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Cascade d’incidents après un décrochage complet mal maîtrisé

Cascade d’incidents après un décrochage complet mal maîtrisé

Au visionnage de cette vidéo d’un pilote tchèque en situation difficile lors d’un stage SIV au lac d’Ohrid en Macédoine, nous avons pensé intéressant d’interroger notre « spécialiste d’anlyse d’incidents » Jérôme Canaud pour en dégager un enseignement constructif pour tous. En effet, outre les erreurs de pilotage qui ont contribuées à cette succession d’incidents, il évoque que de nombreux autres facteurs peuvent être aussi responsables d’une cascade d’incidents, notamment le niveau du pilote par rapport aux exercices et l’équipement du pilote. A la fin de l’article, Jérôme nous énumère quelques conseils pour réduire risques ou conséquences dramatiques (adéquation niveau/matériel, chaussures, casque, crocs fendus, caméras…).

Jérôme Canaud – Courant d’R

Voir la vidéo de l’incident
filmé du sol
en bas de la page

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Le témoignage du pilote tchèque qui a réalisé son stage SIV avec le club Paragliding Klub Brno en mai 2015 au lac d’Ohrid en Macédoine

« En situation normale, j’aurai lancé le secours au 3è tour de twist, mais je me suis dit que j’avais assez d’altitude et de temps pour essayer de résoudre la situation. J’ai eu de la chance que l’instructeur m’ait dit de le lancer pour ne pas terminer ma chute hors du lac parce j’ai atterri pas très loin de la terre ferme. Cet incident m’a amené à ralentir un peu ma progression au bon moment! J’espère que cela m’aidera à éviter des accidents à l’avenir et à changer d’aile. Je veux absolument reprendre les cours SIV car il est utile de connaître les limites de l’aile avec laquelle on vole. J’espère que cette vidéo aidera certains pilotes à éviter les mêmes erreurs ».

Jaroslav Semerád

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Analyse, conseils et recommandations de Jérôme Canaud

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Avant propos

Il est possible de voir des détails précis et importants en visionnant la vidéo de nombreuses fois et en faisant des arrêts sur images pour comprendre la chronologie des événements (comportement voile, comportements pilote, matériel…). Cela permet ensuite de faire une analyse, des remarques et tenter quelques conseils et préconisations. D’autres informations du pilote pourraient confirmer, infirmer et apporter d’autres détails.

Contexte

Ce pilote est en stage SIV en milieu sécurisé (pas de vent, plan d’eau, gilet de sauvetage, radio, vol encadré par un moniteur au sol).

Matériel

Voile loisir perf (AXIS Comet) – Sellette Cocon Sky – Chaussures de randonnée montantes – Casque intégral

1- Décrochage puis cravate après une abattée asymétrique

Le pilote commence par un décrochage complet d’entrée. La voile ne peut être stabilisée en « marche arrière » donc elle ressort du décrochage par une abattée importante asymétrique entraînant une cravate (aile coincée) ayant comme conséquence logique une autorotation (une autorotation ressemble à une SAT et non une spirale engagée, le dos est en avant, la voile tourne autour du pilote).

> Dans ce cas, la seule manœuvre efficace pour arrêter l’autorotation et enlever la cravate est de faire un décrochage complet symétrique suivi d’une stabilisation en marche arrière.

Remarques à ce niveau

1) Le pilote est en cocon. Je n’arrive pas à savoir s’il est en position jambes pendantes hors du cocon ou s’il est dans le cocon lors du décrochage.

En restant jambes tendues dans le cocon, il va tendre la struture de sa sellette donc la stabiliser. Par contre, il va augmenter le risque de twist !
Certaines sellettes à cocons acceptent que le pilote soit assis, bien en cas de sketch ou en approche et atterrissage techniques. D’autres sellettes cocon, typées hamac (l’appui avec les pieds sur le cocon est nécessaire), deviennent très inconfortables et instables en position assise.
> Chaque pilote volant avec un cocon doit en tenir compte. C’est à dire faire un essai de voler assis sans appui sur ses pieds et choisir ce qui lui convient en connaissance de cause.

2) On voit trés vite un très grand déséquilibre du pilote lors de la bascule arrière. Le pilote doit être surpris par la brutalité de celle-ci. Le fait de ne pas voir les pieds apparaitre dans le champ de vision lors de la bascule arrière suppose que ses pieds sont dans le cocon (tendus ou pendants ?). Ce déséquilibre corporel associé à l’effet de surprise entraîne une remontée dissymétrique des mains.

Une solution consisterait à remonter les mains au niveau des maillons de la sellette et de bloquer cette position (marche arrière), avant de relâcher complètement symétriquement.
A ce niveau, je ne connais pas le briefing technique qu’à eu le pilote pour un décrochage complet (full stall).

3) Le pilote tient les commandes en dragonne. Personnellement, j’opterai pour un demi tour de frein (donc plus de frein), permettant plus de stabilité en décrochage et marche arrière.

2- Aile en vrille, twists puis la voile passe sous le pilote

Le pilote en autorotation agit sur un frein que d’un côté (opposé à la cravate – demande du moniteur à la radio?).
Vu l’ampleur de la cravate, un vol droit rétabli à la commande opposée semble peu possible, le côté ouvert n’accepte pas ce freinage donc décroche et repart en vrille.
La voile tournant plus rapidement que le pilote, les twists apparaissent avec un déséquilibre du pilote (on voit que les élévateurs ne sont pas à la même hauteur), favorisant une rotation.
Le pilote arrive à freiner sur le côté opposé à cette rotation. Vu la vitesse de rotation au départ, cela entraîne un genre de « tumbling », ce qui explique que la voile passe sous le pilote et lui revienne dessus !!!!

Je suis prudent, mais là encore une action dissymétrique sur un frein a plutôt dégradé la situation. Un décrochage complet peut permettre de sortir de cette situation.

Questions à ce niveau

1) On remarque encore un grand déséquilibre corporel du pilote, son corps bouge énormément donc il se rattrape sur les commandes.
La sellette est elle adaptée au niveau du pilote ? A t-il déjà suffisamment volé avec cette sellette ? Est elle bien réglée au niveau appui dorsal ? Est-elle bien réglée au niveau réglage de la ventrale ? Le corps est-il gainé pendant les manœuvres hors du domaine de vol ?

2) Pourquoi ne pas tirer le secours après 2 situations non maitrisées et avec sûrement beaucoup d’appréhension et de sollicitations vécues ?

Avis personnel
Vu le contexte (décrochage pas maîtrisé, 2ème cascade d’incidents, le pilote est dépassé déjà à la première manœuvre), en tant que moniteur, j’aurai demandé de tirer le secours. En phase de rotation rapide, le secours fonctionne très bien.

3- Le pilote sort de la voile et tire son secours

Le pilote sort de la voile et tire son secours, il n’a plus le choix, la situation est irréversible à ce niveau là.
Le lancer du secours est géné par une suspente de voile, le pod reste accroché (on peut voir une petite mousse accrochée à la poignée du secours, cela sert en stage SIV à ce que le pod flotte, donc que l’on puisse le récupérer).

On voit que la liaison entre la poignée de secours et le pod est très (trop) longue !

La trajectoire de l’aile est verticale (peu de rotation, pas d’inclinaison) donc le secours remonte normalement verticalement au niveau de la voile.
Pas complétement ouvert, il ralentit quand même nettement le taux de chute.
La vitesse serait compatible avec une arrivée sur le « dur ». Par contre la position du pilote (pieds coincés dans les suspentes) empêcherait une arrivée debout amortie!

Remarques à ce niveau

1) Le gilet de sauvetage est gonflé après l’arrivée dans l’eau. Cela sauve le pilote car seul, les pieds emmêlés dans les suspentes, il est très peu probable qu’il rentre seul au bord!

2) Un bateau est aussi indispensable. Par contre, je ne comprends pas pourquoi le bateau met autant de temps à rejoindre lepilote : 1 minute se passe entre le lancer du secours et l’arrivée dans l’eau puis encore 1 minute avant l’arrivée du bateau.

3) Même dans le bateau (position confortable), on se rend compte de la difficulté de s’enlever des suspentes, de sa sellette et que c’est trés difficile de le faire seul.

Derniers commentaires de Jérôme à la découverte de cette vidéo de l’incident filmé du sol

Sur ces prises de vues de l’extérieur, le pilote réagit souvent par un freinage que d’un seul côté et de manière brutale donc qui est aussi la cause pour une autre cascade d’incidents. Je ne sais pas pourquoi il ne freine que d’un côté et pas des 2 pour repartir sur un full stall. Oui son corps est extrêmement balloté, la voile a des réactions plutôt vives
Le pilote agit au départ bien avec l’intention d’arrêter une rotation avec du frein à l’opposé. Cette action est disproportionnéé en vitesse et amplitude ce qui provoque du surpilotage et un nouvel incident. C’est peut être le déséquilibre du corps + stress qui entraîne une action de contre trop violente…
Le taux de chute sous le secours coincé est plus important que je ne le pensais avec la caméra embarquée. Donc, même sur du dur, ça arrive fort. Il a une position plutôt debout avec le haut du corps en arrière. Comme c’est filmé de loin, il est difficile de distinguer les actions et déséquilibres des mains avec précisions.

Synthèse et remarques

Accepter de témoigner pour mieux comprendre et progresser

Merci à ce pilote pour diffuser cette vidéo et d’accepter des commentaires. Sur ce genre d’incident, l’égo est malmené (ne pas se sentir capable de gérer, penser avoir mal fait, le regard des autres…).

Après incident, le capital confiance prend cher

Le pilote s’en sort « bien » physiquement. Par contre, son capital confiance a pris cher et il va falloir du temps et prendre du temps pour le reconstituer.

L’apprentissage doit être progressif, y compris en SIV

Il est important, dans sa progression, de faire des stages de pilotage (siv,…) pour progresser, connaître son matériel, être plus serein, apprendre à gérer des situations délicates, apprendre à les éviter, par contre, cela doit être progressif. Je ne connais pas ce qu’a fait le pilote avant ce vol (autres stages de pilotage, autres manoeuvres…). Le décrochage est-il la première manoeuvre qu’il a effectuée

Attention au désiquilibre

Le déséquilibre du pilote est la principale cause des incidents ! La sellette est elle bien réglée au niveau des appuis lombaires.

Voler avec un matériel adapté à son niveau

Est ce que l’ensemble (cocon/niveau de voile/expérience du pilote/stage de pilotage) est judicieux ce jour-là ?? !!

Préconisations sur le matériel

En regardant en détail le matériel uitilisé par ce pilote, plusieurs points sont des causes de problèmes. Découvrez dans l’encadré de droite des petits détails sur le matériel qui peuvent aggraver des situations critiques et les rendre accidentogènes. Il est facile de gérer ça, n’hésitez pas à demander conseil.

Vos remarques sont les bienvenues comme d’habitude.

Jérôme Canaud – Courant d’R

Attention à l'équipement que vous utilisez !

Arrêter de voler avec des chaussures de montagne montantes avec des crochets !
Nous volons et ne faisons pas de la randonnée. Une paire de baskets légères avec plus ou moins d’amorti est un bon choix. Des chaussures lourdes favorisent les déséquilibres du pilote hors du domaine de vol, des grosses chaussures sont gênantes dans un cocon et les suspentes peuvent se prendre dans les crochets.

Remplacer vos crocs fendus par des liaisons simples
Vous pouvez changer les crocs fendus (liaison accélérateur-drisse accélérateur) par une liaison simple et souple (tête d’alouette et noeud simple). (une suspente peut se prendre dans un croc fendu)

La liaison entre la poignée de secours et le pod parait trop longue
On remarque que la drisse d’accélérateur est trop longue au niveau des crocs fendus, trop de rab (15cm) qu’il faut couper et faire un seul noeud efficace.

Le casque intégral limite le champ de vision et est inconfortable lors d’une arrivée dans l’eau
Le casque intégral, oui, protège la mâchoire en cas d’impact sur la face (pas le plus courant en parapente!), par contre, il limite énormément le champ de vision et il est inconfortable voire génant lors d’une arrivée dans l’eau. Une suspente peut se prendre sous la mentonnière… Lors d’un stage de pilotage, il est préférable de prendre un casque simple. .

Attention à la caméra sur le casque
Les images sont sympas mais les suspentes adorent se coincer dedans (gonflage face voile et retournement, lors d’incident hors du domaine de vol,…) et vous bloquer la tête dans une position très inconfortable et entraîner des changements de direction de la voile (au sol ou en vol).

ROCK THE OUTDOOR, la culture parapente

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One thought on “Cascade d’incidents après un décrochage complet mal maîtrisé

  1. Merci pour les conseils ,
    je trouve aussi que le bateau met trop longtemps à arriver , il démarre bien trop tard alors qu’on comprend assez tôt que le pilote ne sortira pas de la situation en revolant vu d’en bas !
    je me trompe peut être mais on l’entend démarrer dans la vidéo, à moins qu’il y en ai deux .


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