La NIVIUK Icepeak 8 essayée par Jean Vincent Ducrocq

La NIVIUK Icepeak 8 essayée par Jean Vincent Ducrocq

Jean Vincent a reçu dernièrement la NIVIUK Icepeak 8 et partage ses impressions après quelques vols d’essais sur le site de Saint-Vallier de Thiey (Alpes Maritimes). Jean Vincent prévoit de faire prochainement une conclusion plus détaillée (sur la vitesse maxi notamment) lorsqu’il aura pu comparer avec les autres voiles.

Jean Vincent Ducrocq, 42 ans, architecte de profession est moniteur dans son école SPIRIT PARAPENTE et gérant de sa boutique. Ancien compétiteur, il a très vite arrêté pour s’occuper de sa famille et son boulot. C’est un pilote passionné par le matériel, par « les belles voiles comme un collectionneur de belle voiture. J’aime les voiles, pas pour faire des records, mais pour me laisser glisser dessous, que pour le plaisir! ». Il s’est inscrit cette année à la compétition marche et vol Bornes To fly.

Voici quelques jours que j’ai la NIVIUK Icepeak 8 et déjà de nombreuses sensations !
Comme un gamin de découvrir une voile qui présente une nouveauté, le nitinol! Et je suis un super fan des trucs qui sortent un peu des clous, et comme revendeur je me dois d’essayer le maximum les produits, c’est dur comme métier!

Première impression au sol de la NIVIUK Icepeak 8

La NIVIUK Icepeak 8 a un beau bord d’attaque : il semble bien tendu, plus lisse que l’IP7-pro. Il se tient bien tout seul au sol, je trouve cette nouveauté pas mal, je n’avais pas aimé « au sol » l’OZONE Enzo2 ou l’OZONE Mantra 6 avec des joncs sur toute la corde un peu trop présents car plus épais qui frottent. Là, les tiges sont très fines et se font oublier même au pliage. 1 point pour le nitinol.
Les élévateurs sont assez sobres (Yes!), avec un gainage sur les suspentes de freins, c’est top, en ce moment j’en peux plus de l’ultrafin ça fait du bien de revoir les suspentes (ou il faut que je mette mes lunettes pour voler!). La « petite » poignée semble prometteuse sur les B.

Photo : J-Vincent Ducrocq

Photo : J-Vincent Ducrocq

Gonflage

Gonflage très différent de mes habitudes plus « Ozone », mais très proche d’un gonflage Niviuk classique avec un bord d’attaque à décoller du sol de manière homogène pour le garder bien droit, en préparant bien sa corolle sous peine de voir les stabs prendre de la vitesse et dépasser le centre sur un « rappel élastique », à la différence « Ozone » où les stabs en retard auront tendance à rester en retard et mous, mais cela se contrôle sans difficulté non plus, juste une habitude à prendre selon la marque avec laquelle on vole! Elle monte en une fois assez vite après son départ, s’arrête bien et même avec un bon coup de tempo les bouts d’ailes ne se dégonflent pas.
Prise en charge excellente avec un tangage très peu présent, elle « monte » plus qu’elle n’abat si on lève les mains. Les poignées des commandes sont classiques, un peu trop petites pour les gros gants et demandent une adaptation dans ce cas, mais une fois trouvé (perso: en mettant la dragonne sur le dos de la main, suspente côté paume et ensuite faire passer la suspente entre le majeur et l’index, comme une poignée d’accro, précision et force garantie! Ce qui n’est pas valable pour d’autres poignées plus grandes à prendre différemment.

Photo : J-Vincent Ducrocq

Photo : J-Vincent Ducrocq

Virage

Que dire… Je le trouve génial, changement de sens sans rappel de roulis et sans la forcer, une inclinaison très facilement maitrisable, totalement évidente, très à plat sans être stable et qui tourne tout de suite, surpris même de tourner au moment où je le désire sans avoir à anticiper, direct, avec une pression aux commandes très agréable, le bout d’aile reste bien là même avec beaucoup de commandes, surtout que je n’ai pas eu besoin de la forcer pour la placer là où je voulais être, aucun dérapage latéral.

Sur les axes

Très bien équilibré, précis, sans remise à plat intempestive à cause d‘une trop grande stabilité et elle ne plonge pas non plus, idéal, un tangage sensible mais limité, un très bon équilibre dans ces informations.
Un régal de ce côté-là.

Thermique

Cela faisait longtemps que j’avais l’impression d’avoir du mal à lire la masse d’air avec les conditions pourries de cette année, dès les premiers virages, un sentiment de suivre les infos de la voile, pourtant dans des conditions exceptionnellement mauvaises, j’ai utilisé tout ce qu’il y avait à prendre facilement. Très peu de déformation parasite de la voile, la NIVIUK Icepeak 8 est suffisamment flexible pour encaisser des turbulences et en même temps garder l’essentiel des infos. Elle tire bien vers le thermique, il n’y qu’à la suivre ! Quand on relâche les commandes, ça bip sur la prise de vitesse! J’avais plus l’habitude de bipper quand je freine et d’abattre quand je redonne la main… Elle mord vers le haut!

Accélérateur

Ça décoiffe quand on pousse, je n’ai pas pu faire de comparatif avec des voiles similaires sur ces vols, mais c’est largement suffisant pour moi et je pense pour 98% des pilotes ! Côté plané, seul comparatif, même plané qu’une Delta2 mais avec 15km/h de plus et aussi avec du vent arrière (donc défavorable pour moi face aux machines plus lentes, cf théorie polaires des vitesses).
Le barreau est très confortable, régulier, je n’ai ressenti aucune gêne à le tenir au 2/3. La voile file bien, même dans du très turbulent, j’ai pu le garder grâce au pilotage aux arrières assez aisé comme avec ma LM5 par exemple.

Le pilotage aux B

Le pilotage avec les mini poignées sur les B est très bien, enfin un système qui est pas mal!!! Mais, l’astuce aurait été de les faire plus grandes côté petit doigt (asymétriques !) pour être absolument parfait. La poignée est idéalement placée en hauteur (pour moi… mais la longueur des bras c’est très personnel), beaucoup plus confortable que les « seringues » ou boules ou que les précédentes poignées trop basses, grandes et souples ou trop petites comme sur l’NIVIUK Artik 4. Je pense pouvoir passer des heures avec elles sans ressentir de gêne.

Photo : Pierre Yves Alloix

Photo : Pierre Yves Alloix

Non, ce n’est pas un défaut de la voile NIVIUK Icepeak 8… C’est l’ombre d’un vautour avec qui Jean Vincent se « tire la bourre » pour faire le plaf!

Descente rapide

Je n’ai pas eu à faire les oreilles ou B3 (et puis c’est laid et j’ai horreur de ça avec ces voiles même si c’est top sur des EN- C!), j’ai juste envoyé des 3.6. La voile descend bien, sans trop centrifuger ni plonger de trop, elle y va facilement avec une accélération constante. La sortie est é-vi-dente, elle sort toute seul avec une chandelle largement maîtrisable, je m’attendais à pire mais non, la voile est restée très homogène et comme elle est précise, c’est facile.

Photo : J-Vincent Ducrocq

Photo : J-Vincent Ducrocq

Posé

J’adore poser avec ces engins, il te faut un aérodrome !
Du fait de son tangage faible et surtout en abatée (elle mord en montant ), elle est assez rassurante, sur 2 posés où j’ai repris au dernier moment une bulle (ouai super !!!), le premier j’ai pu freiner assez facilement la voile sur sa phase d’accélération en gardant un taux de chute très correct mais bas et une voile tendue, sur le second j’ai été obligé de parachuter (par pompages successifs) pour ne pas finir dans l’arbre au bout du terrain devenu trop petit. La voile décroche assez bien, sans bascule arrière mais au moins elle le fait! C’était l’un des points compliqués particulièrement avec la R11, qui avait tendance à continuer à mordre du centre et continuer d’avancer même quasiment en forme de fer à cheval avec encore du plané et de casser lourdement quand l’urgence arrive!

Pliage

Super, pas besoin d’un cousin, ça c’est positif pour la taille du sac ! Dommage, le NKare BAg est du coup trop grand, il suffirait de lui couper 30cm côté bord d’attaque, la dernière sangle de serrage ne sert à rien de ce côté-là !), les 2 autres sangles suffisent et en plus sont mieux placées si le bord de fuite est placé au début du Nkare Bag. C’est dommage de ne pas avoir travaillé ce petit détail pour une voile de ce type, mais, c’est pareil chez d’autres constructeurs qui produisent aussi du « standard » pour des voiles d’exceptions, et là déjà il y a la chaussette fournie, ce qui est bien!

Photo : J-Vincent Ducrocq

Photo : J-Vincent Ducrocq

Et le reste, allez-vous me demander, vu le nombre de messages reçus suite au Mondial en Colombie, est-elle à la hauteur de ses attentes?

Les résultats de la voile sont en demi-teintes en Colombie n’en font pas une mauvaise voile, très loin de là, juste la 3ème meilleure voile du monde dans ce contexte.
Jean-Jean avait gagné à sa première sortie « officielle » avec l’IP8, et les autres pilotes avaient tous été séduits sous cette voile durant la mise au point et les premiers vols. Mais voilà les résultats sont là, en Colombie où les conditions sont particulières : Des manches très rapides poussées à fond sur de longs glides. Il semble que sa finesse à vitesse maxi soit légèrement inférieure à ces 2 concurrentes directes l’Enzo2 et la Boom10, et la clef de ces résultats (c’est l’hypothèse qui en ressortirait).
Dans des aérologies différentes, elle a de quoi non seulement en ravir mais étonner plus d’un par son comportement général. Elle me fait clairement penser à l’IP6 par sa facilité, une voile qui a été un best-seller, pourtant moins performantes que certaines de ses concurrentes à ce moment mais tellement plus polyvalente, elle a pu faire monter le niveau de certains pilotes sans leur faire prendre de risques.
Alors au jour de ces lignes, et si on peut « logiquement » se poser la question du pourquoi elle n’a pas été mieux placée en Colombie avec 2 pilotes habitués à faire des perfs, il ne faut pas oublier le contexte particulier de cette aérologie et du niveau d’exigence.

C’est un peu comme le tour de France : « Mon dieu, il a perdu 35 secondes sur l’étape, il a surement perdu toutes ses chances de gagner le tour ! ».
Les secondes de retard qu’elle a pu additionner sur les immenses glides successifs à cause de sa finesse à Vmax (conditionnel car je n’étais pas sous les voiles) ferait que sur ces manches courues à fond, la facture des quelques minutes à la fin, souvent de 5 minutes, sont la différence entre un premier et un 50ème. 5min… sur 100bornes dans ces conditions moi j’achète (pour ne pas paraphraser un gars de la télé!!)
Dans des conditions différentes comme sur les îles, ou le plané à la vitesse maxi est un caractère beaucoup moins sensible ou sur des reliefs très cassants avec thermiques turbulents où l’agilité et le confort de la voile sont primordiaux, cette voile peut tout à fait rivaliser avec les meilleures dont je pense elle fait partie. Donc, à suivre.
Une voile que je pourrais qualifier d’instinctive car elle se fait totalement oublier pour répondre à nos commandes, je suis personnellement séduit d’avoir trouvé une voile très confortable. Les plus pointus des pilotes (coupe du monde only) auront surement un regard plus nuancé que moi sur la performance à haute vitesse mais entre nous, qui pousse poulie contre poulie 95% des transitions à part l’élite mondiale?
Il faut des voiles pour tous, elle est différente et ravira bon nombre de pilotes comme a pu le faire l’IP6 (je n’ai pas volé sous IP7-pro!!!).

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3 thoughts on “La NIVIUK Icepeak 8 essayée par Jean Vincent Ducrocq

  1. Très complet tout ca, et surtout très positif !
    Ca donne envie de la voir plus souvent sous le cum’ cette aile.
    Comment se comportent les Boom 10 et Enzo » sur le coté mordant en entrée de thermique?

    Merci pour ce descriptif de test ! Superbe !


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