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Petite frontale au décollage : Laurent a-t’il bien agi pour éviter le décrochage ?

Petite frontale au décollage : Laurent a-t’il bien agi pour éviter le décrochage ?

Laurent pratique le parapente depuis 10 ans et a fait plusieurs stages dans différentes écoles françaises et belges. Il vole actuellement entre 50 et 100h/an sur de nombreux sites en France (Ardennes, Vosges et Alpes) et en Belgique mais son site de prédilection est le Terril d’Hornu près de chez lui.

Ayant vécu un « début d’incident » sans conséquence, Laurent nous a sollicité car sa vidéo suscite des débats animés au sein de son club.

Comme nous sommes tous susceptibles d’être confrontés à une fermeture et de ne pas forcément bien agir, j’ai transmis la vidéo et le témoignage de Laurent à notre conseiller Jérôme Canaud. Bien que les mouvements de la voile ne soient pas de grande amplitude, l’interprétation de cette vidéo porte à réflexion et nous aide à améliorer notre compréhension pour adopter les gestes adéquats, surtout lorsque, comme lui, nous sommes très près du sol.

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Observations du pilote

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« Il y a eu, ces derniers mois , des accidents et incidents à répétition dans mon entourage (dont pour un fatal, on ne t’oublie pas Peter). C’est sans doute important de le rappeler, que la phase de décollage est celle où nous sommes, je pense, le plus vulnérable et qu’il faut être toujours prêt à donner un soudain coup de frein pour contrer la moindre fermeture ».

Contexte

Déjà au décollage sur le site parapente du site d’Hornu (à 7 secondes sur la vidéo), on voit la voile qui ferme à gauche, ce qui annonce déjà les conditions. On pourrait penser que je me précipite et que je devrais sentir plus la masse d’air.
Mais, avec des journées comme celle-ci, les vols s’enchaînent au rythme des cycles thermiques, du coup, j’étais déjà en alerte mais malgré tout, j’ai failli me laisser surprendre !

Cette vidéo anime des débats passionnés au sein de son club de parapente !

Depuis 2 ans, Laurent est administrateur du club « Les ailes du levant. Dans son club, les interprétations sont polarisées :

Certains affirment que le bout d’aile était en décrochage à cause du coup de frein excessif, que cette action arrive trop tard et que finalement, c’est elle qui provoque la frontale

D’autres pensent que ce geste a sauvé d’une frontale et que sa grosse amplitude était proportionnée parce que légèrement en retard sur l’action.

Son ressenti des évènements

J’ai été à 2 doigts de vivre un accident. Cela s’est joué à une 1/2 seconde pour déjouer la fermeture imminente…
Je sortais du déco, je m’installais et j’étais en train de prendre mes commandes en dragonne quand soudain… côté droit, la voile plonge, les avant se détendent, je perds le contact. Il a fallu abaisser franchement la main droite au niveau de la cuisse pour contrer la fermeture alors que les commandes se durcissaient.

Ce qu’il retient

Je pense qu’il est préférable de prendre les commandes en dragonne avant de décoller pour être au taquet immédiatement en sortie de déco.

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Analyse et conseils de Jérôme Canaud

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Description de l’incident

– Le contexte aérologique venté ET instable (déclenchement thermique, turbulence possible, cumulus dans le ciel, masse d’air froide,..)
– Le pilote décolle, s’installe, la trajectoire est ok.
– Il passe en commandes en dragonne.
– JUSTE APRES la prise en dragonne, la voile a tendance à plonger vers l’avant à cause de l’aérologie (turbulence, cisaillement, rafale de vent de face…)
– Par réflexe de pilotage, il abaisse sa commande droite (car allégement, il sent aussi la voile qui part vers l’avant).
– Ce freinage est bon, bien que ça aille jusqu’au décrochage de l’aile droite, il y a quand même un début de fermeture frontale, puis réouverture sans conséquence.
– Il relève les mains quand il sent l’allègement suite au freinage (correspond au décrochage) et tout rentre dans l’ordre.

Observations

Vu de l’extérieur, je ne vois pas d’erreur de pilotage. Le pilote a plutôt bien réagi, au bon moment pour contrer l’abattée et la fermeture. Il a su relever les mains (peut-être un poil trop tard) sentant qu’il avait atteint le point de décrochage à droite.

Remarque lors d’une fermeture frontale

Lors d’une fermeture frontale, la voile a son angle d’incidence qui augmente (apràs la fermeture), la voile a tendance à partir vers l’arrière alors que le pilote, lui, part vers l’avant.
Donc, dans ce contexte, il faut éviter de mettre du frein, sinon décrochage imminent.
Il faut attendre que la voile revienne au dessus de la tête, que le pilote revienne à la verticale de la voile (effet pendulaire).
A partir de là, il y a de grandes chances que la voile soit réouverte. Si ce n’est pas le cas, le pilote peut actionner les freins pour la réouverture ou contrer une éventuelle abattée.

Sur cette vidéo, le pilote freine bien au début de la frontale (ce qui la tempère) et, dès qu’il sent le décrochage, sa main se relève, donc son pilotage est très juste.

Les questions que l’on peut se poser

– Le pilote est-il assez attentif ou sur quoi son attention est posée après le décollage ? Commande, trajectoire, installation, aérologie, décollage réussi, content d’être en l’air, content de monter, …

– Est ce que le freinage pour contrer la fermeture frontale peut être effectué sans atteindre le point de décrochage ?

Là, il y a plusieurs points :

1) Le fait d’écarter les bras pour freiner augmente l’amplitude et n’est pas précis.

2) En étant plus attentif à l’aérologie, le freinage aurait pû apparaitre plus tôt, donc avec moins d’amplitude.

– Sur de grosses abattées freinées tardivement, le freinage peut aller jusqu’au décrochage de l’aile, sans conséquence, du moment où on remonte les mains quand on repasse sous la voile après l’abattée.

Passer les commandes en dragonne sur la phase de gonflage/décollage ?

Le fait de passer les commandes en dragonne sur la phase de gonflage/décollage va plutôt gêner le gonflage et le pilotage au sol à mon sens, donc ce n’est pas la solution idéale. Le pilote peut l’essayer.
Il peut être « au taquet » comme il le dit en sortie de décollage tout en ayant pas les commandes en dragonne. La question est alors : était-il au « taquet » sur l’aérologie en sortie de décollage ou était-il « au taquet » (= attentif) sur autre chose ?

Jérôme Canaud

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Petit portrait de Laurent

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Laurent aime varier les types de vol

Ses pratiques : les waggas en Spiruline 18m² en bord de mer, le cross en Axis Vega5 dans les Ardennes, les Vosges voire les Alpes ou le vol en biplace avec ses enfants en ITV Awak.
Son terrain de jeu préféré : le terril d’Hornu.

Son défi : aller au nuage depuis le site parapente du terril d’Hornu.

Aller au nuage depuis ce site de 60m de dénivelé sur 400m de large « dans le plat pays qui est le mien » est un sacré challenge pour Laurent: « Chaque année, nous ne sommes une poignée à y arriver… Cela demande de la détermination et c’est pour moi un grand moment de bonheur quand l’occasion se présente. »

Attraper les thermiques sur ce site

Les déclenchements thermiques sont souvent assez marqués car le sol est noir, caillouteux avec peu de végétation et généralement sec. Mais le site est entouré de champ parfois boueux, ce qui crée du contraste de température.

La stratégie consiste à décoller dès que les premiers signes d’un cycle apparaissent et à prendre 100 m sans traîner. Ce qui est déjà un défi en soi surtout que, généralement, celui-ci vous emmène derrière le terril. Mais cela vous laisse parfois le temps d’attraper le cycle suivant qui vous emmènera peut-être au nuage !

Heureusement il est facile d’atterrir sur le déco ou même dans la pente. Cela vous permet de repartir dans la minute et d’enchaîner les cycles.

C’est une bonne école en soi car on y fait énormément de gonflage, de décollage et d’atterrissage mais il faut déjà bien tenir sa voile car les thermiques sont étroits !

Site parapente terril d'Hornu - Photo Laurent Gérard
Site parapente terril d'Hornu - Photo Laurent Gérard

ROCK THE OUTDOOR, la culture parapente

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