tenir compte des différents niveaux techniques et de stress.
2- Le fait de se préparer, démêler, ouvrir sa voile, prendre ses commandes sur le décollage venté risque de poser problème à postériori.
Solution
S’équiper à l’écart (à l’abri du vent, à l’ombre) et venir se présenter sur l’aire d’envol harnaché, une aide extérieure étalera la voile et restera derrière la voile pour la sécurité (gonflage intempestif).
3- Le décollage est immense, il y a peu de pilotes. Pourtant, il y a des pilotes partout sur le décollage entre ceux qui se préparent, ceux qui regardent, ceux qui décollent , ceux qui marchent la voile en bouchon. Cela entraîne des décollages simultanés, de la gêne.
Solution
Définir une aire de préparation distincte de l’aire d’envol. Le ou les pilotes qui décollent en dernier filent un coup de main aux premiers.
4- Lors de la préparation, prise des commandes,… je trouve qu’il y a beaucoup d’hésitation, de doute. Le pilote choisit de défaire ses élévateurs pour démêler!!! Est-ce nécessaire? Ce manque d’efficacité et de confiance sont pour moi une situation potentiellement accidentogène.
Solution
Prendre un peu de temps pour s’entraîner à prendre ses commandes face à l’aile, avoir une méthode de démêlage simple et efficace. Et cela, bien sûr, pas sur un décollage!
Une bonne technique, une bonne méthode ont l’avantage de fonctionner même dans un contexte de stress. A l’inverse, une méthode ou technique trop light ne va plus être utilisable dans un contexte de stress. Attention le risque augmente!
5- On peut ensuite parler de technique pure concernant le gonflage face à la voile dans 15 km/h de vent.
On remarque que le pilote dés la fin du gonflage est déséquilibré en arrière (les pieds apparaissent dans le cadre de la caméra) et, par réflexe normal, se raccroche à ses freins, ce qui le fait décoller sans qu’il le veuille.
Solution
S’entraîner au gonflage face à la voile en gérant la vitesse de montée par déplacement du corps vers la voile. Là, le pilote n’utilise à aucun moment le poids de son corps, ni son déplacement. Son corps est trop statique, le gonflage ne consiste qu’à tirer sur les avants!
6- Sur les 2 derniers essais de gonflage qui se terminent par un décollage non souhaité, oui les commandes sont en direct alors qu’il est préférable qu’elles soient inversées, mais c’est l’appui sur les freins trop marqués qui est la source des embrouilles.
Solution
Le pilote après le décollage pouvait lâcher les commandes, tout serait rentré dans l’ordre (la voile est auto-démerdante) et son corps se serait détwisté.
Là, la proximité du sol, l’appui sur le frein et le regard du même côté ne peuvent qu’entraîner ce qui s’est passé. Un peu de chance a permis de ne pas impacter dans les rochers!
Conclusion
L’entraînement au gonflage dos voile, face voile avec du vent est indispensable pour être autonome et décoller serein en sécurité. Cet entrainement permet d’acquérir de la maîtrise. de la confiance en soi.
Remarque sur la sécurité
La personne extérieure qui aide doit se placer derrière la voile et être prête à bondir en attrapant la voile (pas les suspentes, ni le pilote) au cas où il faille tout arrêter.
Jérôme Canaud – Ecole Courant d’R – La Réunion
Les astuces face à la voile
– Penser à être stable au sol en écartant les pieds. Rester mobile (avancer, reculer, et se déplacer latéralement pour se recentrer). L’objectif est de contrôler la montée de la voile en se déplaçant plus ou moins vers elle.
– Quand la voile a tendance à nous soulever, il faut descendre son centre de gravité (s’asseoir) .
– Et bien sûr dissocier les mouvements de bras (commandes) des mouvements du corps (déséquilibres).
– Et le secret : temporiser (freiner) après le retournement et pas avant le retournement.

Portrait de Bernard Rigaud
Bernard RIGAUD est installé au Puy en Velay. Depuis 3 ans, il fait partie des Hommes-oiseaux de la Haute-Loire : « Ce club se caractérise par une ambiance très conviviale et au sein duquel on trouve un réel souci de l’autre tant dans l’accompagnement que l’auto-surveillance. Je suis le ‘Mr Vidéo” du club, soucieux des reportages et de leur publication sur le site Internet. Je suis un « jeune parapentiste », je ne totalise que 75 vols réalisés dans diverses conditions et dans divers lieux : Haute-loire, Ardèche, Alpes, Espagne, Corse, etc…
Par contre, je ne suis pas vraiment jeune physiquement puisque je viens de passer les 70 ans. J’ai effectivement découvert l’activité un peu tard (cadeau de fêtes des pères). J’ai réalisé mon stage d’initiation auprès de l’école Les Passagers du Vent à Talloires. Avec une bonne base de départ, je me perfectionne régulièrement dans le cadre du club, avec mes amis qui ne sont pas avares de conseils… en attendant un stage SIV ».



